Le cardinal Lustiger, un artisan du rapprochement avec le judaïsme
Feb 14, 2005
Le cardinal Jean-Marie Lustiger, figure la plus marquante de l'Eglise de France, qui vient de laisser les rênes de l'archevêché de Paris à Mgr André Vingt-Trois, restera comme l'un des artisans du rapprochement entre juifs et chrétiens.
(AFP, 11-2-2005) Distingué dès 1979 par le tout nouveau pape Jean Paul II qui le nomme évêque d'Orléans puis archevêque de Paris en 1981, Jean-Marie Lustiger, l'enfant juif converti au catholicisme à 14 ans, qui n'est pas issu des filières traditionnelles de l'épiscopat français, a aidé le pape à aller très loin dans le réchauffement des rapports de l'Eglise et du judaïsme.
Il a d'abord utilisé toute sa diligence auprès de Mgr Ducourtray, alors évêque de Lyon, pour aider à un dénouement heureux dans l'affaire du carmel d'Auschwitz où l'épiscopat polonais était passablement empêtré, rappelle Henri Madelin, jésuite et ancien directeur de la revue "Etudes".
Il a également accompagné le pape dans son cheminement vers une réconciliation avec le judaïsme, qui l'a mené à Yad Vashem et au mur du Temple à Jérusalem en l'an 2000. Le souverain pontife y avait reconnu la dette des chrétiens envers leurs "frères aînés".
Son histoire singulière et sa familiarité avec le pape lui ont donné, pendant 24 ans, une place privilégiée dans l'Eglise de France. Ce qui n'allait pas de soi, puisque le "chef" de l'Eglise de France est statutairement le président de la conférence épiscopale, élu par ses pairs, les autres évêques.
De nombreux catholiques lui savent gré d'avoir sorti le diocèse de Paris d'une certaine "sinistrose" et d'avoir changé l'image du sacerdoce.
Aux antipodes de thèmes modernistes comme les prêtres ouvriers, l'ordination des femmes ou le mariage des prêtres, Mgr Lustiger, 78 ans, s'est inscrit dans un courant à la piété plutôt traditionnelle, qui est aussi celui de Jean Paul II.
Il a repensé la formation des prêtres, soulignant que si l'Eglise voulait contrer l'hémorragie des vocations ecclésiastiques en cours dans les années 1970, il fallait revaloriser la spiritualité. A cette fin, il a crée la maison Saint-Augustin, véritable classe préparatoire pour éprouver la foi des nouveaux prêtres.
Très habité par l'idée que les grandes métropoles, et en particulier Paris, doivent être le point de départ d'une "nouvelle évangélisation" adaptée à la modernité, il a beaucoup oeuvré auprès de la jeunesse avec le point culminant des JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) en 1997.
Il s'est aussi appuyé sur la vague des mouvements charismatiques qui, comme la Communauté de l'Emmanuel, mêlent clercs et laïcs pour reconquérir une société largement déchristiannisée. On ne compte plus en France qu'environ 12% de catholiques pratiquants.
De même qu'il a créé "son" séminaire, Mgr Lustiger a fondé "sa" radio, "radio Notre-Dame" et "sa" télévision, KTO. De même, il a développé l'"Ecole Cathédrale" pour former à la théologie les clercs mais aussi des laïcs. Certains y voient une tentative faite pour contrebalancer l'influence de l'Institut catholique.
Mgr Lustiger a enfin aidé au rapprochement de l'Eglise avec l'Etat français en instaurant, avec Lionel Jospin, alors Premier ministre, le principe de rencontres régulières entre l'Eglise de France et le gouvernement.
Mais sa conception très personnelle des choses n'est pas allée sans bousculer certaines sensibilités, de nombreux catholiques souhaitant même que "le jeu se calme pastoralement".