Philippe Xavier Ignace Cardinal Barbarin Philippe Xavier Ignace Cardinal Barbarin
Function:
Archbishop of Lyon, France
Title:
Cardinal Priest of Most Holy Spirit al Monte Pincio
Birthdate:
Oct 17, 1950
Country:
France
Elevated:
Oct 21, 2003
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French «J'avais été frappé par sa formidable attention aux gens»
Apr 05, 2005
Séminariste, l'archevêque de Lyon avait rencontré le cardinal Wojtyla à Cracovie. Une rencontre qui l'a marqué. Cardinal Barbarin: Archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin évoque sa première rencontre avec Jean-Paul II et dresse le bilan de son pontificat. Electeur du prochain pape, il assure : «L'avenir est entre les mains de Dieu», Le Figaro 04 avril 2005.

LE FIGARO. – Quel souvenir avez-vous de l'élection de Jean-Paul II, le 16 octobre 1978 ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Jeune prêtre ordonné depuis moins d'un an, j'assurais, ce lundi soir, l'accueil à la paroisse de Vincennes où j'étais alors vicaire. Dix minutes avant de célébrer la messe de 19 heures, j'ai appris l'élection de l'archevêque de Cracovie. Curieusement, la première image que nous en avons eu à la télévision n'était pas extraordinaire. Il faisait presque vieux. Sa jeunesse et sa vigueur ne nous sont apparues qu'après.

Aviez-vous déjà entendu parler de ce cardinal polonais ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Mieux, je l'avais déjà rencontré. En 1976, alors que je n'étais pas encore diacre, j'avais emmené un groupe d'étudiants à la paroisse étudiante polonaise Sainte-Anne, à Cracovie. Ce jour-là, l'archevêque rentrait tout juste de Rome, où il venait de prêcher la retraite de Carême suivie par le pape Paul VI. Grâce à une étudiante qui le connaissait bien, nous sommes allés à sa rencontre et il nous a reçus un bon moment. Dès cette première rencontre, j'ai été frappé par sa formidable attention aux gens. «Mettez-vous dans la lumière, que je voie bien qui vous êtes», avait-il dit.

Lorsque je suis devenu prêtre, je lui ai envoyé un faire-part d'ordination. Non seulement il m'a répondu aussitôt, mais il a également écrit à mes parents pour les remercier d'avoir, d'une certaine manière, permis l'éclosion d'une vocation sacerdotale et pour les assurer de sa prière pour mon ministère.

Un autre souvenir du début de ce pontificat est resté gravé dans ma mémoire. Au début de l'année 1979, une jeune femme polonaise, médecin, était venue me voir à Vincennes. C'était la fille d'une proche collaboratrice du cardinal Karol Wojtyla. L'archevêque de Cracovie l'avait mariée juste avant son élection. Catherine était enceinte et, avec son mari, avait décidé d'appeler son enfant Karol. Mais elle a eu des jumeaux ! J'ai donc eu la joie de baptiser... Jean et Paul !

Après cette première rencontre de 1976, quand avez-vous revu Jean-Paul II ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Lors de ses voyages en France. Je garde avant tout le souvenir de sa rencontre avec les prêtres à Notre-Dame de Paris, à l'occasion de sa première visite, en 1980. Je retiens encore par coeur – et avec son accent ! – des phrases entières de son discours. Nous vivions une époque troublée dans l'Eglise de France. Avec une tranquille assurance, il redisait le coeur de notre foi. Son langage était simple, clair. C'était vraiment Pierre qui venait fortifier ses frères. J'avais emmené 350 jeunes au Parc des Princes, avant de rejoindre la basilique de Montmartre. C'est cette rencontre éblouissante qui a donné l'idée à Jean-Paul II de prévoir, à chacun de ses voyages, un rendez-vous avec les jeunes, puis de lancer, dès 1984, les Journées mondiales de la jeunesse.

Mon histoire lyonnaise est liée à lui. Lors de son voyage de 1986, j'avais en effet emmené à Lyon des jeunes de Saint-Maur. C'était la première fois que je venais dans cette ville.

Bien plus tard, lorsque j'étais évêque de Moulins, il m'a reçu à Rome et à Castelgandolfo. En août 2002, j'ai participé à son dernier voyage en Pologne. Je le revoyais à Cracovie, là même où je l'avais rencontré pour la première fois. Il était déjà épuisé mais gardait un humour intact. «Je ne pourrais pas vous recevoir aussi bien à Rome», avait-il lancé aux cent cinquante évêques présents. Je venais d'être nommé à Lyon où tout le monde était encore sous le choc des morts rapprochées des trois archevêques successifs, les cardinaux Albert Decourtray, Jean Balland et Louis-Marie Billé. Lorsque je suis allé me présenter au Pape, il m'a dit : «Surtout ne pas mourir de cancer !»

Est-il possible de résumer ces vingt-six ans de pontificat ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Résumer, non, mais je crois que son ministère est tout entier contenu dans ses quatre premiers voyages. Au Mexique, d'abord, au milieu d'une foule en liesse innombrable, le Pape part à la rencontre du nouveau monde. C'est l'image de saint Paul, qui rappelle que l'amour du Christ n'a pas de frontières. En Pologne ensuite, le Pape replonge dans ses racines et, au travers d'une catéchèse sur la confirmation, renvoie aux sources mêmes de la foi. C'est l'image de saint Jacques. Quelques mois après, il est aux Etats-Unis. Dans le pays le plus riche du monde où l'Eglise est en proie aux contestations, c'est l'autorité de Pierre qu'il affirme. Le 30 novembre enfin, il est en Turquie. Cette fois, il n'y a pas de foule. Jean-Paul II a simplement voulu effectuer une visite fraternelle au patriarche de Constantinople, Dimitrios, successeur de saint André, le frère de Pierre. C'est la figure contemplative de saint Jean qu'il exprime. Tout son pontificat est dit dès cette année 1979.

Dans votre ministère de prêtre et d'évêque, en quoi l'action de Jean-Paul II vous a-t-elle marqué et aidé ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Le grand cadeau de Jean-Paul II, c'est la force et la clarté de la foi. Avec son humanité pleine et belle, il a redonné à l'Eglise la joie de porter son message avec assurance et audace. Il faut se souvenir de ces années de turbulence. Quand, jeune prêtre, j'insistais sur l'esprit d'adoration, sur la beauté du sacrement du pardon, sur le besoin d'une formation spirituelle et doctrinale pour assurer une colonne vertébrale à notre vie chrétienne, tout cela n'était pas facile à dire ; la contestation était rude. Les paroles de Jean-Paul II ont résonné dans nos coeurs comme une confirmation, un réconfort, un ballon d'oxygène, en quelque sorte. Combien de fois je me suis servi de ses expressions pour nourrir ce que j'avais à dire ! Quand je suis arrivé dans le diocèse de Moulins, j'ai mis en place un système de formation des jeunes. C'est donc avec une grande joie que je l'ai entendu nous suggérer, à nous évêques rassemblés à Tor Vergata, lors des JMJ de Rome en 2000, de mettre en place, dans nos diocèses, ce qu'il a appelé des «laboratoires de la foi». Donner une formation solide et profonde aux jeunes, c'est ce que tout évêque a l'ambition de faire dans son diocèse. Je l'ai vécu à Moulins ; nous y travaillons à Lyon.

L'autre grand cadeau de Jean-Paul II, c'est le témoignage de sa prière : la clef de tout. En entrant dans sa chapelle, quand on avait la chance d'être invité à sa messe privée, on le découvrait de dos, déjà en train de prier. On devinait le dialogue intime avec le Christ en même temps que l'on sentait tout le poids du monde pesant sur ses épaules. J'ai été profondément touché quand, le jour de mon installation comme archevêque de Lyon, le cardinal Macharski m'a offert l'icône de la Vierge qui était dans la chambre de l'archevêque de Cracovie, donc de Karol Wojtyla avant lui, depuis quarante ans. Elle est aujourd'hui dans mon bureau.

Le dialogue avec les autres confessions chrétiennes et les autres religions est l'un des aspects le plus souvent mis en avant. Que signifie-t-il pour vous ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – A travers tous les gestes forts qu'il a accomplis en ce sens durant les vingt-six ans de son pontificat, on se rend compte que l'engagement oecuménique de l'Eglise est irréversible. Vous remarquerez que certains de ses gestes les plus prophétiques, comme le long travail de repentance qui a culminé dans son voyage à Jérusalem, ont été accomplis dans les dernières années de son pontificat, alors qu'il était déjà très malade. La fécondité de son action n'était pas liée à sa force physique.

L'appel à la nouvelle évangélisation, lancé en 1989 à Saint-Jacques-de-Compostelle, est-il entendu partout dans l'Eglise ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Non, il n'est jamais agréable de s'entendre dire : «Réveillez-vous». L'Eglise a sans cesse besoin d'être réveillée. Il y a même un adage qui dit : «Elle est toujours à réformer». Cela, pour mieux répondre à la consigne que le Christ lui laisse d'être une servante – en particulier des souffrants et des plus pauvres –, d'aller au-devant de toutes les nations et d'annoncer le Royaume.

Retiendra-t-on surtout l'image du Pape applaudi pour sa contribution à la chute du communisme ou celle du Pape critiqué pour son combat pour le respect de la vie ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Ces deux dimensions que, dans notre société, on cherche souvent à opposer, participent en fait d'un même combat. Il s'agit de la dignité humaine : la vie d'un seul homme vaut plus que tout. Il s'agit aussi de la défense de l'équilibre de notre planète pour que chacun voie sa place reconnue à la table de l'humanité. Le message de Jean-Paul II, c'est l'appel au respect de la dignité de toute personne parce qu'elle est créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Et cela passe d'abord par le respect du plus faible, à commencer par l'enfant à naître. Jean-Paul II, qui sait le prix infini d'une personne, a toujours eu une vision «catholique», c'est-à-dire un regard aussi vaste que l'univers. Au lendemain de la chute du mur de Berlin par exemple, son premier voyage fut, en janvier 1990, pour le Burkina Faso. Qui pouvait plus que lui se réjouir de la fin du bloc communiste ? Pourtant, en se rendant dans un des pays les plus pauvres du monde, il a voulu dire : oui, il faut se réjouir que l'Est et l'Ouest se retrouvent, mais n'oublions pas le Sud ! Et il a fait entendre sa voix puissante pour la cause des sans voix.

Dans quelques jours, vous aurez à élire le successeur de Jean-Paul II. Une telle responsabilité ne donne-t-elle pas le vertige ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Être archevêque de Lyon, n'est-ce pas une responsabilité plus écrasante encore ? Chaque jour, j'ai mille choses à faire ou décisions à prendre. A Rome, j'aurai quinze jours pour une seule tâche : élire le pape. Nous aurons le temps de prier, de réfléchir, de discuter... Et je pense que toutes les conditions seront réunies pour que nous soyons dans la paix du Seigneur.

Avez-vous déjà réfléchi au profil du futur pape ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Je vais vous faire un aveu : depuis près d'un an et demi que je suis cardinal, je n'ai pas abordé une seule fois le sujet avec aucun des futurs électeurs. Certains voyages, à New York, au Mexique ou à Rome, bien sûr, m'ont permis de connaître beaucoup de cardinaux. Et j'ai bien senti que nous y réfléchissions tous intensément.

Quels seront vos critères de choix ?

Cardinal Philippe BARBARIN. – Qu'il soit italien ou non, plus jeune ou plus vieux, originaire d'Afrique ou d'Amérique latine, tout cela n'a pas d'importance. Je suis très serein, car l'Esprit Saint nous éclairera dans notre choix, et l'avenir est entre les mains de Dieu.

Il ne sera pourtant pas facile de succéder à Jean-Paul II...

Cardinal Philippe BARBARIN. – Nous, les chrétiens, nous n'aimons pas beaucoup faire des comparaisons. Nous ne souhaitons pas que le futur pape soit plus comme ceci ou plus comme cela. Nous accueillerons dans la foi celui que Dieu nous donnera. Ce qui compte, c'est que l'Eglise poursuive avec lui l'immense tâche de l'évangélisation du monde.
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