Entretien avec le Cardinal José Saraiva Martins
Apr 05, 2008
Rome, le 05 avril 2008 - E.S.M. - Consacrer un Dossier à la Congrégation pour les Causes des Saints veut dire s’approcher de ce Dicastère de la Curie Romaine, qui étudie de plus près la vie de ceux qui, au cours des siècles, ont fait resplendir avec une lumière plus grande la Sainte Église Catholique
Éminence Révérendissime, vous êtes responsable de la Congrégation pour les Causes des Saints. Quelles sont ses tâches ? Quel est le rôle de la Congrégation dans la Curie Romaine ?
Ma tâche, comme Préfet du dicastère pour les Causes des Saints, consiste à le diriger et à le guider, en contrôlant et en veillant à toute son activité délicate et complexe, et donc à la représenter à tous les niveaux et à tous les effets. En particulier, le Préfet préside les Sessions plénières et ordinaires, et en réfère ensuite au Souverain Pontife ; il prévoit et prépare la liste des causes qui devront être examinées par les consulteurs et pas la Session Ordinaire de la Congrégation, en tenant compte de la date de remise au Dicastère, de la « Positio » qui la concerne ; dans plusieurs cas, l’étude peut être anticipée dans le cas de causes provenant d’Églises particulières qui n’ont pas encore de Bienheureux ou de Saints (cf. Regolamento, cap. III, art. 70); il revient enfin au Préfet d’employer ou de nommer à un niveau supérieur, avec le « Nulla Osta » préalable de la Secrétairerie d’État, les « secrétaires » (« officiali ») ou le reste du personnel. Pour expliquer ensuite le rôle de la Congrégation dans la Curie Romaine, il faut rappeler qu’elle doit collaborer avec le Saint-Père pour discerner les modèles de sainteté chrétienne à proposer aux fidèles, en les aidant ainsi à parvenir à cette « mesure élevée de la vie chrétienne » à laquelle tous sont appelés en vertu de leur vocation baptismale, qui est essentiellement une vocation à la sainteté
Vous êtes devenu responsable de la Congrégation pour les Causes des Saints sous le Pontificat de jean Paul II. Que vous a dit le Pape quand il vous a fait part de son intention de vous nommer Préfet de la Congrégation ? Qu’attendait le Pape Jean Paul II de la Congrégation pour les Causes des Saints ?
Il m’a souhaité “bon travail” comme chef d’un dicastère qu’il considérait comme étant d’une extrême importance pour la vie de l’Église. La sainteté en effet, comme l’a souligné souvent le Pape Jean Paul II, est un élément constitutif, fondamental de l’Église. Elle appartient à son ADN, à son code génétique. L’Église est « Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Pour ce qui concerne votre deuxième question, je peux répondre que le Pape “venu de loin”, attendait ce qu’attendent tous les Successeurs de Pierre : c’est-à-dire que la Congrégation réalise pleinement la tâche pour laquelle elle a été fondée par Sixte V, en 1588, le but dont on parlé ci-dessus.
Récemment, vous avez publié l’Instruction concernant les Normes qui règlent la phase diocésaine des causes de Béatification. Les moyens d’information l’ont comprise comme étant un document destiné à donner nécessairement plus de rigueur à ces causes. En est-il ainsi ? Et aussi: est-il vrai que, avec le Pape Benoît XVI, il y a eu la volonté de donner une plus grande rigueur aux procès ?
Il n’en n’est pas exactement ainsi. L’Instruction « Sanctorum Mater » de la Congrégation pour les Causes des Saints, présentée dernièrement à ; la presse, ne doit pas être considérée comme une Norme plus rigoureuse que celles actuellement en vigueur. Elle veut seulement éclairer les dispositions des normes en vigueur dans les Causes des Saints, faciliter leur application, et indiquer les moyens de leur exécution, dans les causes récentes et dans les causes plus anciennes. Tout cela sert à sauvegarder le caractère sérieux des recherches qui sont faites dans les enquêtes diocésaines et éparchiales, sur les vertus des Serviteurs de Dieu, ou sur les cas de martyre prétendu, ou sur d’éventuels miracles. Les causes, en effet, comme l’a rappelé le Pape Benoît XVI, « doivent être instruites et étudiés avec le plus grand soin, en recherchant soigneusement la vérité historique. Dans ces paroles, est contenue la pensée du Pontife actuel pour ce qui concerne « la plus grande rigueur » dans l’application des normes en vigueur dans la phase diocésaine des procès de Béatification. Et c’est précisément dans ce contexte que l’on doit lire et comprendre l’Instruction du Dicastère, « Sanctorum Mater ».
Dans le monde, il y a de nombreux missionnaires qui donnent leur vie pour l’annonce de l’Évangile. Quels sont les secrets pour que leur travail soit vraiment le travail « d’homme saints » ?
Il n’y a pas de « secrets ». Une seule chose est requise : que leurs œuvres soient en pleine syntonie avec la Bonne Nouvelle qu’ils annoncent, que leur conduite soit toujours inspirée aux valeurs du Message évangélique qu’ils proclament, souvent avec un grand courage et de manière courageuse. La Mission est, pas sa nature même, un instrument spécial et très efficace de sanctification. On ne peut, en effet, annoncer l’Évangile de la sainteté, sans chercher à vivre, au plan personnel, la sainteté de l’Évangile.
Est-il possible aujourd’hui encore de devenir des Saints ? Comment peut-on, concrètement devenir des Saints ?
La sainteté est possible à toute époque et dans tout contexte socioculturel. Elle est donc possible, même dans la société actuelle. La sainteté est, pas sa nature même, une réalité métahistorique, toujours actuelle, indépendamment de l’époque à laquelle elle est vécue. Les moyens pour parvenir à la sainteté chrétienne peuvent se résumer à un seul moyen fondamental : celui de vivre l’Évangile en profondeur, dans toutes ses conséquences, et s’inspirer à lui pour les choix personnels. Cela vaut pour tous les chrétiens. La fleur de la sainteté peut et doit fleurir en tout lieu et à tout niveau de la société humaine. Le monde d’aujourd’hui, dans lequel nous assistons à une « amnésie progressive de Dieu », a un besoin tout particulier de Saints. Jean Paul II nous l’a rappelé à maintes reprises : « La sainteté n’est pas un idéal théologique, mais une voie à parcourir en suivant fidèlement le Christ ; elle est une exigence particulièrement urgente à notre époque ». Les paroles de Simon Weil, sont particulièrement significatives à ce sujet : « Il n’est pas suffisant d’être sain, la sainteté est nécessaire, celle que le moment présent requiert et exige : une sainteté nouvelle, elle aussi sans précédents. Le monde a besoins de Saints qui aient du génie, comme une ville où doit fleurir la peste a besoin de médecins ».
Est-il possible d’avoir des données sur la Congrégation ? Combien de procès sont-ils en cours ? Combien de procès pour la Béatification, et combien de procès pour la Canonisation ?
La Congrégation a été fondée en 1588 par le Pape Sixte V. Son activité s’exerce dans deux secteurs fondamentaux : celui de l’héroïcité des vertus, et celui des miracles présentés, parvenus au Dicastère par l’intermédiaire des promoteurs des différentes causes. Que l’on se souvienne bien que la proclamation de l’héroïcité des vertus est la base indispensable, ce qui est évident, pour qu’un candidat aux autels puisse être béatifié et que, selon les normes en vigueur, on requiert un miracle pour la Béatification, et un autre pour la Canonisation. Pour l’étude des vertus héroïques, la Congrégation se sert de la collaboration de 72 consulteurs théologiens, alors que pour les miracles présentés, et pour l’étude des miracles présentés, elle consulte 60 médecins spécialisés dans les différents secteurs de la médecine actuelle. Pour ce qui concerne le nombre des procès en cours à la Congrégation, on en compte actuellement 2.200. On ne peut distinguer entre procès en vue de la Béatification et procès en vue de la Canonisation, parce que tous les procès sont en vue de la Béatification et de la Canonisation