Jean-Marie Cardinal Lustiger † Jean-Marie Cardinal Lustiger †
Function:
Archbishop Emeritus of Paris, France
Title:
Cardinal Priest of S Luigi dei Francesi
Birthdate:
Sept 17, 1926
Country:
France
Elevated:
Feb 02, 1983
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French Maintenir 'l’équilibre' de la laïcité
Sept 10, 2004
L’archevêque de Paris était auditionné mardi 23 septembre par la «commission Stasi» sur la laïcité. Il a demandé de ne pas toucher au « compromis à la française » et s’est prononcé contre une loi sur le port du voile à l’école.

(la Croix, 24 septembre 2003) Et si, sous couvert de laïcité, on cherchait à résoudre l'ensemble des problèmes moraux et sociaux qui se pose aujourd'hui le pays ? Sans doute fallait-il un cardinal pour oser la question.

Mardi 23 septembre, devant les membres de la commission Stasi, chargés de réfléchir à «l'application du principe de laïcité», le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, a brillamment situé les enjeux du débat sur lequel les «vingt sages» doivent plancher. «Sous le mot de laïcité, vous êtes en train de faire une analyse de la conscience française» leur-a-t-il dit.

En effet, la laïcité, aux yeux du cardinal, c'est «un état de fait stable», une «construction jurisprudentielle» à laquelle on ne saurait toucher aujourd'hui.

Retraçant brièvement quelques deux siècles, l'archevêque de Paris a fait remarquer combien cette histoire avait débuté dans la violence et la contrainte. «Si les édifices de culte catholique aujourd'hui appartiennent à l'État ou aux communes, c'est parce que l'Église a refusé le statut des associations cultuelles, prévu par la loi de 1905, qu'elle ressentait comme une intrusion de l'État», a-t-il rappelé. Le compromis de 1923 passé entre la troisième République et le Vatican, puis la jurisprudence et la pratique administrative, ont permis ensuite de gérer une loi «qui au départ n'était pas gérable».

C'est cela, pour l'archevêque de Paris, le «compromis à la française» : un «savoir-vivre», élaboré au fil des ans, une «histoire de famille, qui est parvenue à vivre ensemble». C'est un peu, a-t-il dit, «comme si une famille nombreuse divorçait, avec une séparation totale des biens, et continuait cependant à vivre ensemble, sous le même toit, les biens restants séparés, et finissant par accepter ce divorce» !

Ce compromis à la française, qu'il préfère plutôt définir comme une «laïcité apaisée» qu'une laïcité «ouverte», il ne faut pas y toucher : «c'est un compromis historique, loin d'une définition qui tomberait du ciel, et qui pourrait se parer d'une philosophie idéologique», a poursuivi le cardinal, clairement réticent à ériger cette laïcité en principe universel.

«Nous pensons délibérément que nous ne pouvons pas toucher à ce compromis. Ce serait remettre en cause un équilibre fragile, et qui pourtant constitue le visage de la France aujourd'hui» a-t-il tout d'abord conclu, rappelant en cela la position plus générale de l'épiscopat français.

Car en réalité, a-t-il poursuivi, ce que provoque aujourd'hui la vague d'immigration sans précédent en provenance en majorité d'un Maghreb islamisé, «est un problème d'identité» : «qu'est-ce que la République ? Quelle est notre nation ? Quelle est notre culture ?».

«La culture française a la caractéristique d'être intégrationniste a encore noté Mgr Lustiger, et on met cela sur le compte de la laïcité» citant à l'appui son propre témoignage de fils d'immigrés juifs polonais. «Pourquoi veut-on devenir français ?» a-t-il poursuivi. C'est donc bien, au fond, un problème d'identité plus que de laïcité ou de religion.

Quant à l'islam «l'État est aujourd'hui déboussolé, désorienté» juge le cardinal. Et «l'on ne peut appliquer de force le processus bi-séculaire par lequel les autres religions déjà présentes en France sont passées : l'islam, seul, réformera l'islam».

On ne doit donc pas imaginer une politique religieuse : «notre République n'en a ni les moyens juridiques, ni les outils conceptuels, ni la tradition» a justifié l'archevêque de Paris. En ce sens, Mgr Lustiger s'est déclaré contre une loi sur le port du voile : «il ne faut pas prendre des mesures législatives qui ne peuvent être appliquées». Il s'est aussi étonné de la proposition de créer un Conseil des religions : «pour quoi faire, et pour y mettre qui ?» a-t-il insisté, rappelant qu'il n'y avait pas de définition juridique du religieux dans notre pays.

Sur la laïcité, Mgr Lustiger a été rejoint par Jean Kahn, président du Consistoire israélite de France, qui lui a succédé devant la commission : ce dernier s'est en effet présenté comme un fervent supporter de la laïcité, expliquant au passage que la «communauté» juive, n'était pas «communautariste», et que lui, personnellement, s'opposait au port de la kippa dans les établissements publics : «il y a des écoles religieuses pour cela» a-t-il expliqué.

Jean-Louis Borloo, ministre de la ville, entendu en fin de matinée par la Commission, n'était pas non plus si éloigné des positions de l'archevêque de Paris. Pour lui aussi, plus que de laïcité, le problème est celui de l'intégration. Dressant un tableau particulièrement sombre des «ghettos» à la française, ces cités «où la machine à exclure fonctionne à plein», il a demandé que la «France se donne les moyens de sa laïcité», et notamment les moyens financiers et économiques.

«Soit on sous-traite à des communautés plus ou moins religieuses la gestion de la paix sociale dans les cités, et on fait un communautarisme à la française. Soit, on se donne les moyens de faire respecter le pacte républicain», a conclu le ministre, insistant sur la fait que la France est une République laïque, mais aussi «une République sociale, qui doit assurer à chacun des chances égales d'intégration».
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