Jean-Marie Cardinal Lustiger † Jean-Marie Cardinal Lustiger †
Function:
Archbishop Emeritus of Paris, France
Title:
Cardinal Priest of S Luigi dei Francesi
Birthdate:
Sept 17, 1926
Country:
France
Elevated:
Feb 02, 1983
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French Éloge du cardinal Lustiger à l'Académie française
Jan 27, 2010
Jeudi, le philosophe Jean-Luc Marion a rendu hommage à l'archevêque de Paris.

Deux hommes côte à côte pour écouter l'éloge de feu le cardinal Jean-Marie Lustiger : le grand rabbin de France Gilles Bernheim et le cardinal André Vingt Trois, archevêque de Paris. La philosophie aussi était là, avec Remi Brague, Marguerite Lena, Jean Duchesne, Bernard-Henri Lévy, Gérard Leclerc, car l'homme qui prononçait cet éloge (non sans émotion, à l'évocation de sa fin héroïque) était Jean-Luc Marion, grande figure de la philosophie française, professeur à la Sorbonne et à Chicago, dans le sillage de Lévinas et Ricoeur.

L'hommage à son prédécesseur du 4° fauteuil fut construit comme une admirable réflexion sur la parole. S'amusant à partir du vote à l'Académie (qui s'exprime par une « voix ») jusqu'à la Bible, « Parole de Dieu », Marion a retracé le parcours exceptionnel de Jean-Marie Aaron Lustiger, appelé par la Parole, à assumer un appel : soit la vie d'un petit parisien né dans une famille juive, sur qui se posera ce qu'il nommera « le choix de Dieu ».

Il deviendra prêtre, évêque d'Orléans puis de Paris et enfin cardinal de l'Église catholique et l'une de ses plus éminentes figures, du fait de son histoire personnelle, mais aussi de son intelligence et de son caractère. Jean-Luc Marion a décrit le rapport singulier du cardinal avec la France et son histoire et, partant, de son Église : son parcours lui donnait une liberté pour penser la situation du catholicisme français. « Que les catholiques se retrouvent aujourd'hui en position minoritaire n'a donc rien d'un désastre ni d'une nouveauté puisqu'il n'ont pas vocation à la majorité (…) Si le serviteur n'est pas plus grand que le maître pourquoi la communauté des croyants devrait-elle se soustraire à l'épreuve de l'abandon et de la mort si elle veut accéder à la Résurrection ? » Beau résumé de l'enseignement prophétique du défunt cardinal.

« Dieu sans l'être »

Marion risqua même une comparaison entre la mort de Péguy, coïncidant mystérieusement avec l'arrêt de l'offensive allemande sur la Marne, et celle de Jean-Marie Lustiger, coup d'arrêt d'un certain déclin du catholicisme. Les figures de Balthasar, Daniélou, Frossard, Bouyer, Clavel passèrent sous la Coupole, illustrations des débats théologiques ou pastoraux qui agitèrent l'Église catholique de ces trente dernières années. Les nombreux clercs présents savourèrent.

C'est d'ailleurs un évêque, celui d'Angoulême qui reçut Jean-Luc Marion. Claude Dagens évoqua avec bienveillance et pertinence sa vie et son œuvre. Il releva l'effort du philosophe spécialiste de Descartes et Heidegger pour balayer la notion de « mort de Dieu » chère à mai 68, lui préférant la mort de certaines représentations abusives et la nécessité de repenser le moyen d'accéder à la connaissance de celui-ci : « Dieu sans l'être ». Il évoqua la dette intellectuelle de l'impétrant à l'égard de personnalités telles que Beaufret, Alquié, Mgr Charles, épinglant avec humour la pensée parfois abrupte du nouvel Immortel.

Et derrière une phrase de Marion, que cita Mgr Dagens, on ne pouvait que lire la grande bienveillance d'un prélat normalien pour son cadet si doué : « On reconnaît un mauvais philosophe à ce qu'il répète des solutions trop connues afin de dénier les questions, un bon philosophe à ce qu'il trouve des réponses encore inconnues aux questions déjà reconnues, mais un grand philosophe à ce qu'il impose des questions inconnues, inouïes, à des réponses trop connues ».

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/01/22/01016-20100122ARTFIG00445-eloge-du-cardinal-lustiger-a-l-academie-francaise-.php
French France : Base de données sur le card. Jean-Marie Aron Lustiger
Dec 19, 2009
Ouverture en ligne grâce à l’Institut Lustiger

ROME, Mardi 15 décembre 2009 (ZENIT.org) - Une base de données dédiée à Jean-Marie Aron Lustiger s'ouvre sur Internet à l'initiative de l'Institut Jean-Marie Lustiger qui, depuis deux ans, rassemble l'ensemble des écrits et interventions publiques du cardinal.

Aujourd'hui, indique un communiqué du diocèse de Paris, des centaines de documents, dont des inédits, sont catalogués et pour beaucoup déjà consultables : conférences, articles, homélies, contributions dans des ouvrages collectifs, périodiques, magazines et quotidiens...

Cette base documentaire sera actualisée et enrichie quotidiennement. Courant 2010, elle sera complétée par une photothèque et des enregistrements sonores et vidéo.

A partir de cette base et des autres documents dont il dispose, l'Institut Jean-Marie Lustiger peut accompagner des travaux de recherche.

Pour consulter librement cette base de données : http://www.institutlustiger.fr

Philippe Laborde, qui assure le suivi des travaux précise aujourd'hui à Zenit que cette mise en ligne entend « répondre aux demandes de tous ceux - notamment étudiants ou chercheurs -, qui souhaitent consulter les archives: ils peuvent maintenant disposer directement d'un fond qui a été rassemblé, classé, inventorié, indexé, sauvegardé au cours de deux ans de travail ».

On peut ainsi « accompagner leurs travaux comme les recherches des simples fidèles qui ont pu entr'apercevoir tel aspect de la pensée du cardinal Lustiger et pourront découvrir d'autres dimensions » de son œuvre et de sa personnalité.

En somme, conclut P. Laborde, le but de cette mise en ligne c'est de « rendre service » !

Pour ce qui est du rôle de l'Institut Lustiger, P. Laborde souligne que c'est un des aspects de sa mission que de « veiller à la sauvegarde » de ce patrimoine et d' « accompagner » les travaux, les études et les actions de « formation ».

Dans le cadre de cette mission de formation, il rappelle trois événements. Un premier colloque qui a eu lieu en décembre 2008 sur Jean-Marie Lustiger « Cardinal républicain », autour de la laïcité et de l'engagement. Les actes seront publiés bientôt.

Un deuxième colloque sera organisé le 11 février prochain sur « l'Europe selon Jean-Marie Lustiger » : vaste programme qui rassemble des réflexions sur une trentaine d'années et toujours « actuelles ».

Un troisième colloque est programmé pour octobre 2010 sur un thème qui tenait particulièrement à cœur au cardinal Lustiger : le sacerdoce.

Enfin, Philippe Laborde souligne que le « courrier » proposant des témoignages ne cesse de parvenir à l'Institut Jean-Marie Lustiger et qu'une nouvelle tâche s'offre donc à l'Institut : recueillir ces témoignages.
French Le cardinal Vingt-Trois annonce la création de l'Institut Jean-Marie Lustiger
Dec 07, 2007
Le but de l'Institut Jean-Marie Lustiger sera d'approfondir et de faire connaître ce qu'il a "apporté dans l'Eglise catholique et dans la société", a annoncé vendredi le cardinal Vingt-Trois.

(La Croix, 07/12/2007) Le 8 décembre 1979, fête de l'Immaculée Conception, Jean-Marie Lustiger était ordonné évêque d'Orléans. A l'occasion de cet anniversaire, le cardinal André Vingt-Trois a annoncé la création, samedi 8 décembre, de l'Institut Jean-Marie Lustiger dont le but est d'approfondir et de faire connaître ce qu'il a "apporté dans l'Eglise catholique et dans la société".

L'Institut sera abrité par le Collège des Bernardins, dans le Ve arrondissement de Paris, qui a été entièrement restauré sous l'impulsion du cardinal Lustiger. Ce Collège "récapitule ce que Jean-Marie Lustiger a voulu vivre et mettre en oeuvre : son dessein original consiste à réunir sous un même toit, dans une large ouverture, l'institution de formation théologique du diocèse de Paris, l'art et la culture sous ses différents modes contemporains et la recherche sur les questions que doit affronter notre monde", précise le communiqué du diocèse de Paris.

L'Institut a pour tâche de sauvegarder tous les documents concernant Jean-Marie Lustiger, d'organiser des colloques et d'encourager les recherches et thèses de doctorat. En sont co-fondateurs ceux que le cardinal Lustiger avait désignés pour veiller à son œuvre et à ses écrits.

Le cardinal Jean-Marie Lustiger, qui pendant un quart de siècle a profondément transformé le visage du diocèse de Paris, a aussi beaucoup oeuvré pour le dialogue interreligieux, particulièrement avec le judaïsme.
French Les obsèques du cardinal Lustiger sous le signe de l'oecuménisme
Aug 14, 2007
Protestants, anglicans, catholiques, orthodoxes, juifs ou musulmans: les obsèques du cardinal Jean-Marie Lustiger, célébrées vendredi en la cathédrale Notre-Dame de Paris, se sont inscrites sous le signe de l'oecuménisme. De nombreuses personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy, mais également des milliers d'anonymes, ont accompagné l'ancien archevêque de Paris dans sa dernière demeure.

(AP, 10.08.2007) Comme l'avait souhaité Mgr Lustiger, né juif, la cérémonie a commencé par le "Kaddish", la prière juive des endeuillés, récité par son cousin Arno, rescapé des camps de concentration, sur le parvis de la cathédrale. Son arrière petit-neveu Jonas Moses-Lustiger a ensuite déposé sur le cercueil un coffret contenant un peu de terre venue de Terre sainte. "Aujourd'hui, quand je ferme les yeux et que je pense à toi, j'aimerais simplement te dire une chose: merci", a dit le jeune homme.

Le cercueil, précédé de la crosse du cardinal en procession, a ensuite été porté à l'intérieur de la cathédrale Notre-Dame, où Mgr André Vingt-Trois, son successeur à la tête de l'archevêché de Paris, a célébré la messe des funérailles.

Au passage du cercueil, qui a été recouvert de l'aube et de l'étole du cardinal, la foule était visiblement très émue. L'ancien président polonais Lech Walesa avait pris place au côté du Premier ministre François Fillon. Derrière, l'épouse de l'ancien président Jacques Chirac, Bernadette, et plusieurs ministres, Jean-Louis Borloo ou encore Michèle Alliot-Marie et Christian Estrosi, ainsi que le président du Modem, François Bayrou, et le président de la région Ile-de-France Jean-Paul Huchon.

Nicolas Sarkozy avait interrompu ses vacances aux Etats-Unis pour pouvoir assister aux funérailles de Mgr Lustiger, décédé dimanche à l'âge de 80 ans. "J'ai voulu honorer la mémoire d'un grand homme, d'un homme qui a compté pour les Français", a déclaré le chef de l'Etat devant les caméras de i>Télé, rendant hommage à "un homme de paix, de rassemblement et de réconciliation".

L'archevêque Philippe Barbarin de Lyon, le cardinal Jean-Pierre Ricard, président de la conférence des évêques de France, étaient également présents. En tout 16 cardinaux, 50 évêques et plus de 500 prêtres s'étaient déplacés pour rendre un dernier hommage au cardinal.

La messe des funérailles a duré plus de deux heures et demie. Sur le parvis, des centaines de personnes les feux fixés sur un écran géant s'étaient massées dans le froid pour suivre la cérémonie. "Aujourd'hui, c'est un moment fort pour un homme exceptionnel, avec une grandeur. Il avait beaucoup de bonté mais aussi beaucoup d'exigence. C'est un grand personnage, un grand serviteur de l'église", confiait un retraité venu spécialement de la Somme.

Un sentiment partagé par Eric, un Parisien. "J'étais étudiant en 1968 avec Mgr Lustiger. Il avait beaucoup d'enthousiasme, il était extraordinaire et avait la volonté de transmettre ce qu'il avait". "C'est important d'être là pour quelqu'un que l'on apprécie. Son charisme, son engagement, son parcours", renchérissait l'un de ses amis, Hervé. "Il est un lien entre les juifs et les chrétiens".

Le cardinal "a posé pour les relations des juifs et des chrétiens des actes décisifs que peut-être lui seul pouvait engager", étant né dans une famille de confession juive avant de se convertir au catholicisme à 14 ans, a rappelé Mgr André Vingt-Trois dans son homélie.

Avant la bénédiction du corps, l'académicien Maurice Druon a aussi témoigné de son admiration à Mgr Lustiger, qui avait rejoint les Immortels en 1995. "Ardent, vigoureux, mobile, multiple, prêchant, écrivant, créateur d'un message religieux audiovisuel, autoritaire parce que intransigeant sur l'essentiel, ami sans faille aucune de Jean-Paul II qu'il soutint", a souligné l'académicien. "Vous fûtes, Jean-Marie, pendant un quart de siècle (...) le cardinal juif". Le cardinal Paul Poupart, président du conseil pontifical pour la culture, a ensuite lu un message du pape Benoit XVI.

Le cercueil a été descendu dans la crypte funéraire de la cathédrale, pour rejoindre le caveau des archevêques de Paris. "Je suis né juif (...) Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis demeuré juif comme le demeuraient les Apôtres (...) J'ai été intronisé dans cette cathédrale le 27 février 1981 puis j'y ai exercé tout mon ministère", indique une plaque commémorative qui devait être installée dans la cathédrale et rédigée par le cardinal.
French Lustiger, le converti permanent
Aug 14, 2007
Le cardinal a porté l’idéal millénaire du christianisme : amener les juifs à reconnaître la Nouvelle Alliance. Par Daniel Sibony, écrivain, psychanalyste.

(Quotidien, 13 août 2007) Le trait singulier du cardinal Lustiger, c’est qu’étant juif et s’étant converti au christianisme (deux choses banales ou sans éclat particulier), il a dû maintenir toute sa vie qu’il était juif alors que le passage au christianisme, en principe, est fait pour dépasser ou accomplir l’être juif. En tout cas pas pour le maintenir. Et lui a dû le maintenir parce que sa mère, gazée comme juive à Auschwitz, l’a comme rappelé à ses origines, d’un rappel radical mais voué à rester formel. Car de fait, toute sa vie, toute l’énergie de son action fut orientée vers la foi catholique, à propager le plus possible. Pour le reste, il a fait son travail d’homme d’Eglise actif et militant pour sa religion. Apparemment c’est assez rare pour paraître exceptionnel.
En revanche, ce qui est exceptionnel, c’est cette conjonction des deux traits, juif et catholique qui lui fut imposé par l’événement ; imposé par le destin de sa mère et en un sens celui de son peuple ; indépendamment de sa volonté.
Conjonction certes bizarre : «être catholique», cela contredit radicalement «être juif». «Jésus notre Dieu» n’est pas recevable par un juif religieux pas plus que par un juif athée.
Mais cette conjonction bizarre, il a su s’en servir, l’incarner, car elle correspond à un montage théorique presque idéal : porter en soi un juif qu’on ne cesse de convertir au catholique qu’on est devenu, un juif qui ne demande qu’à passer chrétien et qui y passe toute sa vie, voilà ce qui ne pouvait que séduire le subtil Jean-Paul II. Il a bien vu en Lustiger un symbole vivant et prolongé de quelque chose où l’Eglise de tout temps a cherché sa validation : l’instant fatidique où le juif comprend enfin que sa religion, certes originelle, s’achève et s’accomplit dans la suivante. Ici, cet instant précieux a duré ici toute une vie. Il s’est incarné dans un homme vif et actif, qui a ainsi porté l’idéal millénaire du christianisme : ramener les juifs qui se cramponnent à la vieille Alliance, les amener à reconnaître la Nouvelle, la Bonne Nouvelle. Et prouver par là même la valeur de celle-ci, a fortiori.
Avec Lustiger, l’Eglise pouvait obtenir en douceur ce qu’elle a au cours des siècles recherché par la force ou la pression. Avoir en soi un juif qui n’est là que pour dire : «Je suis juif», un juif inerte comme tel, puisque rien de la transmission juive ne s’imposait dans le discours de Lustiger, mais un juif qui sert à doper le chrétien par une conversion permanente, et de ce fait même inachevée — voilà le trait unique.
C’est cela même qui est rappelé par le rite funéraire qu’a souhaité le cardinal : que l’on dise sur lui le kaddish, prière juive qu’on prononce entre autres pour les morts, mais qu’on la dise à l’entrée de l’Eglise, pas à l’intérieur. Dedans, ce sera le rite catholique, celui de l’accomplissement, de l’aboutissement. Il est vrai qu’à l’intérieur, le Notre-Père qui sera dit est un dérivé du kaddish, et les psaumes qui seront chantés furent écrits en hébreu. Mais c’est une longue histoire.
Il est vrai aussi que faire entendre le kaddish dans sa langue originale, devant Notre-Dame, sur la grande place, c’est très fort : ce kaddish qui ne dit rien de la mort, qui se contente de glorifier le Nom de l’être, de l’être non pas comme Etre suprême, mais comme fonction d’être. Qui fait exister ce-qui-existe.
C’est d’autant plus fort qu’en un sens, le cardinal ne pouvait faire autrement que de le demander, puisqu’il était… juif ; et que ce kaddish, sa mère gazée n’y a pas eu droit au moment de sa mort. Pas plus que la famille de son père et des millions d’autres.

Dernier ouvrage paru : Lectures bibliques, aux éditions Odile Jacob. A paraître en septembre : L’Enjeu d’exister. Analyse des thérapies, aux éditions du Seuil.
French L'héritage du cardinal Lustiger
Aug 12, 2007
Un quart de siècle de "mission" du cardinal Lustiger à la tête du diocèse de Paris a bouleversé l'Eglise de France.

(Le Monde, 10.08.07) Chaque évêque est théoriquement patron de son diocèse et n'a de comptes à rendre qu'au pape. Mais par son tempérament, son autorité intellectuelle, son rayonnement médiatique, Jean-Marie Lustiger, au risque d'agacer beaucoup de monde, s'était posé en véritable patron de la "fille aînée" de l'Eglise. Sa disparition oblige à s'interroger sur son héritage.

Il a imposé une triple rupture, théologique, intellectuelle, pédagogique. Il faisait partie de ce petit noyau d'évêques d'envergure internationale promus et protégés par Jean Paul II, à la fois enfants du concile Vatican II (1962-1965), mais réservés devant l'engouement qui l'a suivi, n'en retenant que l'interprétation la moins novatrice, sans frayer pour autant avec les traditionalistes. Ce sont des hommes de gouvernement, portés sur la plus stricte orthodoxie doctrinale, apôtres d'une "nouvelle évangélisation" du monde et d'une réaffirmation d'un catholicisme rêvé comme bastion face à la "dictature du relativisme" (Joseph Ratzinger) et à la laïcisation de la société moderne.

Pendant vingt-cinq ans, en dépit des résistances, le cardinal Lustiger aura incarné et imposé la ligne d'un catholicisme de conversion et d'affirmation qui puise dans ces "monuments" de la théologie du XXe siècle que furent Henri de Lubac, Hans-Urs von Balthasar, Joseph Ratzinger (devenu Benoît XVI). Un catholicisme qui ne craint pas d'afficher son identité, qui se transmet dans des structures disciplinées de formation de prêtres et de laïcs, prône une annonce directe de la foi, une visibilité de l'institution et du témoignage, un idéal de sainteté cultivé par des habitudes de dévotion à l'ancienne, des pèlerinages et rassemblements fervents.

Comme Jean Paul II sur le plan mondial, le cardinal Lustiger aura brouillé en France les frontières idéologiques entre catholiques de droite et de gauche, conservateurs et progressistes. Il est libéral et moderne sur la morale sociale, les droits de l'homme, mais raide sur le dogme, l'enseignement, la liturgie. Son catholicisme cherche des cautions à Rome et déteste toute bureaucratie ecclésiastique. Jean-Marie Lustiger était célèbre pour ses imprécations contre les structures jugées trop lourdes de la Conférence des évêques, un clergé fonctionnarisé, des mouvements d'action catholique (Jeunesse étudiante, Jeunesse ouvrière, etc.) jugés dépassés.

Cette ligne identitaire a rompu avec le catholicisme de l'"enfouissement" qui prévalait en France avant et juste après VaticanII, écartant l'annonce trop explicite de la foi, prônant une évangélisation par milieu social, misant sur des réformes de structures et une décentralisation de l'Eglise, sur des alliances avec les "forces de progrès" (partis, syndicats, associations). Aujourd'hui, la hiérarchie n'a pas surmonté toutes ses divisions, mais le choix des hommes que l'archevêque de Paris a "placés" dans l'épiscopat (un tiers), la transformation opérée en France par les six voyages de Jean PaulII et le poids de la discipline romaine ne laissent aucun doute sur la postérité de la ligne Lustiger.

La deuxième rupture fut d'ordre intellectuel. Le cardinal Lustiger a renoué avec des milieux et des disciplines réputés éloignés de l'Eglise : l'art, la culture, les sciences humaines, les affaires, la science. Pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de 1997 à Paris, il avait créé la surprise en sollicitant des stylistes comme Castelbajac, des architectes comme Portzamparc, Duthilleul, Wilmotte. Il était entouré d'un club de philosophes ou normaliens (Jean-Luc Marion, Jean Duchesne, Rémi Brague, Jean-Robert Armogathe, etc.) qui l'aidaient à se frotter aux débats de la société civile et du gotha intellectuel, à entrer dans d'autres cercles où il rencontrait des Robert Badinter, Jean Daniel, Michel Serres, Philippe Meyer, André Glucksmann, Alain Finkielkraut, Serge Klarsfeld, etc. Ou des "pointures" aujourd'hui disparues comme Paul Ricœur, Emmanuel Levinas, René Rémond.

Conscient que le destin de l'homme moderne était de vivre en ville, ce Parisien de naissance était fasciné par les grandes métropoles urbaines, où se jouait, selon lui, l'avenir de la foi chrétienne. Il avait pris acte de l'effondrement de la "civilisation paroissiale" liée à la société rurale et relancé une "évangélisation" des villes. Avec les archevêques de Bruxelles, de Lisbonne, de Vienne, il avait pris l'initiative de campagnes de "mission" dans les capitales européennes. A Paris, à la Toussaint 2004, il avait appelé les catholiques à se rendre, pendant une semaine, dans les "lieux de vie" des Parisiens, cafés, salles de spectacle, hôpitaux, prisons, pour y témoigner de leur foi. Ainsi bousculait-il des habitudes, agaçait-il des confrères évêques plus timorés, repliés sur les réseaux d'Eglise plus classiques.

Là où il a le plus innové et irrité, c'est en créant ses propres structures de formation et de communication, désavouant de fait celles qui existaient. Il a ouvert des séminairesà Paris, alors que les séminaires interdiocésains se vidaient, mais avec des résultats : un dixième des prêtres ordonnés chaque année en France viennent de son diocèse. De même, Radio Notre-Dame est restée isolée face au réseau national des Radios chrétiennes de France (RCF). La station de télé KTO a été créée en concurrente directe du "Jour du Seigneur" sur la chaîne publique. Le Studium Notre-Dame, troisième faculté de théologie à Paris, a été érigé sans craindre de désavouer le vieil Institut catholique ou le brillant Centre Sèvres des jésuites.

Le bulldozer Lustiger a défriché, élargi des horizons, ouvert des plaies qui ne sont pas toutes cicatrisées. Il laisse une Eglise de France en plein chantier, où les différences de sensibilité sont plutôt moins tranchées qu'autrefois, mais où la gestion de la pénurie de prêtres et de pratiquants semble avoir stérilisé l'innovation, éteint les voix, comme la sienne, fortes et prophétiques.
French Burundi– Lustiger : La sœur du cardinal décédé est la fondatrice de la congrégation des sœurs dominicaines du pays
Aug 12, 2007
Le cardinal français, décédé d’un cancer dimanche dernier à l’âge de 80 ans et dont les obsèques se sont déroulées ce vendredi à Paris, avait, selon une agence de presse locale, une relation toute particulière avec le Burundi, pays d’Afrique des Grands Lacs.

(IJAMBO.COM, 08/11/2007) Un journaliste de Net Press affirme que la sœur adoptive de Jean Marie Lustiger, grandie sous ses ailes après la disparition de leur mère déportée à Auschwitz, allait devenir religieuse et fonder à Mureke (Nord du Burundi, Ngozi), la congrégation des premières sœurs dominicaines au Burundi, c’était il y a 57 ans.

Par ailleurs, au plus fort de la crise entre l’Eglise Catholique et le pouvoir du Colonel Jean Baptiste Bagaza, au mileu des années 80, Jean-marie Lustiger fut l’envoyé spécial du pape Jean-Paul II pour désamorcer la situation. Une expérience difficile puisque, selon l’agence Net Press, le président « J.Baptiste Bagaza ne daigna même pas le recevoir une seule minute ».

Quelques années plus tard, alors que le pays entrait dans une période d’ouverture démocratique avec le major Pierre Buyoya, le cardinal défunt effectua un deuxième voyage au Burundi cette fois lors de la visite du souverain pontife dans le pays, du 7 au 9 septembre 1990. Le même Pape Jean Paul II enverra l’ancien archevêque de Paris en 1998, pour présider les cérémonies de clôture du centenaire de l'Eglise catholique au Burundi.
French Mort du cardinal Lustiger : « Mes yeux devancent la fin de la nuit… » (Ps 119)
Aug 12, 2007
Par Hélène Bodenez.

(libertepolitique.com, 11 août 2007) Quand un pape prophète élève à la charge d’archevêque de Paris un fils d’Israël — la terre et le peuple où le Christ lui-même s’est incarné — pour prendre la succession du cardinal Marty, on devine une décision cruciale longuement soupesée. On pouvait, certes, lire l’événement de manière politique et penser avec Georges Weigel — retraçant dans la très belle biographie de Karol Wojtyła les circonstances de la nomination du nouvel archevêque en 1980 — qu’il s’agissait d’éviter « l’une des deux principales factions de l’Église » pour trouver « une nouvelle direction capable d’infléchir le cours du catholicisme français ». Mais il y a là bien plus, une intrépidité nécessaire et historique dans l’économie du Salut qui « vient des Juifs » (Jn, 4, 22).

Quand la chose devint claire et que Jean-Marie Lustiger fut informé de sa nomination, « il fut atterré ». Il pensait que le pape prenait un risque énorme et lui demandait d’en faire autant. Lorsqu’il avait été nommé évêque d’Orléans, il avait écrit à Jean-Paul II « pour lui rappeler qui il était et qui étaient ses parents ». Le souverain pontife s’était néanmoins obstiné en ce qui avait concerné Orléans, et il s’obstina en ce qui concernait Paris. Trois fois, Jean-Marie Lustiger s’entendit déclarer par Mgr Dziwisz, secrétaire de Jean-Paul II : « Vous êtes le fruit de la prière du pape » [1]. La décision avait été prise à genoux.

Joie et signes des temps !

La Promesse : l’olivier franc

C’est, sans doute, dans La Promesse, livre écrit à partir de notes d’une retraite, que Jean-Marie Lustiger, homme du « choix de Dieu », dans une de ces audace de l’Esprit-Saint, éclairera mieux que tout autre une part du mystère d’Israël [2].

D’abord continuer à être témoin de l'accomplissement des Écritures auprès de ses frères juifs puis convertir patiemment bon nombre de chrétiens qui ne perçoivent pas ce qu’a de nécessaire, de vivifiant et en même temps de douloureux et fragile, l’entremêlement de l’olivier greffé sur l’olivier franc (Rm, 11, 16-24). Saint Paul conseille bien de « ne pas faire le fier » car c’est la racine qui le porte et non lui qui la porte. « Car il peut être tenté soit d’enterrer le tronc qui le porte (ce qui serait se condamner à pourrir), soit prétendre être à lui seul l’arbre tout entier » [3]. On ne peut que regretter avec Mgr Lustiger les réticences parfois agressives de certains chrétiens, encore aujourd’hui trop nombreuses, vis-à-vis du dialogue avec leurs frères aînés dans la foi. À preuve, les critiques lors de la repentance que Jean-Paul II a menée pour le Jubilé et dont le sommet est le petit billet d’un grand pardon demandé, qu’en grand prêtre il glisse au Mur des Lamentations.

De fait, la greffe est douloureuse des deux côtés. Comme l’est le côté d’Adam, d’où naît Ève, comme l’est le côté du Christ en croix, mort, d’où coulent l’eau et le sang et d’où jaillit l’Église, là où toute la loi est accomplie. De fait, l’enracinement est encore à cultiver. Si d’ailleurs, poursuit l’archevêque de Paris, l’Europe s’est déchristianisée si vite, c’est bien que son christianisme, telle la maison construite sur le sable, n’était pas ancrée solidement. Et pour Mgr Lustiger, il s’agit bien sûr des racines de la première Alliance qui ont été méprisées, des fondations de « l’Unique Alliance de Dieu » [4] qui ont été sapées ou méconnues : la tempête et le vent sont venus et la maison s’est effondrée (Mt, 7, 24-27).

L’apostasie des « pagano-chrétiens »

L’Europe, en effet, se déchristianise ou pour le dire mieux, les nations chrétiennes se sont progressivement paganisées. Pour désigner cette forme d’apostasie, Mgr Lustiger forge alors une expression étrange qui bouscule bien plus que l’expression « néo-païens » : les « pagano-chrétiens ». Dans le grand chapitre sur les enfants de Bethléem, et la souffrance d’Israël, on voit l’idée maîtresse du livre : « La souffrance d’Israël persécuté par les païens en raison de son élection fait partie de la passion du Christ », toutes les souffrances d’Israël jusqu’à l’Holocauste, et celles à venir hélas encore, ces souffrances qui font dire à Pascal que Jésus est « en agonie jusqu’à la fin du monde » [5]. « Si une théologie chrétienne ne peut pas inscrire dans sa vision de la Rédemption, du mystère de la Croix, qu’Auschwitz aussi fait partie de la souffrance du Christ, alors on est en pleine absurdité. »

Lorsque des chrétiens ont une attitude de rejet, de mensonge, de violence contre le peuple d’Israël, ils rendent sensible « le symptôme de leur infidélité réelle au Christ », « le mensonge dans leur pseudo-fidélité au Christ », ils sont des pagano-chrétiens. « C’est l’aveu involontaire de leur paganisme et de leur péché. » Le Cardinal poursuit alors son analyse dérangeante par un renversement saisissant dans l’analyse du mot « déicide », un mot tellement chargé puisque dans l’ancienne liturgie du vendredi saint, on priait pour les Juifs, « le Peuple déicide ». « Si l’on a parlé de « déicide » à propos d’Israël et du Christ, il faudrait parler de « déicide » à propos des peuples dits chrétiens d’Occident et du sort qu’ils ont réservé au peuple théophore. Car dans ce cas, ce qui s’applique à l’un s’applique à l’autre : refus du Christ tel qu’il se donne, haine de l’élection telle que Dieu la donne ». Qu’ont fait ces pagano-chrétiens ? « ils ont tué les Juifs sous le prétexte que les Juifs ont tué le Christ ». Or l’Évangile ne dit-il pas, clairement pourtant, que ce sont les païens qui ont tué le Christ. De même le Catéchisme de l’Église Catholique rappelle avec force que « tous les pécheurs furent les auteurs de la passion du Christ » qu’il n’y a pas de responsabilité collective d’un peuple. « S’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne l’auraient jamais crucifié » (1Co 2, 8).

Méconnaissance d’Israël, méconnaissance du Christ lui-même

Comment en est-on arrivé là ? Sur ce thème des responsabilités, il est bon de relire cet aveu personnel du cardinal Ratzinger sur le péché des païens :

   « Déjà enfant – bien que je fusse naturellement ignorant de toutes les connaissances nouvelles que résume le catéchisme – je ne pouvais pas comprendre comment certaines personnes cherchaient à déduire de la mort de Jésus une condamnation des juifs. La raison en était cette parole dont la consolation profonde avait pénétré jusque dans mon âme : le sang de Jésus n’exige pas la vengeance mais il appelle tous les hommes à la réconciliation. Il est devenu lui-même – c’est ce que montre l’Épître aux Hébreux – la fête divine permanente de l’Expiation (op. cit.). »

Mgr Lustiger conclut ainsi : « Le péché auquel ont succombé les pagano-chrétiens, que ce soit les hommes d’Église ou les princes ou les peuples, fut de s’emparer du Christ en le défigurant, puis de faire leur dieu de cette défiguration. Ils ont ainsi conduit Israël persécuté à apparaître, malgré lui, comme une figure du Christ humilié. Leur méconnaissance d’Israël est le test de leur méconnaissance du Christ qu’ils prétendent servir. »

C’était en 2002 déjà ! Il y avait comme une urgence dans ce livre qui dévoilait une sorte de secret : le secret du cœur de celui qui voit le Christ comme promesse, avec Israël qui attend le Messie, avec les chrétiens qui attendent la Parousie et le retour du Christ dans la Gloire. Nous avions lu ce livre dans un climat d’intimité, de confiance, de bienveillance absolue et non de murmures [6] pour entrer dans ce secret et espérer y accéder pleinement.

Au moment où, comme Jean-Paul II, le cardinal Lustiger a rejoint la Maison du Père le jour de la Transfiguration, en un premier samedi du mois traditionnellement dédié à Notre-Dame, nous relisons pleins d’espérance, sur la première de couverture de ce livre majeur, le verset de référence du livre : « Mes yeux devancent la fin de la nuit pour méditer sur ta promesse… »

[1] Jean-Paul II, Témoin de l’Espérance, George Weigel, J.-C. Lattès, 1999.
[2] « Le Bon Dieu prépare ses coups de longue date », extrait de l’homélie de la dernière messe à Notre-Dame.
[3] Edith Stein et le Mystère d’Israël, Cécile Rastoin, ad Solem, 1998.
[4] L’Unique alliance de Dieu et le Pluralisme des religions, cardinal Joseph Ratzinger, Parole et silence, mars 1999.
[5] Pascal, Pensées, BVII, 553, « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là. »
[6] “Juifs-Chrétiens. Pourquoi Lustiger dérange”, L’Express, 5 décembre 2002.
French Entre le cardinal Jean-Marie Aaron Lustiger et moi, l'histoire d'une amitié judéo-chrétienne
Aug 12, 2007
Par Alain Goldmann, Grand rabbin du Consistoire israélite de Paris.

(Le Figaro, 11 août 2007) La disparition, cette semaine, du cardinal Lustiger, archevêque émérite de Paris, m'a soudainement ramené plus de vingt-cinq ans en arrière. En effet, lors de sa nomination au diocèse de Paris en février 1981, le plus important du catholicisme français, alors que je venais à peine de prendre mes fonctions de grand rabbin de Paris, nous nous sommes vus pour la première fois. En effet, dès sa prise de fonctions, nous avons pu nous rencontrer dans les locaux du Consistoire israélite de Paris. Mgr Lustiger venait rendre une visite au nouveau grand rabbin de France, René-Samuel Sirat. Elle faisait suite à celle que le prédécesseur de ce dernier, le grand rabbin Jacob Kaplan, avait effectuée quelques mois auparavant auprès du cardinal Marty, auquel le nouvel archevêque venait de succéder. Le caractère protocolaire de cette rencontre interconfessionnelle fut très courtois. Cependant, une certaine gêne de part et d'autre pouvait être perçue.

Il est vrai que la nomination de Mgr Lustiger à un poste aussi sensible et en vue que le sien pouvait alors soulever bien des questions. Quelles étaient les pensées secrètes du pape Jean-Paul II, en décidant de procéder à une telle nomination ? Un évêque revendiquant une double filiation spirituelle, désigné pour exercer son ministère près de la communauté juive la plus importante et la plus organisée du continent européen, la seconde après les juifs russes encore sous le joug du communisme : cela pouvait paraître surprenant, voire provocateur. Devrais-je rappeler ici le gros titre d'un journal du soir, commentant cette nomination, se référant à la prise de position sans équivoque du grand rabbin Kaplan, peu suspect de mauvaises intentions envers le monde chrétien ? L'article en question portait le titre suivant : « On ne peut être juif et chrétien à la fois. » C'était évidemment une réponse à la position personnelle clairement annoncée du nouvel archevêque. Bien entendu, au fil des ans, les relations personnelles de toutes les parties concernées ont beaucoup évolué pour une meilleure compréhension entre les autorités juives et chrétiennes. À différentes reprises, des communiqués communs ont pu être élaborés pour répondre à tel ou tel fait de société.

À la sortie de la rencontre que je viens de mentionner, j'ai pu, en raccompagnant l'éminent visiteur, lui faire part de mes sentiments personnels. Nous avions effectivement quelques points communs. Ses parents juifs, venus de Pologne, s'étaient installés à Paris où devait naître leur fils. Les miens, également originaires de cette région, s'étaient, presque à la même époque, installés à Strasbourg où je suis né. Cela dit, étant donné que tous deux nous avions connu les années noires de l'occupation allemande en France, lui, avec la déportation de sa mère, moi-même avec celle d'un grand nombre de personnes proches de ma famille, nous avons pu échanger quelques propos sur nos souffrances respectives. Cela a sans doute contribué à notre rapprochement personnel.

Depuis cette première rencontre et durant le quart de siècle où il resta en charge du diocèse de Paris, avec toutes les obligations qui furent les siennes, les activités multiples et harassantes qu'il sut mener, nous avons tout de même eu bien des occasions de nous revoir, et d'avoir des échanges toujours aussi riches. Nos regards presque de connivence en disaient long sur la qualité profonde et respectueuse de nos relations personnelles.



De façon unanime, il a été fait mention ces derniers jours de la part prépondérante prise par le cardinal pour renforcer les liens entre les représentants de nos deux croyances. Sans doute, les relations exceptionnelles qu'il entretenait avec le pape Jean-Paul II y ont contribué pour une large part. J'ai pu à différentes reprises en mesurer l'efficacité. En premier lieu, lorsque le monde juif, surpris et choqué, avait appris l'existence du carmel d'Auschwitz. Je suis alors intervenu comme d'autres responsables juifs, pour que les carmélites soient déplacées vers un autre lieu, moins symbolique de la souffrance indicible du peuple juif. Le cardinal m'a d'abord écrit pour m'assurer qu'il entreprendrait avec d'autres de ses collègues toutes les démarches possibles afin que nos craintes soient dissipées. Quelques mois plus tard, le transfert de ce carmel eut lieu, montrant bien combien le monde chrétien avait compris nos inquiétudes. En d'autres occasions encore, nous échangions des courriers pour nous entretenir de questions susceptibles de nous rapprocher davantage encore. Le thème général tournait toujours autour de la notion de paix.

Telles sont les impressions que je garde de toutes ces années où nous avons pu nous rencontrer et nous apprécier. Je rappellerai ici ce qu'il écrivait dans une interview parue dans Tribune juive du 4 septembre 1981. Parlant de nos deux religions, il disait : « Dans le monde d'aujourd'hui, nous nous retrouvons partenaires dans un témoignage commun. » Depuis, il n'a jamais varié. Sur ce plan, nos deux chemins se sont souvent rencontrés. J'en garde un souvenir ému, regrettant seulement de n'avoir pu le revoir une dernière fois avant son départ vers l'au-delà.
French « Il parlait d'abord la langue de l'humanité, ensuite celle de l'Église... »
Aug 10, 2007
Tout au long de la journée d'hier, les fidèles se sont relayés devant le cercueil.

(Le Figaro, 10 août 2007) « La Mort  ne peut me garder sur la Croix. Mon corps ne peut que revivre en tes bras. Je vais vers toi mon Seigneur, dans la joie... »

Hier à l'heure de midi dans la cathédrale Notre-Dame, une foule recueillie suivait les hymnes entonnés par les membres de la chorale, vêtus d'une aube bleue. Tous étaient là pour prier devant le cercueil du cardinal Lustiger, placé devant l'autel, sur lequel avait été posée la mitre cardinalice, blanche et rouge.

Barbara, la soixantaine, les yeux rougis par l'émotion, s'est assise sur une chaise du fond, à l'écart de la foule des fidèles et de celle des touristes qui formaient comme chaque jour un flot incessant mais rigoureusement canalisé. « Le cardinal parlait d'abord la langue de l'humanité, et ensuite celle de l'Église », souligne cette enseignante en langues. « Il s'adressait aux hommes, sans prendre une posture autoritaire d'ecclésiastique. » Tout en parlant, Barbara observe les jeunes qui mitraillent la célébration en cours, téléphone portable en main. « Les jeunes venus de la base étaient une priorité pour lui. Pas seulement les dossiers internationaux géo-spirituels ! »

Des dossiers dont les fidèles pouvaient avoir un aperçu, dans l'allée centrale de la cathédrale. Des panneaux avaient été installés, chacun d'entre eux illustrant une action ou une pensée du cardinal défunt.

«Concilier les extrêmes»

Devant celui consacré à son identité juive, une jeune femme autrichienne s'étonne : « Comment pouvait-il être à la fois juif et chrétien ? » Non loin d'elle, Jean-Baptiste Barbot est plongé devant des extraits de livres du cardinal portant sur le bonheur. Ce cadre parisien, habitant de la banlieue Ouest, est venu rendre hommage, « à celui qui a su tenir la barre dans un contexte où l'Église était chahutée, après le concile Vatican II ». « Il a su ouvrir un chemin équilibré et concilier les extrêmes... »

Sur la droite de l'autel, sur les lieux même de la conversion de Paul Claudel, des lumignons brûlent par dizaines. Trois gros registres rouges de condoléances sont remplis de témoignages et des bouquets de fleurs ont été posés à même le sol. À quelques mètres du cercueil, une petite fille africaine, la tête pleine de nattes, fait tourner sa robe blanche en riant. Bouche bée, les touristes s'arrêtent devant cette cérémonie presque familiale dans leur tour quasi automatique de la cathédrale.
French « Rien n’est impossible à Dieu… »
Aug 10, 2007
Homélie de Mgr Vingt-Trois pour les obsèques du cardinal Lustiger, Paris, vendredi 10 août 2007.

Cette parole de l’ange Gabriel à Marie, rapportée par l’évangile de saint Luc que nous venons d’entendre, éclaire l’existence de chacun de ceux que Dieu appelle et qu’Il accueille dans son alliance. Elle éclaire particulièrement la vie du cardinal Jean-Marie Lustiger que nous accompagnons aujourd’hui tandis qu’il entre dans la lumière de Dieu et avant que son corps ne repose dans sa cathédrale.

A travers ce que sa discrétion et sa pudeur ont laissé paraître de son histoire personnelle, nous comprenons que les enchaînements d’une vie peuvent toujours être déchiffrés de manière différente, selon la clé de lecture que l’on utilise. On peut évidemment lire l’histoire de la famille Lustiger dans la seule logique des bouleversements européens du XX° siècle qui conduisirent une famille juive à s’expatrier de Pologne en France, puis à subir la chasse meurtrière des nazis. On peut aussi la lire comme un chemin au long duquel les épisodes douloureux et les épreuves atroces sont comme la partie visible et cruellement éprouvée d’une alliance entre Dieu et l’humanité, entre Dieu et son Peuple élu, entre Dieu et chacun des humains dont Il veut faire ses fils.

Cette lecture croyante de l’histoire d’une vie est celle que Jean-Marie Lustiger a voulu partager dans les quelques ouvrages où il a levé le voile sur son histoire. Ce n’était pas chez lui un besoin de se justifier, moins encore un exercice apologétique. C’était un acte de foi et d’action de grâce : la volonté de témoigner du ressort ultime de son existence. Pouvons-nous quelques instants le suivre sur cette voie de la foi et de l’action de grâce pour évoquer quelques traits de cette personnalité si riche ?

Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher et de le connaître personnellement, ce n’est ni son intelligence, ni l’acuité de son esprit, ni l’amplitude de sa culture, toutes réelles qu’elles fussent, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de sa foi. Avant tout, il était un croyant. Que ce soit dans l’accueil de la Parole de Dieu, dans l’expérience vécue des sacrements de l’Église, dans l’annonce de l’Évangile ou dans la conduite quotidienne de sa vie, tout était reçu de Dieu et tout était rapporté à Dieu. Sa découverte et sa rencontre en Jésus-Christ du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avaient établi définitivement sa vie dans le régime de la grâce, du don reçu gratuitement et sans autre motif que la miséricorde du Dieu tout-puissant.

Persuadé d’avoir tout reçu gratuitement, il était passionné du désir d’annoncer à tous la surabondance de l’amour de Dieu pour l’humanité et de transmettre l’appel du Christ à vivre de cet amour. Depuis son premier ministère auprès des étudiants jusqu’à ses dernières initiatives apostoliques comme archevêque de Paris, toute son activité, foisonnante et incessante, était animée par ce désir. Des chemins de la Terre Sainte aux routes de Chartres, des appels paroissiaux à « Agir par la Foi » aux initiatives diocésaines couronnées par « Paris-Toussaint 2004 », toutes ces entreprises dans lesquelles il s’engageait sans réserve visaient à faire connaître le Christ, Sauveur du monde.

Loin de se laisser enfermer dans le monde ecclésiastique, il avait dans la société française et dans le monde entier d’innombrables contacts: dans l’université comme dans le monde économique, dans les milieux politiques comme dans l’univers culturel. Son élection à l’Académie Française établit avec cette illustre compagnie des liens qui n’étaient pas seulement de convenance. Ce tissu serré de relations était comme une sorte de paroisse universelle où il voulait exercer son ministère de prêtre du Christ et de témoin de la foi. Créé cardinal par le regretté Jean-Paul II, il portait avec lui le souci pastoral de l’Église entière en partageant profondément sa vision de l’homme dans le monde de ce temps.

Avec l’encouragement et le soutien du Jean-Paul II, il a posé pour le développement des relations entre les juifs et les chrétiens des actes décisifs que peut-être lui seul pouvait engager. Son histoire personnelle le conduisait à se reconnaître comme un témoin privilégié de la vocation universelle de l’Alliance conclue au Sinaï entre Dieu et son Peuple. Quelles que soient les incompréhensions bien explicables ou les souffrances secrètes dont il était blessé, jamais il ne renonçait à ce qu’il comprenait comme sa mission propre.

Ce que l’acuité de l’analyse et la perspicacité de l’intelligence lui révélaient comme une fulgurance se traduisait immédiatement en projet d’action et d’évangélisation. Ce qui lui advenait devait servir à l’accomplissement de la mission avec une exigence dont tous ses collaborateurs ont été les témoins et les acteurs sous son impulsion. Dans une période de la vie de l’Église où les regrets et les lassitudes risquaient de réduire les ambitions apostoliques à la mesure des moyens supposés, il discernait, - et pas seulement pour le plaisir intellectuel du paradoxe -, des opportunités nouvelles et il engageait de nouveaux projets, quitte à perturber la quiétude même des moins timorés. Ce n’était chez lui ni le désir de promouvoir ses œuvres propres, ni l’impatience d’agir, comme certains pouvaient l’en soupçonner. Cette tension permanente vers des objectifs à atteindre relevait de l’espérance raisonnée et d’une lecture des « signes des temps ».

En un quart de siècle cette passion de l’évangélisation s’est exprimée par des fondations qui trouvent peu à peu leur maturité : création de nouvelles paroisses, constructions d’églises, École cathédrale, Radio Notre-Dame, Séminaire diocésain, Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville, télévision KTO, Faculté Notre-Dame, Collège des Bernardins sont autant de ces projets dont l’articulation et la cohérence apparaissent à mesure qu’ils se développent. Il faut aussi évoquer les Journées Mondiales de la Jeunesse de Paris en 1997 et leur rayonnement tant en France que dans le monde et le lancement des Congrès pour l’évangélisation dont Budapest sera la prochaine étape en septembre 2007.

Cette activité était enracinée dans une vie de communion au Christ. Prêtre, puis évêque d’Orléans et Archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger fut vraiment un maître spirituel. Il ne fut pas seulement un prédicateur talentueux et écouté, il avait le souci de la qualité de la prière dans l’Église, jusque dans la perfection de la mise en œuvre liturgique, conscient que Dieu agit à travers les gestes et les signes donnés aux hommes. Les moins avertis pouvaient bien n’y voir qu’un travers de maniaquerie ; en fait, ce qui l’animait était le souci de vivre par la pureté et la beauté des signes le sens profond des rites et d’aider les fidèles à y entrer. Comment pourrions-nous l’oublier dans cette cathédrale dont il a souhaité et réalisé le réaménagement que nous voyons et où il a si souvent présidé la Messe dominicale, célébré la Messe chrismale, ordonné les prêtres et les diacres du diocèse ?

Soucieux d’encourager les prêtres dans l’engagement spirituel de leur ministère, il a renouvelé les propositions de retraite sacerdotale et mis en œuvre des « lundis de prière » où il aimait se joindre aux prêtres dans un climat de recueillement et de partage fraternel. Encore ne savons-nous rien du secret de sa prière et de sa relation personnelle avec Dieu. Mais on pressentait qu’elle était assez forte pour surmonter les fausses modesties et les craintes humaines quand il était convaincu que l’annonce de l’Évangile était en cause.

Au cours de l’année écoulée, l’aggravation de son état de santé l’a contraint à réduire ses activités et à servir d’une autre manière. De chacune des étapes, il a accueilli les symptômes avec lucidité et courage. Il a offert sans se plaindre la nécessité d’un temps de vie dans la dépendance de la maladie. Le véritable sacrifice offert à Dieu, ce fut d’accepter cette limitation avec sérénité.

Si le temps de l’historien n’est pas encore venu, nous sommes déjà dans le temps de l’action de grâce. Nous rendons grâce à Dieu d’avoir envoyé sur notre chemin un témoin tel que Jean-Marie Lustiger. Les fruits de son ministère parmi nous ne révèlent pas seulement une personnalité exceptionnelle ; ils sont à reconnaître avant tout comme des signes de l’œuvre de Dieu dans l’histoire humaine. Ils nous encouragent à comprendre comment nos limites et nos faiblesses, les difficultés rencontrées et les épreuves subies, sont autant d’occasions de reconnaître la puissance de Dieu agissant dans la faiblesse de ses serviteurs. Quelle que soit la valeur de la « poterie », pour reprendre l’expression de Paul, c’est de Dieu, - nous en sommes convaincus -, que vient la puissance extraordinaire du trésor qui nous est confié. C’est Dieu Lui-même qui se penche sur la faiblesse de ses serviteurs et de ses servantes pour les couvrir de l’ombre de son Esprit et les associer à l’enfantement mystérieux auquel participe la création tout entière.

Le 8 décembre 1979, lors de sa consécration épiscopale à Orléans, la liturgie de la fête de l’Immaculée Conception proposait le récit de l’Annonciation dans l’évangile selon saint Luc. Est-ce cette occasion providentielle ou un choix plus délibéré qui conduisit Jean-Marie Lustiger à prendre le message de l’ange comme une phrase de référence, sinon comme une devise : « Rien n’est impossible à Dieu ! » ? Toujours est-il qu’il aimait revenir à cette profession de foi en la puissance de Dieu à travers la faiblesse des comportements humains. Ses entreprises les plus hardies n’ont-elles pas été marquées par cette confiance que Dieu seul peut construire et conduire son Église selon sa volonté ? S’il s’émerveillait, ce n’était ni de la notoriété, des charges ou des honneurs, ni non plus des incompréhensions ou des jalousies, qui constituent la face visible de l’existence de quiconque approche des sommets des organisations humaines. Ce qui était la source de sa joie et de son action de grâce, c’était de voir que la Providence accomplissait son œuvre par des voies qui nous restent souvent mystérieuses mais que la foi apprend à reconnaître. Il ne recherchait pas l’approbation du monde, mais il cherchait toujours avec confiance et obstination à déchiffrer cet itinéraire par lequel Dieu veut conduire son Peuple.

Par le témoignage de sa vie, comme de celle de tant de disciples du Christ depuis deux mille ans, nous avons la preuve quotidienne que, vraiment, « rien n’est impossible à Dieu. » Ce qui a été vrai dans la vie de la Vierge Marie, ce qui a été vrai dans la vie de Jean-Marie Lustiger, est vrai aussi dans la nôtre et nous sommes donc appelés avec lui à reprendre à notre compte la réponse de Marie au message de l’ange : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »
French Les "coups de gueule" du cardinal
Aug 10, 2007
Rappel de quelques prises de position parmi les plus retentissantes de Mgr Lustiger, qu'il qualifiait lui-même de "coups de gueule".

(Le Monde, 10.08.07) Shoah."La Shoah vise singulièrement, dans le peuple juif, le porteur de la Parole de Dieu, de la Loi, des commandements du Sinaï, dans ce qu'ils ont d'irrécusable pour les cultures juive et chrétienne. Sur ce fonds culturel, le nazisme se présente comme un reniement, comme une négation des commandements (…). On ne peut comprendre la singularité de la Shoah qu'en référence à la singularité du Sinaï. La Shoah est la radicale négation du Sinaï. Le don de la Loi est unique et irréversible. La Shoah en est la négation, le refus, tout aussi singulier, inoubliable." (Revue Etudes, janvier 1998).

Communisme. "Tout comme le colosse aux pieds d'argile du prophète Daniel, l'empire marxiste-léniniste devait un jour s'écrouler. Il s'est bâti sur l'imposture. Il voulait tuer Dieu : il a fait des martyrs de la foi. Il voulait établir la justice pour les pauvres : les pauvres sont les victimes de son injustice. Il voulait créer une humanité nouvelle, désaliéner les hommes : il a installé une tyrannie cynique, sanglante et totalitaire. Il voulait unir des nations : il s'est comporté en colonisateur. Il prétendait énoncer scientifiquement la vérité : il a régné par le mensonge. Mais les empires immobiles, pharaoniques, peuvent durer des siècles. Celui-ci a eu la vie courte." (Le Monde du 13 novembre 1991).

Bioéthique. "Il y a quelque chose de pervers quand la recherche et l'argent s'imposent comme des fins. Ce sont des moyens et non des idoles dignes de sacrifices humains. Il est pervers que les responsables politiques du bien commun s'alignent sur des ambitions techniques et économiques. N'est-il pas temps qu'ils déplacent le débat de la question des moyens à l'ordre des fins : qu'est-ce que la dignité des êtres humains, leur liberté et leur fraternité? Que peut-on permettre, que faut-il interdire pour respecter les individus, leur venue à la vie et leur mort? Sur de tels enjeux, pourquoi et comment serait-il indispensable politiquement de transgresser des principes moraux essentiels ?" (Le Monde du 27 novembre 2000).

Le Pen et la race. "C'est une résurgence du paganisme le plus cynique et le plus dangereux pour la conscience moderne d'une nation. La théorie de l'inégalité des races a entraîné des horreurs. La foi chrétienne, dans toute la tradition biblique, dit que tous les hommes sont égaux en dignité, parce que tous sont créés à l'image et à la ressemblance de Dieu." (France Info, le 17 septembre 1996, après une reprise par Jean-Marie Le Pen de la théorie de l'inégalité des races).

Intégration et laïcité. "Il n'y a pas une France née au baptême de Clovis et une autre France née de la victoire de Valmy. Clovis et Valmy appartiennent à la mémoire de tous, et tous peuvent les revendiquer (…). Notre pays, à la différence des Etats-Unis, n'est pas un amalgame d'immigrants et de minorités. Notre nation n'est pas faite par l'assemblage de diverses communautés religieuses, ethniques ou culturelles. La laïcité à la française demande de reconnaître et de respecter tout citoyen, l'héritage dont il est chargé. Car le respect des droits est la première valeur fondatrice de l'unité nationale. La singularité de la France est de mettre son pouvoir unificateur au service de la liberté. L'intégration permet d'accéder à la citoyenneté, donne part au patrimoine commun que personne ne peut accaparer, oblige au respect des droits des concitoyens et de leurs diversités. Un tel idéal est extraordinairement fragile." (Le Monde du 26 mai 1996).
English Alexy II appreciates worldwide reputation of Cardinal Lustiger
Aug 09, 2007
Patriarch Alexy II of Moscow and All Russia has condoled on the occasion of the death of the prominent French Cardinal Jean-Marie Lustiger.

Moscow, August 8, Interfax - ‘The whole long life of this outstanding hierarch of the Roman Catholic Church was marked by pastoral openness to people, hard thinking and readiness to hold dialogue with people of other faiths and convictions.,’ the patriarch said in his letter to the archbishop of Paris Monsignor Andre Vingt-Trois.

‘The now late deservingly gained respect in France and the whole world,’ Alexy II said.

‘I am asking you to pass assurances of support and my prayers for the soul of the now late to everyone who knew and loved him,’ he said in the letter published on the Moscow Patriarchate’s official website on Wednesday.

Cardinal Lustiger was 80 when he died last Sunday.

Lustiger was born Aaron Lustiger in Paris on September 17, 1926. His mother, a Jew of Polish origin, died in Auschwitz concentration camp in 1942.

As a teenager, Aaron converted to the Roman Catholic Church. He served as Archbishop of Paris during 24 years (1981-2005) before retiring in the age of 78.

About one month ago the critically sick Cardinal Lustiger publicly said that he was approaching the end of his earthly life.
French La visite du Cardinal Lustiger en Israël
Aug 09, 2007
Quelques souvenirs d’un témoin. Par Yohanan Elihaï.

(spcm.org, 8 août 2007) Les trois jours et demi de cette visite furent intensifs. Dès le lundi soir 24 avril commençait le colloque à l’Université’ de Tel Aviv dans l’intimité, 16 participants officiels et une trentaine d’invités.

Les participants étaient des philosophes, théologiens et historiens juifs et chrétiens d’Israël, France et E.U. De France : Mr et Mme Bédarida (historiens spécialisés dans la période de l’occupation nazie en France, et elle fondatrice de T.C. et résistante), Jean Dujardin, Bernard Dupuy, J.M. Garrigues ; de Belgique Albert Chapelle et d’Israël Marcel Dubois.

Les débats se déroulèrent dans une atmosphère de franchise et d’écoute réciproque, on peut même dire d’amitié tout au long des trois jours. Le Cardinal y était l’invité d’honneur et participant. On parla du silence de Dieu ou du « voilement de la Face », et plusieurs conférenciers y ajoutèrent une note personnelle : la perte récente du fils aîné ou d’un ami cher...

On parla aussi du silence des hommes durant la Shoa, et bien sûr plus spécialement du silence quasi total et de l’action insuffisante de l’Eglise ; les intervenants chrétiens furent les plus clairs sur ce sujet, même s’ils ont apporté les nuances nécessaires.

Les organisateurs ont promis la publication des interventions de ces trois jours, qu’il serait bien difficile de résumer.

A l’une des pauses, la T.V. israélienne arrive à glisser une interview, que l’on verra le soir. Les questions se pressent, les réponses sont parfois laconiques, embarrassées, mais plusieurs phrases sortent enfin, claires et nettes : « la voix des responsables et des grands de ce monde ne s’est pas élevée, et on peut regretter, principalement, que la voix des églises, et de l’Eglise, n’ait pas été plus forte, plus cohérente. (...) la naissance de l’Etat d’Israël est un événement heureux, béni, qui porte en lui-même une force de délivrance, de rénovation, d’espérance. (Et à la fin :) Je demande à Dieu de garder sa bénédiction et de donner au peuple aimé de lui sa force et sa fidélité. »

Le soir du deuxième jour le Cardinal fut invité à un concert de l’orchestre philharmonique dans la grande salle des concerts de Tel Aviv ; au programme : messe de Mozart, la traduction hébraique des textes étant distribuée au public.

Le troisième jour après-midi le Cardinal donna une conférence ouverte au public à la salle des conférences de l’Université. La salle était comble et il fallut ouvrir une deuxième salle avec écran de télévision. Le président de l’Université présenta chaleureusement le Cardinal, regrettant les sons discordants entendus les jours précédents, puis ce fut le Ministre de la Culture, Mme Shoulamit Alloni, qui exprima sa satisfaction de la possibilité de telles rencontres. Enfin les paroles du Cardinal : denses, en petits paragraphes, difficiles parfois à apprécier sur le moment, surtout à travers une traduction simultanée. Le destin d’Israël est tracé clairement, sa vocation, sa bénédiction que les nations (la chrétienté dans le passé) ont voulu lui ravir. C’est la vocation de tout le peuple juif, ici et dans les diasporas, qui est affirmée (N.B. Le journal La Croix a publié le texte écrit intégral). A la fin, applaudissements nourris et prolongés, rythmés. Le président de l’Université conclut en rappelant le concert où le Cardinal avait entendu une messe avec le Gloria et le Credo, et ajouta : « Même si son Credo et notre Credo sont différents, nous pouvons ensemble louer Dieu en un Gloria commun ». A la sortie on pouvait recevoir le texte hébreu/ et il ne resta rien des 700 exemplaires que nous avions prévus.

Aussitôt après il faut courir ailleurs pour une conférence de presse digne de ce genre ping-pong rapide, peu favorable aux questions délicates. - Le silence de l’Eglise ? « On en a beaucoup parlé dans ce colloque, ce sera publié, et je ne peux revenir sur ce point ici. » (ce qui deviendra un grand titre dans le Jérusalem Post le lendemain : « Le Cardinal : Je n’ai pas le temps de parler de l’Eglise et de la Shoa ») - Rencontrer le rabbin Lau ? « Je suis prêt, mais ses conditions sont... un peu dures » (Lau avait dit : s’il est prêt à revenir au judaïsme). - On a parlé de vous comme futur Pape ? Réponse avec un sourire : « Meshouggë... » (en hébreu-yiddish : Fada !). Rires amusés. - Renaissance de l’antisémitisme en France ? « Difficile de dire ce qui se passe (divers racismes) ; pas de paranoia, mais rester sur ses gardes. » La visite au Mémorial du souvenir Yad-vaShem eut lieu le quatrième jour, le jour du Souvenir, 50 anniversaire de la libération des camps. Ni officielle (vu les oppositions bien prévisibles), ni totalement privée puisque Aaron J.M. Lustiger, très ému et épuisé, était accompagné de ses hôtes de l’Université, de ses compagnons du colloque, du P. Jean-Baptiste Gourion du monastère bénédiction d’Abou Gosh, et... d’une armée de photographes plus actifs que jamais (euphémisme).

L’après-midi fut le moment le plus touchant, le plus réconfortant : les parents de Aaron Jean-Marie étaient d’une ville de Pologne Bezin d’où toute la communauté juive a disparue. Les rescapés et leurs familles ont formé une association ; son président Arié Ben-Tov avait invité le Cardinal au nom de tous à participer à la cérémonie du 50-ème anniversaire de la libération des camps qui se déroulait au Mémorial de Mevo Modi’in, patrie des Maccabées. Il y fut reçu comme hôte d’honneur, les 3 à 400 participants lui manifestèrent beaucoup de chaleur (le soleil aussi). Pendant une demi-heure les uns et les autres se présentèrent, rappelant des souvenirs de famille (« j’ai bien connu vos parents... »). Placé au milieu, entre Arie ’Ben-Tov et Abraham Burg, le président de l’Agence Juive, en présence de délégués juifs polonais d’Israël et des Etats-Unis, il assista à une cérémonie émouvante pendant deux heures, et il déposa, en compagnie d’un petit cousin, une gerbe au monument. Il en est revenu très ému et heureux.

Le matin qui suivit ces journées, le Prof. Assa Kasher, de l’Université, exprima à la radio sa satisfaction de la participation du Cardinal, ajoutant « nous sommes heureux d’avoir des amis comme lui dans l’Eglise catholique. » Les journaux rapportèrent diverses réactions à cette visite, certaines violentes, la plupart favorables et critiques envers le Rabbin Lau. On peut dire que ses attaques ont en fait amené diverses personnalités et journalistes à se démarquer nettement de son attitude.

Que conclure de cette visite, que les deux côtés appréhendaient ? Ni échec, ni visite tranquille et pleinement « réussie », le contraire aurait été étonnant. Mal reçu ? cela dépend par qui. L’impression dominante est plutôt positive, vu tous les risques qu’on pouvait craindre. Des choses importantes ont été dites au colloque en petit comité, qui auront leur répercution, d’autres face au grand public, la rencontre en elle-même était importante et s’est bien passée. Certaines choses auraient pu être dites plus nettement, dès le début, et cela aurait soulagé bien des auditeurs. Mais le contact est difficile quand on ne connaît pas d’avance le public à qui on s’adresse, ses attentes et ses réactions possibles, son langage, ses points sensibles mais aussi sa disposition à entendre certaines choses. Et pourtant quelque chose a passé. L’avenir dira peut-être ce qui sera resté dans la mémoire de chacun.
French Aaron-Jean-Marie Lustiger, mon cousin
Aug 09, 2007
Par Théo Klein.

(Le Monde, 08.08.07) Il était déjà cardinal et archevêque de Paris lorsque j'ai fait sa connaissance. J'étais invité comme président nouvellement élu du CRIF et très curieux de rencontrer cette improbable personnalité - Jean-Marie, mais toujours Aaron Lustiger -, ce fils venu de Pologne et se réclamant de sa judéité, soudainement promu au siège épiscopal le plus important de France. Il me semble que j'ai été converti au miracle de cette réalité.

Bien sûr, la conversion au catholicisme pendant l'occupation allemande et sous le "statut des juifs" intriguait, et je connaissais les réticences de certains, mais ne les ai pas partagées, prenant ainsi une utile avance sur ceux qui refusaient le contact. J'ai toujours laissé à la conscience de chacun la liberté des choix essentiels, dès lors qu'il ne s'agissait ni d'une abjuration ni même d'un lâche renoncement, ou - pire encore - d'un camouflage indigne.

L'actualité a fait que nous nous sommes rencontrés régulièrement, c'est-à-dire reconnus à la fois comme différents, mais proches aussi. Je l'ai, ces derniers temps, appelé "mon cousin" alors que je le ressentais comme un frère. Nous étions éloignés dans nos choix de vie, opposés sans doute dans notre rapport au divin, mais si proches dans notre croyance en la noblesse d'un savoir-vivre, d'une dignité humaine qui sache allier le sens et la pratique de la responsabilité personnelle et citoyenne au respect de soi et de l'autre. Il connaissait comme moi - sans doute lui en latin et moi en hébreu - ce "suis-je le gardien de mon frère ?" (Genèse, IV, 9) qui nous défie à chaque instant.

Dans toute la longue affaire du carmel d'Auschwitz, nous n'avons pas cessé, des deux côtés de la table de négociation, de nous sentir les gardiens de nos frères. C'est donc à lui que j'ai présenté l'idée, très simple mais sans doute hors des normes de son Eglise, d'une rencontre entre représentants catholiques et juifs en vue de rechercher, ensemble, une solution impliquant la sortie des soeurs carmélites du bâtiment qu'elles occupaient dans les limites du camp d'Auschwitz. Il s'agissait d'un bâtiment nommé le Théâtre construit pour agrémenter la vie des soldats aux casernes toutes proches, mais c'était avant tout un bâtiment symbolique où étaient entreposés les gaz devant servir à l'extermination. Il ne s'agissait pas de solliciter un geste, mais d'obtenir la reconnaissance d'un droit au respect. Le fils de la mère juive déportée et assassinée m'a dit alors sa douleur, sa préoccupation et m'a promis une réponse que je recevais, positive, quinze jours après.

La négociation avait pour principal objet l'évacuation par les soeurs carmélites de ce bâtiment du Théâtre, mais aussi la renonciation à toute cérémonie religieuse à l'intérieur des enceintes du camp d'Auschwitz. Chacun d'entre nous avait conscience de cet objectif et aussi de son importance, comme de sa difficulté. Trois réunions successives ont été nécessaires, intenses et, à certains moments, dramatiques. Il ne s'agissait pas alors d'autre chose que de cette évacuation ; mais il me semble que cette négociation, ce face-à-face respectueux, attentif, intelligent et efficace, a tracé de nouvelles lignes ouvrant à la fois une plus grande compréhension, une plus cordiale aisance et une plus forte volonté de respect dans la reconnaissance et la rencontre entre juifs et catholiques.

N'est-ce pas la réussite de cette négociation qui, par la suite, a ouvert la voie aux étonnantes et chaleureuses rencontres entre hauts représentants du clergé catholique, d'une part, maîtres et étudiants d'universités juives et d'écoles talmudiques, d'autre part, qui se sont renouvelées ces dernières années aux Etats-Unis ? Il me plaît de savoir que le cardinal Lustiger a été l'un des initiateurs de ces rencontres et combien elles le remplissaient de joie.

Bien sûr, les écarts, les contradictions, les oppositions subsistent et chacun essaie de saisir dans la pensée, peut-être même dans la pratique de l'autre, l'élément humain, l'idée morale, jusqu'à l'appel mystique qu'il pourrait partager sans toutefois trahir les dogmes et les codes auxquels il demeure attaché. Pourrait-on d'ailleurs se respecter soi-même comme personne libre et responsable sans fonder son approche, sa relation, sa parole et même son regard sur le respect de son vis-à-vis ?

La conversion du jeune Aaron demeurait pour moi incomprise, mais telle qu'elle s'exprimait dans le cardinal Jean-Marie affirmant sa judéité, elle dévoilait, au-delà d'une histoire terrifiante de haine et de cruauté, la continuité d'une pensée qui, depuis la Judée lointaine, nous ordonne de choisir la vie (Deutéronome, XXX, 19). N'est-ce pas dans cet esprit que le cardinal Lustiger se rendait chaque année en la synagogue de la rue de la Victoire pour assister au service à la mémoire des déportés et, dans cet esprit aussi, que les fidèles l'entouraient d'une si grande sympathie ?

Au fil des années, nos relations se sont approfondies et nos rencontres se sont multipliées. C'étaient, je l'espère et le crois, des moments de détente, le temps long de la vie où l'ego se dilue dans le souvenir et ressurgit dans l'affection. J'ai compris alors qu'il n'avait jamais quitté cette "Eglise de Jérusalem" dont il m'avait parlé. Pour lui, le Père auquel se référait Jésus, ce Père était bien celui dont Moïse, au Sinaï, avait reçu la Parole et dont lui, Aaron Jean-Marie, attendait l'accueil.

Théo Klein, avocat et ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF)
French La fidélité juive d'un cardinal
Aug 09, 2007
Par Jean Daniel.

(Nouvel Observateur, 09 Août 2007) Pour Jean-Marie Lustiger, le peuple juif était indispensable pour témoigner de l'éternelle présence des sources divines de Jésus

J'avais écrit : « Je refuse le judaïsme à cause de l'Election et le christianisme à cause de la Résurrection. » L'archevêque Jean-Marie Lustiger; qui n'était pas encore cardinal, m'a fait signe. Il avait des réponses aux deux refus. Irais-je le voir à l'archevêché ? Non. Il souhaitait que je le reçusse. Nous étions presque voisins. Il est arrivé un jour où nous l'attentions, Hector de Galard et moi, rue Vaneau. Sa simplicité et son autorité nous en ont tout de suite imposé.
Ce juif dont la mère était morte à Auschwitz, je me demandais quel équilibre spirituel mais aussi social il avait trouvé. Je lui ai dit évidemment avec beaucoup de déférence que je ne comprenais pas comment la conversion pouvait conduire à la conquête d'une position de pouvoir, à savoir l'épiscopat. La cohérence me paraissait plutôt du côté des mystiques comme Bergson, Simone Weil, Edith Stein. Il m'a répondu qu'il n'était pas un converti. Il n'avait jamais connu d'autre religion que le christianisme, qu'il avait adopté à l'âge de 14 ans, et il m'a persuadé que son cheminement n'avait jamais rencontré d'obstacles intérieurs. Il n'avait rien à renier et surtout pas ses parents ni le judaïsme.

Il avait eu l'occasion, après l'attentat de la rue des Rosiers, à Paris, de parcourir le quartier juif du Marais. Il a souri et nous a demandé : «Savez-vous comment ils m'ont reçu ? Les enfants m'ont fait une ovation dans les rues. Et savez-vous pourquoi ? dit-il en riant, manifestement enchanté. Ils m'ont considéré comme un petit juif qui avait réussi.» Comme c'est la continuité entre le judaïsme et le christianisme qui l'habitait, comme il refusait de toutes ses forces cette doctrine de certains Pères de l'Eglise qui voulait que le christianisme fût né de rien d'autre que de lui-même, c'est-à-dire d'un Jésus déjudaïsé, alors il s'est voulu persuasif. S'il devait rester quelque chose de cet entretien, il voulait que ce fût cela, à savoir que rien n'était possible ni pensable si l'on n'admettait pas les sources juives du christianisme. C'est ce que devait me dire un jour le pape lorsqu'il m'a accordé audience. J'ai demandé à Jean-Paul II s'il donnait raison à l'archevêque de Paris d'insister à ce point sur le rôle du judaïsme. Le pape m'a répondu : «C'est tout de même avec cela que tout a commencé.» Remarque prodigieuse qui a été très commentée au Vatican et dans l'épiscopat français. Que le pape eût prononcé cette phrase et qu'elle le concernât était le plus beau cadeau que nous pouvions faire à Jean-Marie Lustiger.

Nous nous sommes revus plusieurs fois. Il avait accepté le projet d'un entretien avec moi, organisé par Max Armanet. Entre-temps, il était devenu cardinal. Je lui ai dit que ce qui m'intéressait le plus pour le début de notre entretien, c'était de savoir si le repas de la Pâque juive correspondait à celui de la Cène. Nous allions publier son texte pendant la semaine sainte puisque c'était aussi celle par laquelle débutait Pessah. Il s'est montré enthousiaste. L'entretien a eu lieu et il a été d'une densité exceptionnelle. Au point que, très vite, je me suis trouvé beaucoup moins soucieux de le réfuter que de le laisser développer sa pensée et affirmer sa foi d'une manière qui était bien plus celle de Bossuet que de Pascal. Il était malheureux qu'un savant israélien qu'il respectait, Yeshayahou Leibowitz, m'ait déclaré que le christianisme était la pire des trahisons du judaïsme. Mais Jean-Marie Lustiger pensait-il, avec Edith Stein (dans sa dernière prière, avant d'être déportée), que les juifs avaient payé le prix de leur refus de reconnaître Jésus et la Révélation ? En aucun cas. Le peuple juif était, selon lui, indispensable pour témoigner de l'éternelle présence des sources divines de Jésus. Le cardinal avait une culture philosophique qu'il exploitait avec une clarté souveraine. Parfois, je pensais à Jacques Maritain, et parfois au grand rabbin Sirat (à ne pas confondre avec d'autres) et avec lequel il entretenait des rapports de connivence.

Plus tard, avec Jacques Julliard, nous avons eu un nouvel entretien avec Jean-Marie Lustiger. En fait, nous avons recueilli des propos que l'on retrouvera page 52. Une pensée m'avait touché. Elle concernait le concept de progrès : «Je me sépare, en effet, non sans mal ni sans regret, de l'idée d'un progrès linéaire cumulatif selon laquelle les hommes pourraient capitaliser les conquêtes de la vertu de la même façon qu'ils accumulent les progrès techniques.» On ne peut réfuter Condorcet de manière plus élégante.
Cela dit, lorsque je relis le premier grand entretien qu'il m'avait accordé en 1979, je me dis que je n'aurais plus l'occasion d'avoir un interlocuteur de cette dimension, de ce charme intellectuel et avec lequel le désaccord demeure si fécond. Un grand personnage.

Jean Daniel
Le Nouvel Observateur
English Cardinal Lustiger in his own words
Aug 09, 2007
Cardinal Jean-Marie Lustiger, the only Jewish-born bishop in France in modern times, died on Sunday, aged 80. He converted to Catholicism during the German occupation of France in the Second World War when he was 14.

(Times Online, August 7, 2007) Having read the Bible in secret as a child he later said it felt as if he was "reading something he already knew". As a high-profile Jewish convert he faced opposition from Israel's Chief Rabbi who said he had betrayed his people and his religion, but he held firm to the belief that his conversion was not a rebellion but a fulfilment of his calling as a Jew. The Pope praised the Cardinal, who was Archbishop of Paris for 25 years, yesterday saying he was a "great figure" who spent his life trying to improve relations between Catholics and Jews.

On his conversion

“I was born Jewish and so I remain, even if that's unacceptable for many. For me, the vocation of Israel is bringing light to the goyim. That's my hope and I believe that Christianity is the means for achieving it.”
Related Links

   * Cardinal Jean-Marie Lustiger

"I am not leaving you. I am not passing into the enemy camp. I'm becoming what I am. I am not stopping being a Jew -- just the opposite. I'm discovering a way of living it."

"I am a Cardinal, a Jew and the son of a immigrant”

On being appointed Archbishop of Paris

“For me, this nomination was as if all of a sudden the crucifix began to wear a yellow star.”

On the Holocaust

"The silence of Auschwitz-Birkenau's victims impels us to uphold and order the upholding of the dignity of each human being."

On Jewish and Christian relations

"It is impossible for a Christian to be a Christian ... without the Jewish people."

"What Christians believe, they got through the Jews.”

“Jews and Christians are the guardians of the revelation of the Only One God and of his design to bring all humans together one day.”

“Christianity is the fruit of Judaism."

On inter-religious dialogue

“All around the world, the intermixing of various populations now brings side by side very different religious faiths, and this leads to unprecedented confrontations.”

“This question is how to articulate the history and geography of our communities with the history and geography of modernity. Nowhere else perhaps than here in New York has a better answer been experienced.”

On love

“The strength of evil can only be answered with an even greater strength of love,”
German Dass mir die Tränen kamen und ich still neben ihm weinte...
Aug 08, 2007
Gedanken von Kardinal Joachim Meisner zum Tod des ehemaligen Erzbischofs von Paris, Kardinal Jean-Marie Lustiger, und über seinen letzten Gang mit Kardinal Lustiger über die Straßen dieser Welt.

Köln (www.kath.net, 08. August 2007) Im 81. Lebensjahr ist am Sonntag, dem 5. August 2007, Jean-Marie Kardinal Lustiger, mein westlicher Kardinalsnachbar gestorben. Er war 24 Jahre Erzbischof von Paris und war mit mir in diesen Jahren eng verbunden. Es gab kein Jahr, wo wir uns nicht ein- oder zweimal begegnet sind. Zum ersten Mal besuchte Kardinal Lustiger mich in Berlin zu einem Bistumstag, bei dem er in der St.-Hedwigs-Kathedrale im damaligen Ostberlin die hl. Messe mitfeierte. Er sagte mir damals, dass dies seine Berliner Primizmesse sei, nachdem er nämlich einige Jahre als französischer Soldat in der Berliner französischen Garnison Dienst tat.

Durch unsere gemeinsame Nähe zu Papst Johannes Paul II. ergaben sich oft Begegnungen in Rom. Kardinal Lustiger war – wie ich selbst – fast bei allen Weltbischofssynoden als vom Papst berufener Bischof präsent. In den Pausen ergaben sich dann immer sehr herzliche und auch sehr theologisch tiefgehende Begegnungen. Darüber hinaus waren wir auch in verschiedenen Kongregationen und Päpstlichen Räten als Mitglieder tätig. Bei den Besuchen des Heiligen Vaters Johannes Paul II. in seiner polnischen Heimat trafen wir uns auch, da Kardinal Lustiger als Glied einer ehemals polnischen jüdischen Familie sich Polen immer verbunden fühlte.

Darüber hinaus führte mich der Weltjugendtag 1997 in Paris in eine besondere Nähe zu Kardinal Lustiger, da der nächstfolgende geplante Weltjugendtag 1999 in Köln stattfinden sollte. Wir standen von da an in einer sehr lebendigen Konsultation über Planung und Durchführung des Weltjugendtages, der dann in Köln erst 2005 stattfand und bei dem Kardinal Lustiger selbstverständlich präsent war.

Kardinal Lustiger war natürlich auch bei unserem Domjubiläum 1998 in Köln und hat dabei eine beachtliche Predigt gehalten. Im Laufe der Jahre war er immer wieder bei uns als gerngesehener Gast und als aufmerksam gehörter Verkünder des Evangeliums.

Meine letzte Begegnung mit ihm war wahrscheinlich auch die intensivste. Sie geschah in Auschwitz anlässlich des Besuches von Papst Benedikt XVI. im Mai 2006 in diesem schrecklichen Konzentrationslager. Der Papst ging mit seiner Delegation mit raschem Schritt seinem Ziel entgegen, und Kardinal Lustiger, der schon sehr von seiner Krankheit gezeichnet war, ging schleppenden Schrittes sehr weit hinter der Delegation her. Ich blieb aber stehen und wartete auf ihn und bot ihm an, dass ich ihn stützen und begleiten möchte, wenn er es wollte. Er nahm meine Begleitung sehr dankbar an, und so hakte er sich bei mir ein. Wir blieben weit hinter der päpstlichen Delegation zurück.

Während wir schweigend nebeneinander durch diese Stätte des Grauens gingen, erinnerte ich mich plötzlich, dass ja die Mutter von Kardinal Lustiger hier vor Ort ihr Leben lassen musste, und ich als Deutscher – also als Glied jenes Volkes, das dieses Unglück über das jüdische Volk gebracht hatte – wohl nicht der richtige Begleiter des jüdischen Kardinals war, sodass ich ihm die Frage stellte: „Ist dir das eigentlich lieb, dass ich dich als Deutscher begleite, oder möchtest du lieber allein deines Weges gehen?“.

Er schaute mich sehr lange an und sagte: „Ganz im Gegenteil! Ich bin dir dankbar, dass du zurückgeblieben bist, um auf mich zu warten, und dass ich mich jetzt auf dich stützen kann, um diesen für mich bitteren Weg durch das Konzentrationslager zu gehen“. Das hatte mich so tief beeindruckt, dass mir die Tränen kamen und ich still neben ihm weinte. Am Ziel dann angekommen, sagte er mir: „Seien wir beide getröstet, denn Gottes Herz ist größer als unser menschliches Tun und Denken“. Das war mein letzter Gang mit Kardinal Lustiger über die Straßen dieser Welt.

Wir werden ihn nun am Freitag zu Grabe tragen.
French Mort du cardinal Lustiger: "un des meilleurs amis du monde juif"
Aug 07, 2007
Le Congrès juif mondial (CJM) s'est dit lundi "profondément attristé" par la mort du cardinal Lustiger, estimant qu'avec son décès, le monde juif perdait l'"un de ses meilleurs amis" et la France "une très grande grande figure morale".

6 août 2007 (AFP) Le cardinal Lustiger "a toujours été conscient des dangers que représentaient pour les juifs l'antisémitisme, la persécution et la haine et il les a combattus avec toute son énergie", a déclaré le secrétaire général adjoint du CJM, Maram Stern, dans un communiqué diffusé à Bruxelles.

"Avec le regretté pape Jean-Paul II, le cardinal Lustiger a été l'artisan du renforcement du dialogue en faveur d'une meilleure compréhension entre catholiques et juifs tant au niveau institutionnel qu'à un niveau personnel", a ajouté M. Stern.

"Le monde chrétien a perdu une de ses personnalités les plus remarquables, la France a perdu un très grande figure morale et spirituelle et le monde juif un de ses meilleurs amis", a-t-il conclu.
French Paris sonne le glas pour le cardinal Lustiger
Aug 07, 2007
Les obsèques de Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris décédé dimanche, se tiendront vendredi à Notre-Dame, où une première messe d'hommage a été célébrée hier soir. Un kaddish, la prière juive du deuil, sera lu sur le parvis de la cathédrale.

(Le Figaro, 07 août 2007) Hièr matin, vers 8 h 30, Paris a résonné des quatre-vingts coups du glas venant signifier aux habitants de la capitale la perte ressentie par l'Église catholique. La veille au soir, le cardinal Jean-Marie Aaron Lustiger s'était éteint, à 80 ans, dans la maison médicale Jeanne-Garnier où il avait été admis en avril, pour soulager sa douleur et terminer ses jours. Au même moment, des fidèles commençaient à entrer dans la cathédrale Notre-Dame pour commencer à signer les registres de condoléances et à se recueillir.

Dès dimanche soir, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a rendu hommage à « une grande figure de la vie spirituelle, morale, intellectuelle et naturellement religieuse de notre pays ». Saluant un « homme de caractère, mais aussi d'engagement et de liberté d'esprit », Nicolas Sarkozy dit avoir trouvé en l'ancien archevêque de Paris « un interlocuteur authentique, qui ne dissimulait pas ses convictions ». Quelques heures plus tard, depuis sa résidence estivale de Castel-Gandolfo, le pape Benoît XVI a salué « avec une vive émotion » la mémoire d'un « homme de foi et de dialogue » qui « se dépensa généreusement afin de promouvoir des relations toujours plus fraternelles entre chrétiens et juifs », d'un « pasteur passionné par la recherche de Dieu et par l'annonce de l'Évangile au monde ».

Mais au-delà des mots, le symbole le plus fort de ces jours pourrait être, vendredi matin, la lecture d'un psaume et du kaddish - la prière juive des endeuillés - par le cousin du cardinal défunt, Arno Lustiger, suivie de la lecture d'un message familial. Ce temps fort se déroulera sur le parvis de la cathédrale, en ouverture de la cérémonie religieuse. « Cette lecture du kaddish était une des dernières volontés de mon cousin », explique Arno Lustiger, bouleversé par le deuil. « Il me l'a exprimé lorsque je suis venu le voir pour la dernière fois. » « Je suis né juif et je reste juif, ne cessait-il pas de nous répéter », ajoute l'historien qui se dit « particulièrement touché » par le fait que cette prière de deuil soit une des rares du livre des prières à ne pas être dite en hébreu mais en araméen. « Et la langue araméenne était celle de Jésus ».

Arno Lustiger est encore ému par une autre volonté du cardinal Lustiger. « Il a souhaité que ce soit son petit-neveu, fils de ma fille Gila, qui lise ensuite le message de la famille. Jonas est un adolescent, un gamin de Paris, comme l'a été son oncle... »

Dialogue entre les deux communautés

Pour le père Patrick Desbois, directeur du service national pour les relations avec le judaïsme, ce temps de prière est « naturel ». « Sans rien renier de sa judaïté, le cardinal a été de ceux qui ont poussé le plus loin le dialogue entre les deux communautés, parvenant à rencontrer certaines des plus hautes autorités, et à dialoguer avec elles. »

Après cette ouverture symbolique, Notre-Dame de Paris accueillera une dernière fois dans son choeur celui qui aura été le « maître des lieux » comme archevêque de Paris, entre 1981 et 2005, et qui va reposer ensuite dans la crypte comme le veut la tradition pour les archevêques qui le souhaitent. C'est son successeur, Mgr André Vingt-Trois, qui devrait présider la cérémonie de ces obsèques. À moins que Benoît XVI décide d'envoyer un légat, un représentant. Outre les prêtres et les fidèles - qui auront pu se recueillir toute la journée de jeudi dans une chapelle ardente - le cercueil sera entouré d'officiels, ecclésiastiques ou non, catholiques ou représentants des autres religions.

Si l'Élysée réservait hier sa réponse concernant l'éventuelle présence du président (en vacances aux États-Unis), le premier ministre, François Fillon, et le ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, en charge des dossiers concernant les cultes, ont confirmé leur présence.

Côté cardinaux, le président de la Conférence des évêques de France, le cardinal Jean-Pierre Ricard sera au côté de Mgr Vingt-Trois ainsi que les autres cardinaux français, résidant ou non au Vatican. De l'étranger, devraient au moins venir de Vienne et de Bruxelles les cardinaux Christophe Schönborn et Godfried Danneels.
French Le cardinal Lustiger, un immortel est mort…
Aug 07, 2007
Archevêque émérite, Cardinal brillant, homme de conviction et d’action, Aaron il est né, Jean-Marie il a vécu et Lustiger il s’en est allé…

(Guysen International News, 7 août 2007) A quatorze ans il se sent saisi par la grâce et de Juif qu’il était, Chrétien il devint. Son parcours atypique parce que mystérieux et contradictoire, vrai et irréel, fait que, fils de l’ancien et du nouveau testament, féru de religion et de croyance, il est convaincu que son destin sur terre ne s’inscrit pas dans le menu ordinaire.

Que sa vie est tracée par avance et qu’elle se situe sur le chemin de l’accomplissement multiple et divin…
Lorsque Jean-Paul II le nomme évêque d’Orléans en 1979, il eut cette phrase qui sonna comme une formule voire un slogan « Pour moi ce fut comme si tout à coup les crucifix s’étaient mis à porter l’étoile jaune… » et d’ajouter « Je souhaite que les Chrétiens n’oublient pas qu’ils ont été greffés sur une racine unique et que cette racine est Israël ! Et la racine demeure. »

Tout cela explique combien le Cardinal Aaron, Jean-Marie Lustiger né de parents juifs et d’un grand-père Rabbin, tenait à garder son identité juive pour toujours.
Lors d’un débat qui en son temps défraya la chronique, qu’il eut un jour avec un des juifs français les plus éminents, ne dit-il pas que « juif il était né, juif il resterait » ?
Et son prestigieux interlocuteur de lui rétorquer que « s’étant converti au catholicisme volontairement et sans contrainte d’aucune sorte, désormais il n’appartenait plus à la communauté religieuse professant la religion judaïque, mais qu’ il était devenu chrétien à part entière… »
Et ce débat qui souleva polémiques et controverses, délibérations et discussions, ne trouva jamais de conclusion définitive car le Cardinal volontaire et sûr de lui confirma sa judéité en se qualifiant de « Juif investi ici bas d’une mission spécifique et différente de celle qui est dévolue aux autres Juifs … » C’est pourquoi sans doute, non seulement il n’a jamais renié ses origines juives mais qu’il les a revendiquées tout au long de son existence…

Aussi, n’a t-il eu de cesse d’œuvrer pour un rapprochement sincère entre Juifs et Chrétiens et le CRIF de souligner « le rôle considérable qu’il a joué dans les relations entre les deux communautés. »
Le grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk a rendu hommage au cardinal en soulignant -lui aussi- son « rôle primordial dans le dialogue entre Juifs et Chrétiens auquel il a donné une nouvelle dimension de respect mutuel et de considération réciproque… »

Le Président Nicolas Sarkozy de déclarer : « Il a été une grande figure de la vie spirituelle, morale, intellectuelle et naturellement religieuse de notre pays…Le parcours spirituel du Cardinal Lustiger restera à la fois un exemple et un grand mystère… »
De son côté le ministre de l’Education nationale retient l’image « d’un pasteur rayonnant, un intellectuel engagé, un apôtre de la réconciliation biblique. »
L’ancien président de la République française Jacques Chirac « a salué la mémoire d’un homme dont le rayonnement a dépassé le cadre de l’évêché de Paris et qui a eu une vision universelle du rôle de l’Eglise catholique. »
Prêtre, Archevêque, Cardinal, Académicien et surtout homme de bien et de foi, Aaron a pleuré à Auschwitz, Jean-Marie a prié pour le bien être des hommes et l’homme a lutté pour la paix dans le monde…
Et Lustiger s’en est allé rejoindre là-haut les siens, ses amis et ses maîtres…
Sans doute avait-il le talent, l’étoffe et les capacités pour faire un bon pape, mais le Seigneur en décida autrement…
Sans tambour ni trompette la chrétienté eût pu avoir un pape juif…
De toute façon et de source sûre, la chose est écrite !
Ecrite où ? Toute la question est là !
French Hommage unanime à Mgr Lustiger, "qui a ouvert les frontières entre les religions"
Aug 07, 2007
La gratitude se lisait sur les visages plus que le chagrin. Lors d'une messe, lundi 6 août, avant les obsèques "officielles" de vendredi, les "paroissiens" de Notre-Dame de Paris, cathédrale comble et bourdon sonnant, sont venus exprimer leur reconnaissance à Jean-Marie Lustiger qui, avant d'être un "cardinal politique", était d'abord un "pasteur", bloc de foi et de convictions, enseignant ses fidèles.

(Le Monde, 07.08.07) Pendant près de vingt-cinq ans, le cardinal Lustiger fut d'abord celui qui, de la chaire de Notre-Dame, empoignant le micro, sans notes, se lançait dans un commentaire de l'Evangile ou de l'actualité. Ou, au contraire, s'abîmait dans une prière silencieuse au pied de l'autel. Les souvenirs s'égrènent. En mai 1996, à l'annonce de l'exécution des 7 moines de Tibéhirine en Algérie, il fonce à l'autel et éteint les sept cierges allumés en signe d'espoir : "Leur assassinat est insupportable, crie-t-il, pour tous ceux qui croient en Dieu."

Un portrait géant du cardinal surplombe le choeur. Dans les "livres de vie", s'alignent les témoignages : "Merci pour la foi que vous nous avez transmise." "Avec lui, on était toujours dans la vie", dit Marie-Françoise B. qui le connaissait depuis le centre Richelieu de la Sorbonne où il était jeune aumônier. "J'aimais son parler vrai, ajoute une Congolaise fidèle de ses prédications du dimanche soir. Il a ouvert les frontières entre les religions et c'est une voie d'avenir pour le monde." Rodolfo, un Mexicain, rejoint l'une des intuitions les plus fulgurantes du cardinal : "Le lien qu'il incarnait entre judaïsme et christianisme n'est pas qu'une affaire européenne. C'est aussi un signe pour nous, Latino-Américains."

"INTELLECTUEL CLAIRVOYANT"

Les mêmes mots reviennent : passion, pédagogie, charisme. "Pas seulement un spéculatif, mais un homme d'action." A l'autel, Mgr André Vingt-Trois, son successeur, évoque la figure de celui qui "savait faire partager son bonheur de croire". Les télégrammes arrivent à l'archevêché. Celui de la Fédération protestante de France soulignant "la personnalité exigeante, dérangeante du cardinal Lustiger, portant haut et fort l'identité et la visibilité de son Eglise". De Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman, louant sa "bienveillance éclairée, son conseil sage et prudent pour les musulmans". Celui du Congrès juif mondial : "Le monde chrétien a perdu l'une de ses plus grandes personnalités, la France une grande figure morale et spirituelle et le monde juif l'un de ses amis les plus chers."

De Rome, Benoît XVI aussi a salué "l'homme de dialogue qui se dépensa généreusement afin de promouvoir des relations plus fraternelles entre chrétiens et juifs", mais aussi l'"intellectuel clairvoyant" qui a mis "ses dons au service de la foi pour rendre présent l'Evangile dans tous les domaines de la vie de la société".
French Le cardinal Jean-Marie Lustiger est mort
Aug 06, 2007
Le cardinal Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris, est mort d'un cancer, samedi 4 août à l'âge de 80 ans, a annoncé l'édition en ligne du Figaro dimanche soir.

(Le Monde, 05.08.07) Juif converti devenu cardinal, Jean-Marie Lustiger, considéré comme un "traditionaliste moderne", comptait parmi les proches de l'ancien pape Jean Paul II et était également membre de l'Académie française.

Aaron Lustiger naît le 17 septembre 1926 à Paris dans une famille de commerçants juifs d'origine polonaise et se convertit en 1940, choisissant le prénom de Jean-Marie avant de se réfugier à Orléans. Sa mère est déportée en 1942 à Auschwitz, dont elle ne reviendra pas. Ordonné prêtre en 1954, il devient aumônier des étudiants de la Sorbonne et des grandes écoles. En 1969, il est nommé curé de la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal à Paris (XVIe).

Son ascension est dès lors rapide. Il est nommé par Jean Paul II évêque d'Orléans en 1979, archevêque de Paris en 1981 et cardinal en 1983. Auteur de nombreux ouvrages sur la foi catholique, Mgr Lustiger a été élu en juin 1995 à l'Académie Française au fauteuil du cardinal Albert Decourtray.

"IL A TOUT CHAMBOULÉ À PARIS"

"C'était un homme de caractère, un caractère pas commode, qui a tout chamboulé à Paris", estime le spécialiste des questions religieuses Odon Vallet, citant notamment l'accès à la prêtrise, la création de maison de séminaristes ou "une attitude très directive envers les prêtres parisiens".

Au sein de l'Eglise française, "il y avait les pro et les anti-Lustiger", explique l'auteur, entre autres, d'un Petit lexique des idées fausses sur les religions. Même s'il avait fait des erreurs, comme la création de la chaîne de télévision Kto, "devenue une catastrophe financière", selon Odon Vallet, Jean-Marie Lustiger "savait envoûter son auditoire et avait redonné un certain lustre à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris".
French Le cardinal Jean-Marie Lustiger est mort
Aug 06, 2007
Le cardinal Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris, est décédé dimanche à Paris, à l'âge de 80 ans, a-t-on appris de source gouvernementale.

PARIS, 5 août 2007 (AFP) - Cette source a confirmé une information donnée par le site internet du Figaro.

Le cardinal Lustiger est décédé à la Maison Médicale Jeanne-Garnier (XVème arrondissement), un établissement de soins palliatifs où il avait été admis le 23 avril.

Sa mort a été annoncée vers 20H00 à l'issue de la messe du dimanche soir donnée à l'église de Saint-Germain-des-Prés, a rapporté un témoin à l'AFP.

En octobre 2006, Mgr Lustiger avait lui-même annoncé aux prêtres et diacres de Paris qu'il était atteint d'"une maladie grave dont le traitement a commencé".

Sa dernière apparition en public remontait au 26 janvier 2007, quand il avait concélébré la messe d'obsèques de l'Abbé Pierre à Notre-Dame.

Aaron Lustiger, né le 17 septembre 1926 à Paris dans une famille de commerçants juifs d'origine polonaise, s'était converti en 1940, choisissant le prénom de Jean-Marie.

Ordonné prêtre en 1954, il a été aumônier des étudiants de la Sorbonne et des grandes écoles, puis curé de la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal à Paris (XVIe). Nommé évêque d'Orléans en 1979 par Jean Paul II, il devient archevêque de Paris en 1981, jusqu'en 2005, et cardinal en 1983.

Auteur de nombreux ouvrages sur la foi, Mgr Lustiger avait été élu en juin 1995 à l'Académie Française au fauteuil du cardinal Albert Decourtray. Il y avait fait son dernier passage le 31 mai pour adresser ses adieux aux "Immortels". "Vous ne me reverrez pas", leur avait-il lancé.
English Cardinal Jean-Marie Lustiger; Former Archbishop of Paris
Aug 06, 2007
Retired Roman Catholic Cardinal Jean-Marie Lustiger, 80, the longtime archbishop of Paris whose prominence in France, in his church and in Western culture owed much to his faith, his intellect and his Jewish descent, died Aug. 5.

By Martin Weil
Washington Post Staff Writer
Monday, August 6, 2007

Retired Roman Catholic Cardinal Jean-Marie Lustiger, 80, the longtime archbishop of Paris whose prominence in France, in his church and in Western culture owed much to his faith, his intellect and his Jewish descent, died Aug. 5.

The French newspaper Le Figaro attributed his death to cancer. It said he had been admitted to a care facility in Paris in April after announcing in October that "a grave malady had been diagnosed."

As the French-born son of an immigrant family, as the child of a mother who died in a concentration camp, as an author and thinker who belonged to the elite Academie Francaise, Cardinal Lustiger embodied, wrote on and spoke on many of the major trends and forces that characterized Europe in his times.

A convert to Catholicism who was uneasy with the celebrity brought to him on the basis of that fact alone, Cardinal Lustiger was the highest-ranking member of the Roman Catholic hierarchy in France. He was seen as a strong supporter of dialogue among religions and sought vigorously to maintain his ties to Judaism.

Named a cardinal in 1983, he held that post until 2005, with his seat in the celebrated Notre Dame Cathedral. He was regarded as a firm adherent of church tradition who was also at ease in dealing with those who held a wide range of other religious positions, or none at all.

He was quoted years ago as calling himself a "modern man" whose views on political and economic questions indicated a preference for an anti-Soviet form of socialism and for realism rather than ideology.

Admirers in the intellectual world saw one of his major roles as that of a clear thinker and forceful advocate who, at a time of challenge to traditional concepts and spiritual values, stood for belief in God.

Originally named Aaron Lustiger, he was born Sept. 17, 1926, in Paris. His parents were Polish immigrants and nonpracticing Jews.

In what was said to be one of the few times he dealt publicly at length with his religious conversion, he told editors of an Israeli newspaper that his parents were upset. He said he told them, "I am not leaving you. I am not passing into the enemy camp. I'm becoming what I am. I am not stopping being a Jew -- just the opposite. I'm discovering a way of living it."

After the Nazis invaded France in 1940, he was sent to live with a Catholic family in Orleans. He was baptized that year, under the name Jean-Marie Lustiger. His father escaped the Nazis by going into hiding. His mother, who tried to maintain the family's textile business, was arrested and deported.

At a French day of remembrance for the deported, he read some of the victims' names. After reading "Gisele Lustiger," according to the Associated Press, he added "ma maman" (my mother).

He was ordained in 1954, served for 15 years as chaplain at the University of Paris, came to the attention of Pope John Paul II and, after a period as a parish priest, was named in 1979 to be bishop of Orleans. In 1981, Cardinal Lustiger was made archbishop of Paris.

Two days after being named, in an interview with a reporter for a Jewish news service, quoted in Current Biography, Cardinal Lustiger said: "I've always considered myself a Jew, even if that's not the opinion of some rabbis."

This did not mean any weakening in his ecclesiastical commitment.

"The West is born of Christianity," he told the New York Times, "and the crisis of the West is that it isn't Christian anymore."

Cardinal Lustiger was elected in 1995 to the Academie Francaise, the group of 40 intellectuals founded in 1635 by Cardinal Richelieu and known as "the immortals."

On May 31, he went to a meeting of the group to say goodbye. He told them: "I am going up there, to meet again with Cardinal Richelieu."
English Son of Israel and Rome, Prince of Paris, Lustiger Dies
Aug 06, 2007
The French church mourns one of its leading lights tonight; the archbishop- emeritus of Paris Cardinal Jean-Marie Lustiger died earlier today at 80, after a yearlong battle with lung and bone cancer.

(Whispers in the Loggia, Sunday, August 05, 2007)

The French church mourns one of its leading lights tonight; the archbishop- emeritus of Paris Cardinal Jean-Marie Lustiger died earlier today at 80, after a yearlong battle with lung and bone cancer.

A giant of the post-Conciliar church worldwide and the secular life of Rome's "eldest daughter" for almost 30 years, Lustiger was named to the City of Light, his hometown, in 1981. Particularly favored by John Paul II, who gave him the red hat two years later, the late pontiff saw his man in France as a bridge not just to Paris, but to Israel and the Jewish people.

Born in the French capital in 1926, Lustiger's parents -- Polish Jews who had emigrated west a decade earlier -- named their son Aaron. At 13, against the wishes of their parents, he and his sister were baptized, at which time he took the name Jean-Marie. Three years later, in 1942, his parents were deported to Auschwitz, where his mother, Gisele, was killed.

While his conversion created a longstanding rift with his father, Charles Lustiger attended his son's ordination as a priest, sitting near the back of the congregation. Of the faith of his birth, the cardinal once said, "I was born Jewish and so I remain, even if that is unacceptable for many. For me, the vocation of Israel is bringing light to the goyim.

"That is my hope and I believe that Christianity is the means for achieving it."

In early 2005, shortly after his retirement as archbishop, John Paul asked Lustiger -- a key advocate of the Holy See's establishment of diplomatic relations with the State of Israel -- to represent him at observances marking the 60th anniversary of the liberation of the Polish concentration camp to which his parents were deported.

"I don't want to return, because it is a place of death and destruction," he said at the time.

"If I am going, it is because the Pope asked me."

Ordained a priest in 1954, the cardinal-to-be was first assigned as chaplain to the students of Paris' Sorbonne, then fused new life into a parish in the city's 16th Arrondissement before being named bishop of Orleans in 1979 by the newly-elected Polish Pope, who returned him to the capital two years later as archbishop in succession to Cardinal François Marty.

(Unsurprisingly, the appointment of a prelate who, despite his conversion, never shirked his Jewish roots as archbishop of Paris was panned by the leader of France's post-Concilar resistance, Archbishop Marcel Lefebvre. Despite being named to lead the archdiocese where he was born and ordained, Lustiger "is not truly of French origin," Lefebvre -- who would be excommunicated before his 1991 death -- was quoted as saying at the time.)

Marked by a fervent missionary zeal, the cardinal's quarter-century at the helm of the church in Paris saw many pioneering initiatives, some of which would spread to the wider church. A radio station and TV channel, a ramped-up youth outreach by the college chaplain who, but a decade earlier, zipped around the city on his motor-bike, some 20 books, and the zenith of his efforts -- a seminary planned around a new model of formation and the Ecole Cathedrale, now a pontifical institute, for the formation of the laity -- comprised the core of a legacy whose institution-building, while great, was geared only as a complement to, never a replacement for, a diligent and enthusiastic pastoral engagement.

In 1997, Lustiger -- a frequent guest in the papal apartment -- welcomed his good friend to Paris for World Youth Day, where a million young people showed up and newspaper headlines proclaimed "The Triumph of John Paul II." Eight years later, after a lengthy and contentious succession stakes, one of his former auxiliaries, Archbishop Andre Vingt-Trois of Tours, was named as his successor. As a young priest, Vingt-Trois had served as Père Lustiger's assistant at the Sorbonne.

The cardinal was diagnosed with the dual cancer at the end of 2006. He made his final public appearance at the January funeral of the wildly popular cleric Abbè Pierre, held in Notre-Dame Cathedral, and at an emotional May farewell to his fellow "immortals" of the Academie Française, he was said to have looked up at the portrait of the founder of the venerable institution and exclaimed of his next destination, "I am going to meet up with Cardinal Richelieu!"

Lustiger's death was announced by the French President Nicholas Sarkozy, who praised the cardinal as "a great figure of the spiritual, moral, intellectual and, naturally, religious life of our country."

"His personality was the image of the trials that life lead him to traverse and that were above all the trials of Europe across the 20th century," Sarkozy said. "These trials forged a man of character, but also one of social engagement and of a free spirit and mind" -- a spirit and mind which, the Gaullist president noted, "never gave or did anything halfway."

"The spiritual journey of Cardinal Lustiger remained at the same time both an example and a great mystery," Sarkozy continued. "Having lived in his own sinews both the continuity between Judaism and Christianity and also the originality of the Christian message that leads certain individuals to the total and all-important gift of their persons, Jean-Marie Lustiger was the complete image of the man of faith and of the interior life."

In his own comments, Archbishop Vingt-Trois said that "we are all under the shock of his demise, even if he had prepared us to it for some time."

"I personally experience all at once the loss of a father, of a brother and of a friend, after receiving the onus of succeeding him at the head of the archdiocese of Paris," Lustiger's successor said. "Over the last two years, I had many opportunities to appreciate his thoughtfulness towards me, as he proved ceaselessly ready to answer the questions I wanted to ask him and to provide me with the advice I needed, without ever attempting to weigh upon the decisions I had to make or trying to interfere in any way."

"Many bishops in France as well as priests and deacons in Paris cannot but remember him as the one who ordained them. They know that he has not abandoned them and that he will keep on looking after them and being close to them."

Tomorrow night, the archbishop will celebrate Mass in Notre-Dame for his mentor's happy repose. The cardinal's body will lie in state there from Thursday morning until a funeral liturgy scheduled for Friday.
English French Cardinal Lustiger Dies
Aug 05, 2007
Cardinal Lustiger, Jew Who Converted to Catholicism, Dies at Age 80.

French Cardinal Lustiger Dies
Cardinal Lustiger, Jew Who Converted to Catholicism, Dies at Age 80

By ELAINE GANLEY
The Associated Press (05/08/2007)

PARIS -- Cardinal Jean-Marie Lustiger, a Jew who converted to Catholicism and rose through church hierarchy to become one of the most influential Roman Catholic figures in France, died Sunday, the Paris archbishop's office said. He was 80.

Lustiger whose Polish immigrant mother died in the Nazi death camp at Auschwitz was archbishop of Paris for 24 years before stepping down in 2005 at the age of 78. He died in a hospice in Paris, the archbishop's office said.

A cause of death was not immediately provided, but Lustiger had said in April that he was being treated for a "grave illness."

For years, Lustiger was the public face of the church in mainly Roman Catholic France, speaking out on critical issues and serving as a voice of calm in tumultuous times. He appeared to have perfectly synthesized his Jewish heritage with his chosen faith.

"Christianity is the fruit of Judaism," he once said.

"For me, it was never for an instant a question of denying my Jewish identity. On the contrary," he said in "Le Choix de Dieu" (The Choice of God), conversations published in 1987.

French President Nicolas Sarkozy, who spoke to reporters during a vacation in New England, said the country had "lost a great figure of spiritual, moral, intellectual and naturally religious life."

Archbishop of Paris Andre Vingt-Trois said Lustiger's "reflections, and his personal history, led him to play an important role in the evolution of relations between Jews and Christians."

A confidante of the late Pope John Paul II, Lustiger represented the pontiff at January 2005 commemorations of the 60th anniversary of the liberation of Auschwitz, where his mother died.

"I don't want to return because it is a place of death and destruction," said Lustiger, who had previously visited the camp in 1983. "If I am going, it is because the pope asked me."

Lustiger kept largely silent on the tragedy of his mother Gisele. But during France's National Day of Remembrance to commemorate the deportation and death of French Jews during World War II, he took part in the reading of names in 1999 and came to his mother's.

"Gisele Lustiger," he intoned, then added, "ma maman" (my mama), before continuing, Catholic World News reported.

"The strength of evil can only be answered with an even greater strength of love," Lustiger said at an August 2005 Mass in Lodz, Poland, in memory of the more than 200,000 Jews deported from there to Nazi death camps.

On May 31, a wheelchair-bound Lustiger made an emotionally charged appearance at the Academie Francaise to say goodbye to his fellow "immortals," as the 40 members of the prestigious academy are known. The author of numerous books, Lustiger was made a member of the Academie Francaise in 1995.

Despite his diminished physical appearance, "we felt his fervor," fellow member Jean-Marie Rouart said later.

Born Aaron Lustiger on Sept. 17, 1926, in Paris to Polish immigrant parents who ran a hosiery shop, he was sent to the town of Orleans, 80 miles south of the capital, to take refuge from the occupying Nazis. There, Lustiger, who was not a practicing Jew, converted to Catholicism in 1940 at the age of 14, taking the name Jean-Marie.

Two years later, his mother was deported to Auschwitz.

Lustiger was ordained a priest in April 17, 1954, in Paris, after earning degrees in philosophy and theology from the Catholic Institute's Carmes Seminary. For 15 years, he served as chaplain to students at the Sorbonne University, reportedly zipping on a motorbike through the winding streets of the Latin Quarter, the Left Bank student neighborhood.

Lustiger was appointed pastor of the Sainte Jeanne de Chantal parish, holding the post for 10 years until 1979, the year he began his swift climb up the hierarchy.

Named bishop of Orleans in 1979, Lustiger was named archbishop of Paris in 1981. Two years later, in 1983, Pope John-Paul II made him a cardinal.

Despite his role as a "prince of the Church," Lustiger remained an eminently grassroots figure, creating a Christian radio station, Radio Notre Dame, in 1981 and expounding on issues ranging from the August 2003 heat wave that killed thousands of people in France to the building of a united Europe.

Lustiger kept his personal journey of conversion a mostly private matter. However, he called for a "true dialogue" between Christians and Jews in a 2002 book, "La Promesse" (The Promise) that delved into Judeo-Christian relations and "the mystery of Israel." He specified that "Israel" in the book was the biblical reference to the Hebrews, not the Jewish state.

The book is a collection of oral meditations made in 1979 to a community of monks as well as more recent addresses at several Jewish conferences.

In an October 2003 interview in the French daily Le Figaro, Lustiger said that the "center of living gravity of the Church" was moving to Africa, the Americas and elsewhere, and predicted that, in the third millennium, Asia would become the new land of evangelization.

A funeral Mass for Lustiger was to be held Friday at Notre Dame Cathedral in Paris, the Paris archbishop's office said.
French Quand un Immortel prépare sa propre mort
Jun 20, 2007
Cardinal, académicien, Jean-Marie Lustiger est avant tout malade, et vient d’organiser sa sortie.

(agoravox.fr, ) Il y a quelques semaines (le 24 avril 2007), on avait entendu que Monseigneur Jean-Marie Lustiger, cardinal et ancien archevêque de Paris (de février 1981 à février 2005), 80 ans, avait indiqué qu’il avait été conduit dans un service de soins palliatifs tant son traitement était douloureux.

Sa maladie, elle est vaguement dite comme étant une "terrible maladie" ou une "longue maladie", plus communément appelée cancer de nos jours.

Ce mal qui le ronge, Jean-Marie Lustiger sait qu’il aura beaucoup de mal à le vaincre.

C’est donc avec beaucoup d’effort et très affaibli qu’il a quitté brièvement la maison médicale Jeanne-Garnier et a été conduit en fauteuil roulant au sein des grands immortels, parmi ses collègues de l’Académie française, car Monseigneur Lustiger est aussi un académicien (peu assidu sauf lors des élections de nouveaux académiciens), élu le 15 juin 1995 au siège de Monseigneur Albert Decourtray, archevêque de Lyon.

Il est hélas arrivé trop tard, Max Gallo ayant déjà été élu par ses nouveaux pairs.

Mais il était venu sous la Coupole surtout pour annoncer aux académiciens que ce serait la dernière fois qu’ils le verraient, ajoutant: «Au ciel les premiers sont les derniers, donc je pense que je serai là-bas le premier à m’occuper, à prier, à avoir tous les soins possibles et tous mes voeux vis-à-vis de l’Académie.».

Jean-Marie Rouart, autre académicien, a expliqué le 1er juin 2007 sur RTL que Monseigneur Lustiger «avait pris certainement beaucoup sur lui-même, mais on sentait une ferveur. (...) Les paroles que l’on prononce dans ces moments, devant des amis que l’on ne reverra plus, elles ont un poids. (...) Cela serre le coeur, je ne vous le cache pas, mais je pense que cette scène était un moment de communion.».

Mettant ainsi en scène sa propre disparition, de façon quasi mitterrandienne, Jean-Marie Lustiger, qui a été le curé de l’église Sainte Jeanne de Chantal (à la porte de Saint-Cloud à Paris) de 1969 à 1979, puis évêque d’Orléans, a conquis avec l’émotion son auditoire et sans doute sa postérité.

Ce converti au catholicisme le 25 août 1940, dont la mère, arrêtée et déportée à Drancy, laissa la vie à Auschwitz, avait eu aussi la force de concélébrer à la cathédrale de Paris avec son successeur, Monseigneur André XXIII, la messe d’enterrement de l’Abbé Pierre, le 26 janvier 2007.

À noter que son prédécesseur, Monseigneur François Marty, eut à 89 ans une fin tragique le 16 février 1994 dans un banal accident de la route, se retrouvant avec sa 2 CV coincé dans un passage à niveau au moment où un train passait.

Bref, c’était cette émotion que je voulais transmettre, malgré le déferlement des résultats locaux des élections législatives, qui replace la hiérarchie des choses importantes dans la vie.
French Les adieux du cardinal Lustiger aux Immortels
Jun 06, 2007
A l'occasion de l'élection de Max Gallo à l'Académie française, le cardinal Lustiger est arrivé en chaise roulante pour faire ses adieux.

(chrétienté.info, 5 juin 2007) Agé de 80 ans, admis en soins palliatifs pour une maladie très grave, l'ancien archevêque de Paris a fait vivre à la coupole "sans doute, un des moments les plus forts" de son histoire, laissant les académiciens sans voix.

"Au Ciel, les premiers sont les derniers, donc je pense que je serai là-bas le premier à m'occuper, à prier, à avoir tous les soins possibles et tous mes voeux vis-à-vis de l'Académie".

Jean-Marie Rouart déclara sur RTL que monseigneur Lustiger

"avait pris certainement beaucoup sur lui-même, mais on sentait une ferveur (...) les paroles que l’on prononce dans ces moments, devant des amis que l’on ne reverra plus, elles ont un poids (...) Cela serre le coeur, je ne vous le cache pas, mais je pense que cette scène était un moment de communion".
German Kardinal Lustiger geht es schlecht
Jun 04, 2007
Dem Pariser Kardinal Jean-Marie Lustiger geht es offenbar sehr schlecht.

(kna 03.06.2007) Der 81-Jährige habe in der vergangenen Woche „sehr geschwächt“ und im Rollstuhl die Academie francaise aufgesucht, um sich dort von den anderen Akademie-Mitgliedern in einer berührenden Weise zu verabschieden, berichtete die französische Sonntagszeitung „Journal du Dimanche“. Lustiger wird seit April in einem katholischen Pariser Krankenhaus für sterbebegleitende Medizin behandelt. Das Erzbistum Paris hatte angekündigt, der Aufenthalt werde „mehrere Wochen“ dauern. Im Oktober 2006 hatte Lustiger in einem Schreiben an die Priester des Erzbistums bekannt, dass er an einer schweren Krankheit leide. Der in Paris geborene Sohn polnisch-jüdischer Emigranten ließ sich im Alter von 14 Jahren taufen.
French Le cardinal Lustiger hospitalisé à Paris
Apr 25, 2007
Agé de 80 ans, le célèbre ecclésiastique a été admis dans la journée de lundi à la Maison médicale Jeanne-Garnier, un établissement de soins palliatifs. Il souffre d'une maladie grave, diagnostiquée en 2006, mais dont la nature n'a jamais été précisée.

(lexpress.fr, 24 avril 2007) Souffrant d’une maladie grave, le cardinal Jean-Marie Lustiger, âgé de 80 ans, a été hospitalisé lundi à Paris pour un séjour de plusieurs semaines. Dans un communiqué publié ce mardi, l'archevêché de Paris a indiqué que l’ecclésiastique "a été accueilli lundi à la Maison médicale Jeanne-Garnier (XVe) pour un séjour de plusieurs semaines afin d'équilibrer son traitement. Le 12 octobre 2006, il avait écrit aux prêtres et diacres de Paris pour leur annoncer lui-même qu'une maladie grave avait été diagnostiquée". La Maison médicale Jeanne-Garnier accueille des patients en phase avancée ou terminale de leur maladie. Il s'agit d'un établissement de soins palliatifs, privé, à but non lucratif, géré par l'association des Dames du Calvaire.

Il avait réduit ses activités

Dans son message du 12 octobre, le cardinal ne précisait pas la nature de son mal, décrit par lui comme "une maladie grave dont le traitement a commencé". Dans le même message, il disait avoir "retrouvé sa voix", semblant alors démentir la rumeur d'un cancer du larynx. Il avait réduit ses activités, participant toutefois à la messe d'obsèques de l'Abbé Pierre, le 26 janvier 2007 à Notre-Dame de Paris.

Aaron Lustiger est né le 17 septembre 1926 à Paris dans une famille de commerçants juifs d'origine polonaise et s'est converti en 1940, choisissant le prénom de Jean-Marie avant de se réfugier à Orléans. Sa mère a été déportée en 1942 à Auschwitz où elle est morte. Ordonné prêtre en 1954, il devient aumônier des étudiants de la Sorbonne et des grandes écoles, comme Normale sup. En 1969, il est nommé curé de la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal à Paris (XVIe).

Grimpant les échelons de la hiérarchie ecclésiastique, il est ensuite nommé par le nouveau pape Jean-Paul II évêque d'Orléans en 1979, archevêque de Paris en 1981 (succédant au cardinal François Marty) et cardinal en 1983. Auteur de nombreux ouvrages sur la foi catholique, Mgr Lustiger a été élu en juin 1995 à l'Académie française au fauteuil du cardinal Albert Decourtray.
French Le card. Lustiger reçu par Benoît XVI
Oct 23, 2006
Au lendemain de la lettre au clergé de Paris

ROME, Lundi 23 octobre 2006 (ZENIT.org) – Benoît XVI a reçu ce matin en audience au Vatican le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque émérite de Paris, annonce la salle de presse du Saint-Siège.

Cette audience survient au lendemain de l’annonce, par le cardinal Lustiger lui-même – qui choisit donc la transparence sur son état -, le 19 octobre, dans une lettre au clergé de Paris, que les médecins lui ont diagnostiqué, fin septembre, une « grave maladie » qui nécessite un « traitement lourd ».

Un note de l’archevêché indique que le cardinal Lustiger, qui a fêté ses 80 ans le 17 septembre dernier à Notre-Dame de Paris, doit « un peu freiner son activité » en raison du traitement, mais qu’il « reste très actif ».

L'archevêché explique que le cardinal Lustiger « a souhaité adresser lui-même une lettre aux prêtres de son diocèse pour leur annoncer qu'il souffre d'une maladie grave dont le traitement a commencé ».

Dans sa lettre, le cardinal Lustiger précise qu’il a « bénéficié de la guérison » de sa voix, et précise : « détrompant la rumeur d'un cancer du larynx que je n'ai jamais eu ».

Demandant que cette lettre ne soit pas publiée, le cardinal précise que ce n’est pas son « testament ».

En Italie, le quotidien de la conférence épiscopale italienne, « Avvenire » a fait état de cette lettre le 20 octobre.

On se souviendra peut-être que le cardinal Lustiger, qui avait été élu à l’Académie française au fauteuil du cardinal Albert Decourtray en 1995, y est venu prendre séance le jeudi 14 mars 1996, et que dans son discours de réception, il avait évoqué la maladie – qui pour le cardinal Decourtray était bien un cancer de la gorge - et dont ce dernier avait été guéri (cf. (http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_reception/lustiger.htm).

Le cardinal Lustiger disait : « Privé de la parole par un cancer de la gorge, l’homme au tempérament heureux et jusque-là épargné, subit le tragique de la vie en devenant un sans-voix, en vivant la menace de sa mort. Cette épreuve aurait pu seulement lui faire mesurer la vanité de toutes choses, désengager sa liberté. Ce fut le contraire. Albert Decourtray est désarmé, pour devenir plus intimement vulnérable au Mystère qu’il doit annoncer.
« Dans l’incapacité de parler, il consacre son temps à la lecture. Il découvre la vie d’une mystique dont il connaissait déjà les écrits : Élisabeth de la Trinité, une carmélite de Dijon morte à vingt-six ans tout au début du siècle. Il a aimé chez elle le goût de la vie, le sens de l’adoration, l’exigence radicale de l’Absolu. « Ma sainte », l’appellera-t-il plus tard.
« Ainsi, lorsque s’apaise le tourbillon des années soixante-dix, sa maladie dont il guérit et la découverte d’Élisabeth de la Trinité achèvent de le faire naître à lui-même. Sa liberté en éveil se déploie : cette brèche spirituelle ouvre son esprit par le dedans, rend son intelligence disponible à ce qu’elle n’avait pas encore vraiment rencontré. Albert Decourtray a revêtu le Christ. À son mystère il avait, en sa jeunesse, consacré sa vie, renonçant ingénument à tout, sans encore en éprouver toute l’exigence. Prêtre, ’évêque, il a prêché ce mystère ; et voilà que celui-ci le rattrape en l’intime de son être.
« Façonné par son éducation et sa culture, préservé certes, Albert Decourtray se reçoit lui-même après cet événement décisif, sans encore savoir qu’il est « mis à part comme une flèche dans le carquois de Dieu », ainsi qu’Isaïe le dit du Serviteur.
« Le voici prêt pour sa dernière mission. »

Le cardinal Decourtray est en particulier celui qui a accompagné le cardinal Lustiger à Auschwitz – où ont péri sa mère et une grande partie de sa famille paternelle -, en juin 1983. Il était archevêque de Paris depuis deux ans.

Le cardinal Lustiger a fait ses études secondaires au lycée Montaigne à Paris, et au lycée Pothier à Orléans, où ses parents l’avaient mis à l’abri de la persécution pendant l’Occupation. C’est à Orléans qu’il a embrassé la foi chrétienne à l’âge de 14 ans.

Il a ensuite poursuivi ses études supérieures de lettres à la Sorbonne, puis ses études de théologie au séminaire des Carmes de l'Institut catholique de Paris. Et il a été ordonné prêtre le 17 avril 1954.

Jusqu'en 1959, il a été aumônier parisien de la Paroisse universitaire (enseignants catholiques de l'enseignement public), aumônier des étudiants en lettres et sciences de la Sorbonne, ainsi que des Grandes Ecoles (E.N.S. de Saint-Cloud et Fontenay).

Il a été directeur du Centre Richelieu en 1959 (qui deviendra le CEP) et responsable des aumôneries des nouvelles universités de la région parisienne.

En 1969, il a été nommé curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal, à Paris, puis évêque d'Orléans, le 8 décembre 1979.

Le 27 février 1981, il a succédé au cardinal François Marty comme archevêque de Paris et comme Ordinaire des catholiques de rite oriental en France.

Il a été créé cardinal par Jean-Paul II, le 2 février 1983, au titre des Saints Marcellin et Pierre, puis de Saint-Louis-des-Français, en 1995.

Il a été élu à l'Académie française le 15 juin 1995, au fauteuil du Cardinal Albert Decourtray.

Et il a quitté ses fonctions d'archevêque de Paris fin février 2005.
French Mgr Lustiger souffre d'une "grave maladie"
Oct 21, 2006
L'archevêché de Paris indique qu'en conséquence le cardinal devra réduire son activité pour pouvoir suivre son "traitement lourd".

(NOUVELOBS.COM, 20.10.06) Dans une lettre adressée aux prêtres parisiens, le cardinal Jean-Marie Lustiger explique qu'il souffre d'une "grave maladie" au "traitement lourd", a-t-on appris jeudi 19 octobre auprès de l'archevêché.

L'archevêché explique que "le cardinal a souhaité adresser lui-même une lettre aux prêtres de son diocèse pour leur annoncer qu'il souffre d'une maladie grave dont le traitement a commencé", confirmant des informations de La Croix et du Figaro. En conséquence, le cardinal "doit un peu freiner son activité du fait de son traitement mais reste très actif", ajoute l'archevêché.

"Ce n'est pas mon testament"

Le cardinal Lustiger, qui a fêté ses 80 ans le 17 septembre à Notre-Dame de Paris, ne précise pas explicitement dans sa lettre s'il s'agit d'un cancer, indiquant simplement avoir eu confirmation fin septembre par ses médecins du "diagnostic d'une grave maladie".

Mais il ajoute : "Au même moment, j'ai bénéficié de la guérison de ma voix (...), détrompant la rumeur d'un cancer du larynx que je n'ai jamais eu".
Le cardinal demande aux prêtres de ne pas publier sa lettre en soulignant avec humour : "Cette lettre n'est pas mon testament".
French Ce qui est passionnant
Jul 27, 2006
Transcription des interviews vidéos réalisées auprès des intervenants à l’issue des Conversations Essentielles - 19 mars 2006, «Envie d’avenir?»

« Ce qui est passionnant, c’est que ce sont les questions les plus fondamentales qu’en général on n’arrive pas à se poser ; parce qu’on a pas le temps, parce que des gens rient, parce qu’on fait de l’ironie… qu’on a l’air de s’en fiche. Alors qu’en réalité, ce sont des questions tout à fait fondamentales.

Dans ma vie j’ai eu souvent l’occasion de dialoguer sur ces questions en tête à tête. Ce qui est magnifique je trouve dans cette entreprise, c’est qu’il y a des gens de partout, tous horizons, croyants, incroyants, qui acceptent de se mettre ensemble pour poser ces questions, entendre des réponses, en discuter et y répondre à leur tour. Hors cela, c’est très rare dans notre société et c’est magnifique. »
French Laïcité : le cardinal Lustiger craint que la loi "rouvre une guerre de religion"
Apr 03, 2006
Le Cardinal Archevêque de Paris estime que les Catholiques en ont "assez d’être critiqués, roulés dans la farine, suspectés".

(chretiente.info, 15 janvier 2004) Le cardinal Lustiger archevêque de Paris a sévèrement mis en garde jeudi le gouvernement de ne pas "rouvrir une guerre" de religion avec la loi interdisant le port de signes ostensibles à l’école.

"On touche à l’un des principes de la liberté religieuse en entrant dans ce point très délicat de savoir quelle est l’expression publique légitime des faits religieux", a estimé Mgr Lustiger sur France-Inter.

L’archevêque de Paris "souhaite seulement que les législateurs soient conscients des risques qu’ils prennent". "L’application de la loi parce qu’elle sera très difficile à appliquer" avec de "nombreux et difficiles procès pour interpréter cette loi". Et de prédire qu’"on est au début d’une longue et crise et de longs débats".

"Ils ne se rendent pas compte des réactions en profondeur du peuple français dans son instinct d’hériter d’une paix civile gagnée et d’un héritage commun", a déploré Mgr Lustiger. "Cette loi avec sa maladresse risque de rouvrir pour les incendiaires involontaires une guerre religieuse".

Evoquant l’Islam, ce membre de l’Académie française a souligné que "l’Etat se prend les doigts dans la mécanique en confondant un groupe d’immigration avec une religion". "Il essaie de régler les problèmes sociaux économiques, politiques, culturels en faisant une politique religieuse".

"Il y a un problème dans cette présence de l’Islam" mais "il suffit que l’inculturation, l’entrée dans la culture française de nos concitoyens de tradition musulmane" se fasse, a avancé l’archevêque de Paris. "Avec le temps avec les générations, on doit parier sur l’idéal français de vie qui est séduisant".

Le cardinal Lustiger a également dénoncé un "deuxième phénomène, c’est le réveil d’une agressivité anti-religieuse qui surprend complètement les milieux catholiques" qui en ont "assez d’être critiqués, roulés dans la farine, suspectés".
French Solidarnosc et le «démenti éclatant donné à l’idéologie marxiste»
Sept 30, 2005
Solidarnosc et le « démenti éclatant donné à l’idéologie marxiste » : le cardinal Lustiger a mis en évidence « L’impensé du marxisme léninisme » dans sa conférence pour les 25 ans de « Solidarnosc ». Il conclut en appelant de ses vœux un « tsunami social » de la « solidarité ».

ROME, Mardi 30 août 2005 (ZENIT.org) - Le cardinal Jean-Marie Lustiger a en effet tenu une conférence sur « Solidarnosc » et la pensée chrétienne, à Varsovie, le 29 août 2005, pour le 25ème anniversaire de Solidarnosc, dans le cadre de la conférence internationale « De Solidarnosc à la liberté » les 29 et 30 août 2005, publié par le site Internet du diocèse de Paris (http://catholique-paris.cef.fr/) et ci-dessous in « Documents ».

« En ce temps-là, il y avait l’Est, le rideau de fer et l’Ouest. L’Empire soviétique nous paraissait, en France, aussi immuable que l’Egypte des Pharaons. Aussi les premiers évènements de Gdansk nous remplirent-ils de stupéfaction admirative et aussi de crainte devant les risques de répression contre le peuple polonais », expliquait le cardinal.

Il analysait les différentes composantes du mouvement en ces termes : « Mais très vite, quelque chose de neuf apparut venant de Pologne. D’abord, le démenti éclatant donné à l’idéologie marxiste : les ouvriers exigeaient du régime communiste le respect de la justice et de la démocratie. Ensuite, le surgissement d’un mouvement populaire original où se retrouvaient intellectuels et syndicalistes ouvriers. Enfin, la foi catholique du peuple polonais et sa fidélité à son histoire donnaient à ce mouvement sa force irrépressible ».

Il constatait : « Tout cela formait un tableau totalement déconcertant pour les préjugés répandus en Occident, au sujet de la question ouvrière, de la lutte des classes, du régime soviétique, de la religion « opium du peuple », etc... Solidarnosc faisait voler en éclats les idées toutes faites de la plupart des gens, quelles que soient leurs positions théoriques et leurs options politiques ».

A propos du rôle de Jean-Paul II, le cardinal faisait observer : « Sans ce Pape, sans la force de sa parole et de sa présence, Solidarnosc n’aurait pas été possible. Mais il fallait sans doute avoir des oreilles et un cœur polonais pour comprendre toute la portée de ses interventions ».

« Aujourd’hui, il m’apparaît clairement que l’importance de Solidarnosc ne se mesure pas seulement à son rôle historique dans l’écroulement du système soviétique. Il y a dans l’expérience de Solidarnosc, plus qu’une révolte populaire et nationale contre la tyrannie étrangère ou la critique de l’idéologie marxiste léniniste. Ce « plus » fait de Solidarnosc une expérience historique inappréciable dont l’intérêt théorique et pratique dépasse largement les circonstances de son apparition. C’est ce « plus » que je voudrais maintenant identifier en le situant par rapport à la pensée chrétienne », annonçait le cardinal Lustiger.

L’impensé du marxisme léninisme L’expérience de Solidarnosc constitue une « réponse vitale à la longue oppression soviétique ».

Et d’analyser : « En effet, le marxisme-léninisme omet de prendre en compte, ou plutôt ne peut pas prendre en compte, dans son analyse sociale comme dans sa pratique, la réalité fondamentale de la condition humaine, parce qu’il ne la voit pas et ne peut pas la voir en raison des concepts qu’il met en œuvre ».

Mais le cardinal précise : « Solidarnosc répond au marxisme-léninisme et en un certain sens le démonte, le réfute. Mais cette réfutation n’opère pratiquement qu’à condition de mettre en pleine lumière le réel de l’expérience humaine que le marxisme ignore, méconnaît en raison de sa nature idéologique. Le marxisme revendiquait pour lui-même le monopole de la rationalité politique ; l’expérience de Solidarnosc en dévoilant cette réalité méconnue, non vue, « non pensée » fait voler en éclats l’édifice de l’idéologie marxiste ».

La réalité dévoilée par Solidarnosc « La foi et la prière d’un peuple de croyants ont formé le terreau de la culture et de l’histoire de la Pologne. Il faut en mesurer la force et la présence, non d’abord comme une arme de guerre contre le régime, mais comme la mémoire du réel et le réel de la mémoire qui nourrissent la conscience d’un peuple. Encore fallait-il que cette solidarité vécue par le peuple soit pensée, articulée en programme de vie, d’espérance, d’action. C’est ce que firent, avec les ouvriers, les intellectuels du mouvement », insistait le cardinal Lustiger.

Ainsi, faisait-il, observer, « pour que naisse Solidarnosc, il a fallu la conjonction de la pensée et de l’action »... « Solidarnosc » en a été le magnifique symbole ». Il soulignait en cela l’importance des discours du Pape lors de ses voyages en Pologne, et du « petit livre du Père Josef Tischner, son collègue à l’Université de Lublin, diffusé clandestinement sous le titre de « Spotkania », heureusement traduit en français. Cet écrit a été l’un des outils de la prise de conscience provoquée par Solidarnosc. Quant à l’action, il suffit d’évoquer ici le rôle décisif des évènements de Gdansk et le leadership de Lech Walesa ».

Ethique, politique, religion Il faisait encore observer l’émergence de cette conscience éthique : « ‘l’éthique’ de Solidarnosc se veut une ‘éthique de la conscience’ capable de créer des relations respectueuses avec autrui, de s’organiser à l’horizon d’un système démocratique. La revendication de liberté suppose l’acceptation des différences et de la diversité des opinions. Pour autant, la source religieuse et chrétienne de l’expérience de Solidarnosc est clairement reconnue, précisément parce qu’elle atteste le fondement indestructible de la dignité humaine ».

« Ce dialogue dans la vérité repose sur le respect de chacun. L’idéologie, quant à elle, nivelle fatalement les différences et ne peut créer l’unité que par la contrainte, voire la peur », analysait encore le cardinal Lustiger.

Il concluait : « La réapparition du réel de la condition humaine et de la vie sociale, ce que j’ai appelé « l’impensé » de la politique, a été portée dans l’expérience de Solidarnosc par la ferveur de la foi et de la prière du peuple polonais ».

La suite de l’histoire « Si dans les débuts de Solidarnosc, il suffisait pour agir de faire appel à « l’éthique de solidarité » qui se positionnait en surplomb de la politique du régime communiste, il fallait, pour la suite, redimensionner l’ambition totalitaire de la politique », continuait le cardinal, tout en soulignant la difficulté de cette exigence.

La solidarité, une espérance ? C’est pourquoi le cardinal confiait : « Ce que je vous ai partagé jusqu’à présent, me laisse un goût d’inachevé car aujourd’hui, à l’ère de la globalisation, le même danger existe de méconnaître le réel de la condition humaine et de sa dignité, au bénéfice des nouvelles idéologies régnantes. Là aussi il y a un chemin très étroit entre la critique de la situation actuelle, la mise au jour de l’impensé et son expression positive et articulée. De plus, cette expression de l’impensé devrait être compréhensible et appropriée par les hommes du monde entier comme ce fut le cas pour le peuple polonais ».

Il insistait : « Il faudrait donc à nouveau faire réapparaître dans la conscience commune cet impensé de la réalité de l’homme. Jean-Paul II a ouvert et poursuivi ce chemin. Mais il ne suffit pas que quelqu’un pense ou énonce ce que méconnaissent ceux qui gèrent le destin du monde. Il faut encore que cette découverte devienne communicable et soit partagée ».

Il revenait sur la disparition de Jean-Paul II en disant : « Dans le deuil mondial de la mort de Jean-Paul II, j’ai entendu comme l’écho d’une prise de conscience par les peuples d’un message sur la dignité de l’homme et sur son avenir. Jean-Paul ll a éveillé une grande espérance dans le cœur de beaucoup et non seulement des chrétiens, au cours de ces 25 ans, en faisant le tour de la terre, en rassemblant des foules avec, au milieu d’elles, l’Eglise de chaque lieu pour rendre témoignage à la vérité. Ne voyons-nous pas ici l’éveil d’une conscience de la solidarité mondiale qui repose sur la conscience éthique de tout homme et de tout peuple ? Touchant l’avenir de l’homme et de l’humanité, c’est bien ce qui a été énoncé par le Concile Vatican II qui puise dans le Christ l’affirmation de la pleine vocation de l’homme et de sa dignité ».

Il achevait en souhaitant un « tsunami social » de la « solidarité ».
French La visite du pape à Cologne marque "la fin du deuil de l'Allemagne"
Sept 03, 2005
Le pape Benoît XVI devait arriver jeudi 18 août dans l'après-midi à Cologne, à bord d'un bateau descendant le Rhin, aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) et s'adresser aux centaines de milliers de pèlerins originaires de 194 pays.

(Le Monde, 18.08.05) Dans un entretien au Monde , le cardinal Jean-Marie Lustiger y voit "un événement qui a une signification historique : c'est plus que la fin de la guerre, c'est la fin du deuil de l'Allemagne" .

"Seule une démarche de ce genre, que la Providence a ménagée avec l'élection d'un cardinal allemand comme successeur de l'apôtre Pierre, est un signe saisissant. Tous les Allemands l'ont compris. La meilleure preuve : alors que les tensions sont souvent vives en Allemagne, l'élection de Benoît XVI a immédiatement fait taire les querelles à son propre sujet" , analyse l'ancien archevêque de Paris, en faisant référence aux oppositions rencontrées au sein de l'Eglise allemande par le cardinal Josef Ratzinger quand il présidait la Congrégation pour la doctrine de la foi.

"De même, la venue de jeunes de tous les pays pour les JMJ réintroduit l'Allemagne dans le concert international des nations, ajoute Mgr Lustiger. Cet événement religieux a une signification très forte pour l'Allemagne, autrement et plus largement que ses succès économiques." "L'Allemagne rentre dans sa légitimité et son honneur" , estime le cardinal Lustiger.

Vendredi 19 août à midi, il accompagnera le pape dans sa visite de la synagogue de la Roonstrasse à Cologne, construite en 1899, détruite par les nazis et reconstruite en 1959.

Artisan, avec Jean Paul II, du rapprochement des juifs et des chrétiens, le cardinal Lustiger voit dans cette visite "un élément important et significatif, car le massacre des juifs a été pensé et voulu par Hitler en Allemagne" .

Mgr Lustiger rappelle que Jean Paul II s'était rendu à la synagogue de Rome en 1986 et qu'il fut le premier souverain pontife à le faire.

Une réconciliation qui ouvre finalement de nouvelles pistes : "Il y a un acquis irréversible de confiance retrouvée, dans le respect mutuel et dans la vérité, par ce qu'a dit et fait Jean Paul II et qui a été compris par l'opinion juive dans sa diversité. Il y a certainement, de plus, une compréhension mutuelle sur le plan religieux devant la situation présente de l'humanité et peut-être même le sentiment d'une responsabilité commune au nom de la parole de Dieu, la Bible."
French Entretien avec le cardinal Lustiger
Sept 03, 2005
Pour le cardinal Lustiger, «ces JMJ rendent à l’Allemagne sa pleine dignité»

(La Croix, 21-08-2005) La Croix : Une « génération Benoît XVI » est-elle née ?

Cardinal Jean-Marie Lustiger : J’ai été frappé par sa première intervention sur les bords du Rhin. C’est un traité de vie spirituelle, en termes très simples, qui s’inscrit en harmonie – presque en contrepoint – avec les messages de Jean-Paul II. Leurs deux voix sont concertantes, mais différentes. Le cardinal Ratzinger sait que cette génération n’a pas toute la richesse chrétienne de la génération passée ou des étudiants polonais dont le cardinal Wojtyla était familier. Cette jeunesse est sécularisée, souvent éloignée de la saveur chrétienne. Il est trop tôt pour dire si son message sera entendu. Mais ces paroles portent loin.

– Benoît XVI a-t-il séduit les jeunes ?

– Il a toutes les qualités, mais certainement pas celle de démagogue. Beaucoup lui conseilleront des accroches publicitaires plus vives, mais je suis persuadé que les gens vont découvrir et apprécier sa gentillesse, son humilité, sa simplicité, sa fraternité dans la paternité.

– Il a choisi de ne pas leur parler de morale…

– La morale n’est pas une affaire de normes ! Certains ont été surpris quand Benoît XVI a dit que toute la morale chrétienne se résumait dans le commandement de l’amour. Comment être surpris par un tel résumé, formulé par le Christ lui-même ! Bien sûr, ce n’est pas l’amour au sens de La Dame aux camélias… C’est un amour fort ; il intègre la volonté d’entrer dans cette plénitude de vie dont les commandements sont à la fois la règle et l’expression. Mais si on reçoit les commandements comme une contrainte extérieure, on ne sait pas aimer. Jean-Paul II le disait aussi, à sa façon.

– Ce discours positif a-t-il surpris ?

– On s’étonne qu’il ait un discours positif, parce qu’on lui a taillé un costume invraisemblable de gendarme ! Ayant eu la tâche ingrate, pendant vingt-quatre ans, d’être le correcteur des mauvaises copies, il a fini par apparaître à l’opinion comme l’homme des interdits. Mais cette image factice, ce faux décor sont tombés. Son vrai visage apparaît, tel que les évêques qui le côtoyaient lors des visites ad limina le connaissaient bien.

– Ce voyage est-il un choc pour l’Église allemande ?

– C’est une Église en mauvaise position, avec des épreuves considérables. Pèsent sur elle à la fois ses atouts et ses richesses. Elle est comme engluée dans des institutions dont elle a été la source et pour lesquelles elle a des ressources financières importantes liées à son statut particulier. Comme si un carcan l’empêchait de reprendre son élan pour s’ajuster à une situation nouvelle. La richesse théologique et spirituelle de l’Allemagne manque à l’Europe et à l’Église – et ce n’est pas Drewermann ou des théologiens de ce genre qui peuvent remplacer une pensée vraiment théologique ajustée à l’ère contemporaine. Le génie propre du cardinal Ratzinger se répandra à travers sa mission nouvelle de pape au service de l’Église.

– Ces quatre jours sont-ils un rendez-vous historique pour ce pays?

– Pour l’Allemagne, l’événement actuel dépasse les querelles intellectuelles et théologiennes : ce que ni Adenauer ni Kohl n’ont pu faire, l’Église le réalise en élisant un pape allemand. Sa nationalité n’a pas compté dans son élection : c’est l’homme, sa personne, qui fut choisi. Il se trouve qu’il est allemand. Il se trouve que les JMJ sont cette année en Allemagne – un scénario imprévisible et providentiel… Cet acte, que seul l’Église peut accomplir, rend à l’Allemagne sa pleine dignité et permet aux générations nouvelles de porter le silence de leurs pères sur ces événements horribles, dont ils refusent de se sentir coupables – et ils ont raison – et qui pèse sur la conscience allemande. Ce n’est pas un oubli : c’est la possibilité de porter le poids sans en être écrasé, mais en étant résolument capable de se tourner vers l’avenir. C’est capital pour la conscience européenne et pour la conscience mondiale.

– Autre moment historique : la visite à la synagogue…

– Cette visite est capitale : avec Benoît XVI, pape venu d’Allemagne, c’est vraiment l’Église qui assume cette réconciliation, portée ici au cœur même du drame allemand et du drame juif dû à l’Allemagne et à l’hitlérisme. C’est un événement d’une portée symbolique énorme.

– Quelle en est la portée concrète ?

– Les milieux juifs ont vite perçu l’implication des positions de Benoît XVI. Ainsi cette question, évoquée par le pape à la synagogue, d’un travail théologique commun sur la manière de concevoir la permanence du peuple juif et la nouveauté chrétienne : non à la façon d’un reniement ou d’une rupture, non seulement comme une continuité, mais comme une coexistence dans la tension et le respect, qui est structurelle par rapport à l’histoire du salut.

C’est un élément majeur de la foi catholique : nous ne sommes pas au dernier jour, mais dans le temps des païens, le temps humble de l’histoire, jusqu’à ce que le Fils de l’homme paraisse dans sa gloire. Le règne de Dieu est déjà là, mais tant que la résurrection finale n’est pas donnée, il n’est pas encore là. C’est cette tension que nous devons accepter de penser, dans le chemin ouvert entre juifs et chrétiens. Cela signifie, du point de vue chrétien, comment penser l’existence du peuple juif alors que nous croyons que Jésus-Christ est l’unique sauveur des hommes ? Comment penser la foi chrétienne en éliminant la «théologie de la substitution» (NDLR : l’Église aurait été substituée au judaïsme dans le dessein de Dieu) qui a prévalu pendant des siècles ?

La même chose pourrait être dite du point de vue des juifs, et c’est une question que nous leur posons : comment considèrent-ils les chrétiens ? Ces deux manières d’évaluer ne coïncident certes pas, chacun percevant à partir de son point de vue. Mais Benoît XVI ajoute que l’on ne doit pas passer sous silence les différences existantes, ni minimiser ce qui nous distingue. En raison même de notre intime conviction de foi, nous devons nous respecter mutuellement. C’est prodigieux d’avoir dit cela !
Spanish “La relación entre cristianos y judíos ha llegado a un punto en que puede comenzar un diálogo en profundidad”
Jun 13, 2005
El cardenal Jean-Marie Lustiger, arzobispo emérito de París, se encuentra estos días en España, en una breve visita invitado por la asociación Amistad Judeocristiana de Valencia, durante la cual impartió una conferencia en la que habló sobre la importancia, sobre todo para los cristianos, del diálogo entre ambas religiones.

(Veritas, 06/06/2005) El purpurado, judío de nacimiento (su madre fue asesinada en Auschwitz), concedió esta entrevista a Veritas, en la que pone de relieve la importancia del impulso dado por el Papa Juan Pablo II a la relación con el pueblo judío.

-Usted ha venido a España, entre otros motivos, para impartir una conferencia sobre la importancia del diálogo entre judíos y cristianos. ¿Cómo está actualmente el diálogo entre judíos y cristianos y qué avances se han producido, especialmente en el pontificado de Juan Pablo II?

Cardenal Jean-Marie Lustiger: La obra del Papa Juan Pablo II es una obra gigantesca. Ya el Concilio Vaticano II había marcado la posición de la Iglesia con respecto a las otras religiones no cristianas, y de forma particular, respecto de los judíos. Posteriormente, en el decreto Nostra Aetate, Juan Pablo II puso en marcha esta orientación de una manera sorprendente, porque no trató la cuestión únicamente como un diplomático ni solamente como un hombre con expectativas de establecer contacto y relaciones de buena voluntad, sino que lo ha hecho a la vez como un místico, un teólogo, un hombre de verdadera caridad, un hombre de fe, un discípulo de Cristo y sobre todo como Papa, como sucesor de Pedro.

Ha mostrado que este diálogo judeocristiano no es simplemente una obra de establecimiento de buenas relaciones, sino que supone descubrir, en la existencia del pueblo judío, el aspecto fundamental de la Revelación, porque se trata de la alianza que Dios ha hecho con su pueblo, sin la cual el misterio de Cristo, en quien creemos y que constituye su Iglesia, perdería toda su consistencia.

El Papa nos ha recordado quienes éramos haciéndonos comprender quiénes son los judíos. Y nos ha enseñado a entender que si amamos a Cristo y lo seguimos no podemos despreciar a su pueblo y a la gracia que le ha sido concedida.

Esta obra gigantesca de Juan Pablo II no solamente ha tocado los corazones de los cristianos, sino que ha sido comprendida por los judíos los más diversos, desde los más ortodoxos hasta los más alejados de la práctica religiosa, los más secularizados… todos han comprendido que existía un hombre de Dios leal, en quien poder tener confianza. Yo creo que hoy en día, después de siglos de masacres y de muerte, que no han olvidado, sin embargo tienen una verdadera confianza en la persona del Papa, que representa a la Iglesia.

-En general, pero también desde su punto de vista personal, que conoce bien ambos mundos, y que de alguna manera lo ha vivido en su trayectoria personal, ¿qué significado tiene este diálogo?

Cardenal Jean-Marie Lustiger: Es una verdadera aventura espiritual, porque la diversidad extraordinaria de las corrientes del pensamiento judío nos remite a toda clase de aspectos diferentes de nuestra propia fe y práctica religiosa, ¡y estamos sólo al principio de este diálogo!

Hemos llegado un punto en que puede empezar a existir este diálogo en profundidad, porque la confianza ha sido ganada, o restablecida, mejor dicho. Y no sabemos adónde nos puede conducir este diálogo. No se trata de que los judíos se vuelvan cristianos o viceversa, pero sí de que lo que hay en común, no solamente como objeto de fe, sino también en cuando actitud o conducta, nos puede llevar a aclarar las diferencias entre unos y otros.

Por ejemplo, Jesús insiste mucho en que el que ama al Padre y al Cristo debe cumplir sus mandamientos, en que el que no hace la voluntad del Padre no lo ama realmente, por lo que debemos obedecer los mandamientos. Es lo que decía san Agustín, “Ama y haz lo que quieras”, que es un resumen místico, pero san Juan de la Cruz nos recuerda que no amamos si no practicamos los mandamientos.

Hay una tentación en los cristianos de olvidar la necesidad de obedecer los mandamientos como un acto de amor, como el examen mismo del amor, y de ver cómo los judíos actualmente practican a su manera, al pie de la letra, los mandamientos porque son los mandamientos de Dios, nos hace reflexionar. Cuando Jesús dice que Él guarda los mandamientos, y nos pide que los observemos como Él lo hace. Es solo un ejemplo.

-¿Por qué afirma usted que este diálogo es importante especialmente para los cristianos?

Cardenal Jean-Marie Lustiger: Yo pienso que para los cristianos este diálogo nos lleva a la integridad y a la verdad de la fe cristiana. Imagine que hay un barco, que hay un anclaje donde amarrarlo, si no estamos amarrados a este anclaje, podemos ir a la deriva y nos podemos perder. En cambio, no nos perdemos si estamos amarrados al anclaje, que no es el barco, pero que es necesario para su equilibrio, y la tensión que provoca su resistencia hace que nos ayude a permanecer en nosotros mismos.

Es sorprendente ver que ante esta gran “deriva” de la civilización moderna, actual, contemporánea, a la que el Concilio Vaticano II quiso responder de antemano, la posición ética, moral y antropológica sobre la condición humana de los judíos creyentes, fieles a la tradición religiosa de Israel, y la de la Iglesia católica tienen numerosos puntos similares.

Es como si nos encontráramos al lado uno del otro ante una luz común que hemos recibido, y esto no es sorprendente, porque en las enseñanzas de Jesús, cuando le preguntan sobre lo que hoy llamamos problemas antropológicos (la relación del hombre con la mujer, con el dinero, con el mundo, con la realidad, con el prójimo, con el pobre…) Jesús se refiere siempre al Génesis. Si tomamos a la Iglesia, al Papa Juan Pablo II, siempre hace referencia al “principio” cuando habla de relación entre el hombre y la mujer, el hombre como imagen de Dios.

Tenemos con los judíos las mismas referencias bíblicas y antropológicas de la condición humana. Incluyendo la fe en la redención, aunque no dibujamos al Redentor de la misma manera. Nosotros tenemos y creemos que Dios envió a su Hijo, que es el Mesías. Israel espera que el Mesías venga, pero cree en el perdón de los pecados que Dios prometió, y en la gracia, y en la resurrección de los muertos y en la vida eterna. Esperan que el Mesías venga en su gloria, y nosotros también esperamos la venida de Cristo en la gloria.

En resumen, tenemos un mismo encuadre bíblico de la estructura de la fe y de la estructura antropológica, que hace que hoy en día nos encontremos al lado uno del otro, aunque estemos separados por elementos de nuestra fe.

-¿Cómo se ve desde ambos puntos de vista, el judío y el cristiano, la cuestión del laicismo, de la secularización, que tan arraigada está en Francia y que con tanta fuerza está llegando a España?

Cardenal Jean-Marie Lustiger: Es un problema muy difícil, porque hemos sufrido un proceso de mutación muy grande. Es difícil analizar los factores de un problema cuando uno se encuentra en medio.

Hay por lo menos dos factores que se entrelazan el uno al otro. El primero es un cambio muy profundo del conjunto de la cultura, me refiero a la cultura popular, en cuanto que opuesta a la cultura de los sabios, de las élites, de las personas que han tenido la oportunidad de hacer estudios más especializados. Hoy la cultura popular abarca también a los doctores, los ingenieros, los abogados, los banqueros, los obreros, todos tienen la misma cultura, la misma televisión.

Esta cultura hoy prácticamente toma una forma nueva, que sustituye, con la imagen y la saturación de los sentidos, la reflexión crítica de la razón. Yo creo que esta evolución de la técnica y la civilización ha llevado a la destrucción de la razón para las masas de gente, ha sustituido la razón, que era la gran ambición y la gran esperanza al principio de la era moderna, por la afectividad y la opinión.

Tras el drama de esta civilización que llegó hasta el totalitarismo, que es a su vez la negación interna de la razón y de la esperanza cristiana, ha habido una mutación de la civilización, que es el momento en el que estamos. En estos momentos hay una serie de teologías cristianas, más o menos formadas, que han comprendido este cambio del que hemos hablado al principio.

Yo no sé si se puede hacer una comparación entre la laicidad y el antisemitismo, aunque hay lazos, pero hay un verdadero combate espiritual y de la verdad, para introducir en este cambio de civilización la utilidad del hombre que es su razón, su libertad, y la luz del Evangelio que nos aclara lo que somos como criaturas humanas. Respondamos a Dios y recibamos de Él nuestra dignidad. En realidad no sabemos adónde va esta sociedad, pero vamos a luchar para que sea lo mejor y no lo peor.
Spanish El cardenal francés Lustiguer analiza en Valencia las relaciones entre judíos y cristianos
Jun 11, 2005
El cardenal arzobispo emérito de París monseñor Jean Marie Lustiger impartirá mañana en Valencia una conferencia sobre 'La amistad entre judíos y cristianos y su sentido', informaron fuentes del Arzobispado a través de Avan, quienes destacaron que el purpurado, de 79 años, es de origen judío y se convirtió al catolicismo tras la ocupación nazi de Francia.

VALENCIA, 5 Jun. 2005 (EUROPA PRESS) - La ponencia tendrá lugar a las 19 horas en el Centro Cultural Bancaja, indicaron fuentes de la Asociación Amistad Judeo-cristiana, organizadora de la sesión. Lustiger nació en París en el seno de una familia polaco-judía, aunque él se convirtió al catolicismo tras vivir durante la ocupación nazi con una familia cristiana en Orleáns.

Así, resaltaron que "su conversión no fue entendida por sus allegados" y añadieron que con 14 años recibió el sacramento del bautismo en la capilla de la residencia del Arzobispo parisino, donde fue ordenado sacerdote veinte años después.

El cardenal Lustiger, que estudió en París, Orleáns y en la Sorbona (Francia), fue un "activo miembro" de la organización Jóvenes Estudiantes Católicos, donde conoció a Karol Wojtyla, el futuro Papa Juan Pablo II.

Posteriormente, tras trabajar como mecánico en el sudoeste de Francia, ingresó en el seminario de Carmelitas de París. Jean Marie Lustiger se graduó en Teología, en el Instituto Católico, y en Letras y Filosofía, en la universidad de la Sorbona.

Asimismo, Lustiger fue párroco de Sainte-Jeanne de Chantal (París) hasta que en 1979 fue nombrado obispo de Orleáns. Posteriormente, en 1981 fue designado arzobispo de París y, dos años más tarde, nombrado cardenal. También fue elegido miembro de la Academia francesa y en 1998 recibió el premio 'Nostra Aetate' del Center Christian-Jewish de la Universidad de Connecticut en Estados Unidos.

En la curia romana, el cardenal Lustiger es considerado un "firme defensor de los derechos humanos", según las mismas fuentes, y fue miembro de la Secretaría de Estado, así como de las Congregaciones para las Iglesias orientales, Obispos, Clero, Institutos de Vida Consagrada y Sociedades de Vida Apostólica.

El purpurado francés es autor de numerosos libros, algunos de ellos publicados también en español como 'Primeros pasos en la oración', 'Europa, se tu misma', 'Atrévete a vivir la fe', y 'Haceros dignos de la condición humana'.

En la actualidad, la Asociación Amistad Judeo-Cristiana, integrada por cerca de 50 socios, y aprobada el 20 enero 1994 por el Arzobispado de Valencia, promueve numerosas actividades, entre ellas conferencias y coloquios universitarios con profesores de religión judía, con el fin de fomentar "las buenas relaciones entre ambas religiones", según fuentes de la entidad.
French La même qualité d'amour des hommes et de la vérité
Apr 28, 2005
Le cardinal émérite Jean-Marie Lustiger , ancien archevêque de Paris, a rendu homme dimanche au pape Jean Paul II, "un être totalement tourné vers le don à "la stature sans proportion avec les grands leaders du monde".

(La Croix, 03-04-2005) Proche du souverain pontife défunt, Jean-Marie Lustiger a exprimé sur LCI sa "tristesse de le voir partir et la paix de le savoir auprès du Dieu". "J'ai mesuré l'émotion mondiale que tous ressentent" après le décès du souverain pontife. "C'est une chance inouie d'avoir pu être contemporain d'un homme de cette stature (...) Sa stature est sans proportion avec les grands leaders du monde", a estimé l'ancien archevêque de Paris. "Son arme, cela a été l'amour de la vérité. Il a osé, a été immensement libre et habité d'un amour immense des hommes".

Jean-Marie Lustiger a tenu à retenir l'image de Jean Paul II lors des Journées mondiales de la Jeunesse, en août 1997, à Paris, avec "le parc des Princes (qui) a été la note finale de son voyage, en disant: 'c'est cela l'avenir, le reste c'est la page du passé". "Il avait une idée extraordinaire de la France", a ajouté le cardinal émérite, d'une voix très émue. "Le pape Jean Paul II a été le témoin dans ce quart de siècle d'une force neuve, toute jeune que même les vieux chrétiens blasés, lassés, sceptiques, dégoûtés d'eux-mêmes n'arrivent pas à occulter, c'est la force de l'Evangile comme annonce d'espérance, c'est ce qu'il a dit", a-t-il expliqué. "Il a entrepris le combat", mais "il ne faut pas croire qu'on résout les problèmes d'une civilisation en 25 ans", a souligné Mgr Lustiger qui était interrogé sur les 26 ans de pontificat de Jean Paul II. Ce dernier ne parlait "jamais de sa mort" car "la mort n'est pas seulement l'événement tragique et inéluctable de la condition humaine", a-t-il expliqué. "L'homme est porteur de la vie".

Interrogé sur le conclave qui va élire le prochain pape et auquel il va participer, Mgr Lustiger a assuré qu'il n'a "pas d'idée préconçue" sur le prochain pape. Il faut "que ce soit un homme, non pas sembable à Jean Paul II, mais qu'il ait la même qualité d'amour des hommes et de la vérité" et qui ait du courage et de la force". "Je ne m'attacherai ni à la nationalité, ni aux facteurs représentatifs", a assuré le cardinal émérite Lustiger . "Il faut l'homme qu'il faut et que Dieu veut". Quant à sa possible élection, Mgr Lustiger a répondu que "c'est impossible".
French « Trouver ce que Dieu attend de nous »
Apr 19, 2005
Trois signes peuvent faire comprendre le sens du « conclave », explique le cardinal Lustiger. Ils sont voulus par Jean-Paul II dans sa constitution apostolique « Universi Dominici Gregis » (« Le pasteur de tout le troupeau du Seigneur »), sur la vacance du siège apostolique et l’élection du pontife romain.

ROME, Dimanche 17 avril 2005 (ZENIT.org) – Ces signes sont : la majorité « des deux tiers » pour l’élection, le lieu – la Chapelle Sixtine -, et l’habit des cardinaux en conclave. Autant de signes pour aider les cardinaux à « trouver ce que Dieu attend » d’eux.

« Ne nous lâchez pas ! »

Le cardinal Jean-Marie Lustiger, titulaire de l’église Saint-Louis des Français, a célébré la messe dimanche matin dans cette église romaine dont il est d’une certaine façon le « curé » et il a invité les fidèles à prier pour l’élection du successeur de Pierre. Il a lancé, à la fin de la messe cette ultime recommandation : « Ne nous lâchez pas ! ». Le conclave, c’est « l’Eglise entière qui intercède auprès de Dieu », a-t-il dit.

Leur douze réunions préparatoires - les « congrégations » - achevées, les cardinaux présents à Rome ont en effet décidé de célébrer la messe ce dimanche dans les églises qui leur ont été attribuées pour « inviter les fidèles à prier pour le conclave », a précisé dans son homélie le cardinal Lustiger, archevêque émérite de Paris. Les « titres » des cardinaux soulignent en effet leur lien avec l’Eglise de Rome.

Il invitait les fidèles présents à être unis à la « supplication de l’Eglise entière » pour que l’Esprit Saint « inspire » les Pères qui entrent en conclave demain, 18 avril, rappelons-le par la messe « pro eligendo pontefice », le matin, à Saint-Pierre, et à 16 h 30 par la procession d’entrée à la chapelle Sixtine.

Le Christ Vrai Berger

Ces célébrations liturgiques seront retransmises en directes jusqu’au « extra omnes » (« tous dehors »), qui précède la fermeture de la porte de la chapelle pour les scrutins secrets des cardinaux, ce qui garantit leur liberté face à toute influence extérieure.

En ce dimanche dit « du Bon Pasteur », le cardinal a demandé à l’assemblée une « faveur », celle de relire le chapitre 10 de l’Evangile selon saint Jean, dont la liturgie n’offre que le premier tiers : « Il n’est pas long, Jésus développe ce thème ». Il expliquait que Jésus y présente « le vrai Berger » et qu’il faut entendre, recevoir, méditer cet évangile. Pour le comprendre, il faut le « lire tout entier », expliquait le cardinal, car « Jésus reprend les éléments de cette petite histoire et développe très librement cette image. Il est lui-même la « Porte » et il est le « Berger ». » Il invitait à ne pas chercher de « cohérence totale », parce que « le Seigneur est libre », et qu’il développe cette image « comme un poète ».

Et d’expliquer : « Jésus dit qu’il est lui-même le vrai Berger qui est entré par la porte, sans escalader comme le voleur et le brigand ». « La porte, continuait l’archevêque, c’est le baptême de Jean, et c’est sa Passion », ainsi, « si nous entrons, si nous le suivons, nous aurons la vie ».

Mais surtout, le cardinal Lustiger s’est attaché à faire comprendre le sens de ces jours de conclave, le rôle de la prière du peuple de Dieu et des cardinaux en vue de l’élection du futur pape, successeur de Jean-Paul II.

Il affirmait d’emblée, à la lumière de l’Evangile de ce jour, qu’il ne s’agit pas de choisir un « pasteur à la place du Christ » : « C’est Jésus, le Bon Pasteur ». Dans l’Evangile de Jean, le Christ ressuscité demande en effet à Pierre, toujours selon saint Jean : « Pierre m’aimes-tu ? » La réponse est « Fais paître, soigne, occupe-toi de « mes » brebis », rappelle le cardinal Lustiger qui souligne la beauté de cette image « magnifique » du troupeau fréquente chez les « Prophètes » et que « Jésus reprend », et que « le troupeau va là où le pasteur se trouve : là où Jésus nous conduit, là est la vie en plénitude ».

« Entrer dans l’esprit de cette constitution »

Que doivent donc faire les cardinaux ? « Faire ce que Jésus fait quand il appelle les Douze », pour élire « celui qui sera le successeur de Pierre ».

Le cardinal soulignait combien la constitution apostolique a prévu le « détail » de ce que les cardinaux « doivent alors faire » pour élire le « pasteur du troupeau du Seigneur », qui est « l’évêque de Rome ». Il avoue lui-même ne pas avoir écouté ni radio ni télévisions ni lu les journaux, volontairement, depuis huit jours, pour « entrer dans l’esprit de ce que cette constitution nous demande ».

Les détails de ce texte montrent, souligne le cardinal, qu’il ne s’agit pas d’une élection au sens de l’élection d’un chef, d’un responsable politique ou économique, qui est choisi sur son programme, et entre différents candidats, ce qui fait que dans ce cas, « quelqu’un l’emporte sur l’autre », il y a « poly-polarité ou bi-polarité », et élection à la majorité plus une voix. Il faut accepter la règle du jeu, il y a un vainqueur et un vaincu. Il y a un arbitrage « en fonction rapport de forces ».

Or, le cardinal Lustiger cite trois éléments de la constitution qui manifeste combien l’élection de l’évêque de Rome s’inscrit dans un contexte différent, répond à des critères qui ne sont pas ceux de la « lutte » (« légitime ») de la vie politique.

La communion spirituelle

Tout d’abord, le fait que l’élection requière les deux tiers des suffrages – pendant les 32 premiers tours de scrutins-. Il s’agit d’un « processus de l’Eglise qui ne vise pas un consensus fondé sur des compromis » mais à « trouver ce que Dieu attend de nous dans la désignation de quelqu’un ». C’est la « communion », explique toujours le cardinal Lustiger, que cette précision « met en évidence ». Il s’agit, pour les « conclavistes » (« conclavisti », comme on les appelle en italien), de « reconnaître que celui pour qui nous votons est celui que nous jugeons le plus apte à servir Dieu en veillant sur le troupeau du Christ ».

C’est ainsi que la constitution apporte un « luxe de précisions pour préserver les cardinaux de toutes les pressions extérieures », insiste le cardinal, comme le fait que le bulletin, anonyme, où chacun inscrit le nom de celui qu’il veut comme pape, est ensuite brûlé. Ou comme le serment fait à haute voix : « Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu ».

Au moment de cet acte concret de voter, commente le cardinal Lustiger, « il nous est demandé de nous mettre devant Dieu, sans aucun autre calcul, mais avec cette conviction intime ».

Vie cloîtrée et liturgique

Le deuxième élément mis en valeur par le cardinal Lustiger est le lieu défini par Jean-Paul II pour toute élection de l’évêque de Rome : la chapelle Sixtine. Cela devient « obligatoire » avec cette constitution de 1996. C’est-à-dire, précise-il, que les cardinaux ont sous les yeux la fresque du Jugement dernier de Michel Ange, « comme pour rappeler à chacun la réalité de ce que nous sommes en train de faire ».

Troisième élément : le texte précise que pendant ces opérations de vote – 4 scrutins par jour avec un dépouillement scrupuleux - , les cardinaux sont en « habit de chœur », c’est-à-dire qu’il s’agit d’une « célébration liturgique ». Ils revêtent leur soutane rouge et le surplis : « Nous sommes dans une liturgie », insiste le cardinal Lustiger.

Il ajoute : « La vie cloîtrée que nous allons mener est une vie de prière et de silence. Nos échanges doivent tous être faits dans cette lumière ».

Le cardinaux font alors, souligne l’archevêque, ce que les Onze ont dû faire pour désigner Matthias dans les Actes des Apôtres ». Ils ont commencé « par une prière », choisissent des personnes qui ont été « témoins de la vie du Seigneur » et opèrent un tirage au sort.

L’Eglise entière qui intercède auprès de Dieu

Pourquoi prier pour un nom ?, interroge le cardinal Lustiger. « Parce que cela ne repose pas seulement sur nous ». Mais « nous n’attendons pas une illumination ou une vision – même si rien n’interdit au Seigneur de faire ce qu’Il veut- », « nous lui demandons de purifier notre intelligence de tout intérêt qui puisse obscurcir notre esprit, pour que nous puissions voir celui que Dieu voudra désigner : c’est nous qui votons, en toute conscience devant Dieu, il faut que les rumeurs, les bruits, les commentaires, soient purifiés par la volonté d’être disponibles à la vérité de Dieu ».

Or, ajoute le cardinal Lustiger, « cela dépend de la prière de toute l’Eglise, nous ne sommes que mandatés pour faire cet acte. Mais c’est l’Eglise entière qui intercède auprès de Dieu ».

Il précise : « Il ne faut pas se fier aux apparences, ni même au talent, il ne s’agit de rien d’autre que de la conviction intime ».

Et de citer les résultats d’élections précédentes, contre prédictions et prévisions : Jean XXIII devait être un pape « de transition », il a convoqué Vatican II, une chose qu’on ne pouvait pas imaginer. On n’avait pas non plus prévu, faisait observer le cardinal Lustiger, que Jean-Paul Ier allait être rappelé par le Seigneur après 33 jours. Et de Jean-Paul II nul ne savait « quel homme il allait être et comment il allait déployer les talents donnés par Dieu dans une vie si longue et si dramatique ».

C’est ainsi, souligne-t-il, que « Dieu inscrit dans la vie humaine une histoire sainte », dans la « liberté de l’offrande » de soi de qui « s’en remet à la puissance de Dieu » pour cette « tâche immense, surhumaine »
French Jean Paul II «un être totalement tourné vers le don»
Apr 05, 2005
Le cardinal émérite Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris, a rendu homme dimanche au pape Jean Paul II, «un être totalement tourné vers le don à «la stature sans proportion avec les grands leaders du monde».

(AP, 03.04.05) PARIS -- Proche du souverain pontife défunt, Jean-Marie Lustiger a exprimé sur LCI sa «tristesse de le voir partir et la paix de le savoir auprès du Dieu». «J'ai mesuré l'émotion mondiale que tous ressentent» après le décès du souverain pontife.

«C'est une chance inouie d'avoir pu être contemporain d'un homme de cette stature (...) Sa stature est sans proportion avec les grands leaders du monde», a estimé l'ancien archevêque de Paris. «Son arme, cela a été l'amour de la vérité. Il a osé, a été immensement libre et habité d'un amour immense des hommes».

Jean-Marie Lustiger a tenu à retenir l'image de Jean Paul II lors des Journées mondiales de la Jeunesse, en août 1997, à Paris, avec «le parc des Princes (qui) a été la note finale de son voyage, en disant: 'c'est cela l'avenir, le reste c'est la page du passé».

«Il avait une idée extraordinaire de la France», a ajouté le cardinal émérite, d'une voix très émue.

«Le pape Jean Paul II a été le témoin dans ce quart de siècle d'une force neuve, toute jeune que même les vieux chrétiens blasés, lassés, sceptiques, dégoûtés d'eux-mêmes n'arrivent pas à occulter, c'est la force de l'Evangile comme annonce d'espérance, c'est ce qu'il a dit», a-t-il expliqué.

«Il a entrepris le combat», mais «il ne faut pas croire qu'on résout les problèmes d'une civilisation en 25 ans», a souligné Mgr Lustiger qui était interrogé sur les 26 ans de pontificat de Jean Paul II.

Ce dernier ne parlait «jamais de sa mort» car «la mort n'est pas seulement l'événement tragique et inéluctable de la condition humaine», a-t-il expliqué. «L'homme est porteur de la vie».

Interrogé sur le conclave qui va élire le prochain pape et auquel il va participer, Mgr Lustiger a assuré qu'il n'a «pas d'idée préconçue» sur le prochain pape.

Il faut «que ce soit un homme, non pas sembable à Jean Paul II, mais qu'il ait la même qualité d'amour des hommes et de la vérité» et qui ait du courage et de la force».

«Je ne m'attacherai ni à la nationalité, ni aux facteurs représentatifs», a assuré le cardinal émérite Lustiger. «Il faut l'homme qu'il faut et que Dieu veut».

Quant à sa possible élection, Mgr Lustiger a répondu que «c'est impossible».
French L’amitié entre la France et la Côte d’Ivoire, un bien très précieux
Apr 05, 2005
"L’amitié entre la France et la Côte d’Ivoire est un bien si précieux que nous devons tout faire pour le préserver", déclare le cardinal archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger qui a adressé une lettre au cardinal Bernard Agré, archevêque d’Abidjan, le 11 novembre (cf. ci-dessous , texte de la lettre). Dimanche prochain, le cardinal Lustiger célébrera une messe pour la paix en Côte d’Ivoire en la cathédrale Notre-Dame de Paris, à 18 h 30.

CITE DU VATICAN, Vendredi 12 novembre 2004 (ZENIT.org) – Le cardinal Lustiger rappelle sa récente visite - en 2002 - aux catholiques ivoiriens, et l’importance de "l’amitié entre la France et la Côte d’Ivoire (qui) est un bien si précieux que nous devons tout faire pour le préserver".

"En ce 11 novembre, jour anniversaire de la fin de la première guerre mondiale, je pense aux Africains morts au champ d’honneur en combattant pour la France", écrit le cardinal Lustiger, avant d’inviter le cardinal Agré à prier en communion avec lui dimanche 14 novembre, pour la paix en Côte d’Ivoire.

Voici la lettre du card. Lustiger au cardinal Agré :

Eminence, cher frère et ami,

Les nouvelles dramatiques qui proviennent de votre pays bouleversent tous les amis de la Côte d’Ivoire.

Vous savez combien, comme Archevêque de Paris, je me sens proche de vous et des évêques de Côte d’Ivoire, des catholiques dont vous êtes les Pasteurs, et plus largement de tous ceux qui vivent dans votre pays.

Je garde un souvenir particulièrement marquant du pèlerinage que vous m’avez invité à faire en Côte d’Ivoire en janvier 2002. La chaleur de l’accueil que vous m’avez réservé, la ferveur des foules avec lesquelles j’ai eu la joie de prier, les espoirs de réconciliation et de paix qui habitaient alors tous les cœurs, ne se sont pas effacés de ma mémoire.

En ce 11 novembre, jour anniversaire de la fin de la première guerre mondiale, je pense aux Africains morts au champ d’honneur en combattant pour la France. Je pense surtout aux drames en cascade que suscite toute guerre. Et je rends grâce à Dieu pour la longue et patiente réconciliation entre la France et l’Allemagne qui nous donne de vivre aujourd’hui en frères et manifeste que la paix est possible.

L’amitié entre la France et la Côte d’Ivoire est un bien si précieux que nous devons tout faire pour le préserver. Nous qui sommes frères dans le Christ, nous savons qu’Il est notre unité et notre paix. Je demande à Dieu de nous aider à faire triompher cette paix sur la violence, la haine, les passions de toutes sortes.

Dimanche prochain, je célèbrerai la messe de 18h30 à Notre-Dame de Paris pour la paix en Côte d’Ivoire. Dans ce haut lieu de l’histoire de France, où j’ai eu la joie de vous accueillir à plusieurs reprises, je supplierai Dieu, en communion avec vous, de désarmer les esprits et les cœurs pour que votre pays retrouve la paix.

Soyez assuré, Eminence, cher frère et ami, de ma profonde communion avec vous en ces jours d’épreuve pour la Côte d’Ivoire et de ma fidèle affection dans le Christ.

+ Jean-Marie Cardinal LUSTIGER
Archevêque de Paris
French Etats-Unis : Catholiques et Juifs, le temps des actions communes
Mar 21, 2005
Le symposium 'Alliance de l'Espoir' a réuni des évêques et des rabbins du monde entier à New York. Le Cardinal Danneels faisait partie de la délégation catholique, menée par le cardinal Lustiger, indique l’agence catholique belge « CathoBel » (http://www.cathobel.be).

CITE DU VATICAN, Jeudi 10 mars 2005 (ZENIT.org) – Du 28 février au 1er mars 2005, plus de 40 rabbins, cardinaux et évêques catholiques se sont rencontrés à New York à l'invitation du président du 'Congrès Juif Mondial', le rabbin Israël Singer.

En compagnie du cardinal Lustiger, alors archevêque de Paris, celui-ci avait initié le symposium en janvier 2004. Les catholiques étaient notamment représenté par le cardinal Walter Kasper, président du conseil pontifical pour les relations avec les juifs, des évêques et de cardinaux européens (dont le Godfried Danneels, Archevêque de Malines-Bruxelles), mais aussi africains, asiatiques et latino-américains.

Objectifs ? Démontrer que « plus jamais les religions ne doivent servir la guerre » et passer de la réconciliation et du dialogue aux actions communes. Pour preuves de ces actions concrètes, les participants ont notamment présentés les centres alimentaires en Argentine et au Brésil destinés aux plus démunis et co-dirigés par des prêtres et des rabbins ou encore des initiatives conjointes en Afrique pour procurer des soins aux malades du sida.

« Plus jamais les religions ne doivent servir la guerre », soulignait le communiqué d'ouverture du Symposium 'Alliance de l'Espoir', qui s'est déroulé au 'Museum of Jewish Heritage' (Musée de l'héritage juif) de New York, les 28 février et 1er mars 2005. À l'initiative conjointe de Mgr Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris, et du rabbin Israël Singer, président du Congrès juif mondial, une quarantaine de hautes autorités de l'Église catholique - cardinaux et évêques - et des rabbins orthodoxes et ultra-orthodoxes venus du monde entier y étaient réunis.

Il s'agissait en fait de la seconde rencontre du genre, la première ayant eu lieu début 2004 (Voir à ce sujet article CathoBel du 23 janvier 2004). Une dizaine de cardinaux et archevêques catholiques venus des États-Unis et d'Europe, des rabbins et intellectuels juifs y étaient réunis pour « approfondir le dialogue judéo-catholique ». « Nous, catholiques et juifs conscients de nos différences, tenons à dire que notre fraternité est plus forte que ce qui nous sépare », déclaraient alors les participants. Après cette phase de « discussion » les participants de cette année, plus nombreux, ont mis l'accent sur les actions communes concrètes.

Outre le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour les relations avec les juifs, qui en a profité pour visiter, pour la première fois, des yeshivot (universités juives), des évêques et de cardinaux européens faisaient partie de la délégation catholique. Parmi ceux-ci, le Cardinal Godfried Danneels, Archevêque de Malines-Bruxelles, le Cardinal Claudio Humes, archevêque de Sao Paulo (Brésil), Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux (France) et le Cardinal Theodor McCarrick, archevêque de Washington (USA). Cette année, les Églises africaines, asiatiques et latino-américaines étaient également représentées. « La relation entre Israël et le christianisme concerne tous les continents. Pas seulement l'Europe, les Etats-Unis et Israël », ont indiqué les participants.

Collaboration de terrain

« Nous voulons faire une Alliance de l'espoir qui n'est dirigée contre personne, mais adresse un appel à tous les leaders religieux, d'abord aux leaders musulmans, afin que les religions ne servent plus la guerre, mais l'espoir et la paix », affirmait le communiqué du Symposium.

Le cardinal Claudio Hummes y a exprimé le souhait qu'il n'y ait « plus jamais l'ombre d'une expression antisémite dans les prédications et les enseignements des Églises ». Il a ainsi qualifié d'exemplaire le soutien que les communautés juive et catholique du Brésil se sont données pour éviter tout dérapage antisémite au moment de la sortie du film La Passion du Christ, de Mel Gibson

« Entre juifs et catholiques, nous n'en sommes plus au stade du rapprochement, mais à la mise en œuvre d'actions communes », a déclaré le Père Patrick Desbois, secrétaire du comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme, l'une des chevilles ouvrières de cette rencontre internationale.

Parmi les actions déjà menées figurent des centres alimentaires en Argentine et au Brésil destinés aux plus démunis et co-dirigés par des prêtres et des rabbins ; des initiatives conjointes en Afrique pour procurer des soins aux malades du sida, ou encore la recherche des fosses communes des victimes juives des 'Einsatzgruppen' nazis en Ukraine pendant la dernière guerre, sous l'égide d'une fondation judéo-catholique.

Hommage à Jean-Paul II

En ouvrant les travaux, le rabbin Israël Singer a appelé les participants à prier, « chacun selon sa tradition », « pour que le pape recouvre une bonne santé ». Il a ensuite rendu hommage à Jean Paul II devant l'ensemble des participants. De l'avis général, ce rapprochement spectaculaire entre juifs et catholiques avait été rendu possible par le pape, lorsqu'il avait glissé une prière dans le Mur des Lamentations lors de son voyage en Terre Sainte en mars 2000.

Le cardinal Lustiger a par ailleurs fait remarqué que c'était la première fois que tant de responsables catholiques étaient réunis avec autant d'autorités rabbiniques orthodoxes. « Jamais ça n'a eu lieu et nous devons réfléchir pour comprendre comment une telle nouveauté est possible ».
French La dernière messe à Notre-Dame en tant qu'archevêque de Paris
Feb 23, 2005
Hier soir dans la cathédrale Notre-Dame, le cardinal Jean-Marie Lustiger a célébré une dernière messe solennelle comme archevêque de Paris. Il était entouré par plus de trois mille fidèles de son diocèse et d'ailleurs, par ceux qui ont été ses évêques auxiliaires, par des dizaines de représentants du clergé parisien, mais aussi par de nombreux représentants de la société civile, des Eglises chrétiennes et des autres religions.

(Le Figaro, 21 février 2005) Bernadette Chirac ainsi que Jean-Pierre Raffarin et son épouse ont également assisté à cet office, non loin de l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse.

Remontant la nef, sa crosse d'évêque en main, le cardinal était visiblement ému alors que les grandes orgues envahissaient la cathédrale, accompagnées du choeur de la maîtrise Notre-Dame de Paris.

C'est un chapitre de vingt-quatre années parisiennes d'apostolat, de mission, de dialogue, de labeur et de détermination passionnée qui s'est clos avec cette célébration. Durant un quart de siècle, la messe du dimanche soir à 18 h 30 avec le cardinal Lustiger était un rendez-vous fixe qui remplissait la cathédrale de paroissiens, mais aussi de tous ceux qui souhaitaient entendre les célèbres prêches, bien souvent improvisés.

«Je ne vais pas pleurer!» a-t-il prévenu sur le ton de la plaisanterie dans son mot d'accueil. «Mais je suis extrêmement touché quand je pense à tous ces visages rencontrés, à tant de détresse, de souffrance, de joie et de grandeur.» «Bien des épreuves vous attendent dans cette ville, ce pays et ce continent», a-t-il prévenu. «Mais j'espère, je suis persuadé, que la réserve d'amour formée par Dieu à travers vous, produira un nouveau printemps de la charité véritable.»

«La mission qui m'a été confiée, analysait le cardinal Lustiger hier dans Le Journal du dimanche, dépasse les forces d'un homme et sa durée de vie!» Son successeur, Mgr André Vingt-Trois, en est convaincu. Après sa nomination, il affirmait au Figaro «ne pas être sûr d'être encore bien réveillé». A «l'enfant de la Montagne-Sainte-Geneviève», et qui a été son bras droit durant dix-huit ans, le cardinal donne un conseil qui ne sera pas si facile à suivre : «Ne pas s'inquiéter de son prédécesseur» et «être lui-même». Il lui transmet ainsi les paroles qui lui avaient été dites par le cardinal Marty en 1981, «n'ayez pas peur, Dieu vous guidera».

A la fin de la cérémonie, une religieuse, un journaliste, un prêtre et un diacre permanent sont venus témoigner de leur proximité avec le cardinal. Un pass aérien valable deux ans pour toutes les destinations de son choix lui a été offert. Sans se départir de son sens de l'humour, le cardinal en a conclu : «si je comprends bien, vous m'envoyez promener!»

Parmi les fidèles venus lui rendre hommage, se trouvait un jeune ménage d'origine toulousaine, Bruce et Laetitia, fraîchement arrivés à Paris après quelques années passées à Rome. «Le cardinal Lustiger fait partie de mon environnement religieux depuis toujours, explique Laetitia. Il est bien plus que l'archevêque de Paris. C'est une figure nationale et internationale, proche de Jean-Paul II.» Son rapport avec la société et avec les jeunes l'impressionne particulièrement. «Le dialogue est toujours vif, il ne mâche pas ses mots, il tranche, son expression est directe, sans ambiguïté.» «On sent qu'il force sur sa santé, comme le Pape, ajoute-t-elle. C'est admirable de tenir ainsi. Sa vieillesse lui donne une véritable sagesse.»

Cette sagesse, Jean-Paul II ne s'en privera pas de sitôt. Le Pape lui confiera, sans doute sans tarder, de nouvelles missions de représentations et continuera à compter sur son rôle de conseiller dans les nombreux dicastères de la Curie romaine dont il est membre. Le cardinal Jean-Marie Lustiger s'est dit «disponible à toutes les missions que le Pape voudra (lui) confier».
French Mgr Lustiger a célébré sa dernière messe du dimanche à Notre-Dame-de-Paris
Feb 23, 2005
Le cardinal-archevêque de Paris, Mgr Jean-Marie Lustiger, a célébré dimanche soir à Notre-Dame-de-Paris sa dernière messe dominicale avant sa retraite, à laquelle ont assisté environ 3.000 fidèles dont Bernadette Chirac et Jean-Pierre Raffarin, a constaté une journaliste de l'AFP.

(AFP, 20 fév 2005) Paris - Le prélat, âgé de 78 ans, est arrivé sous les acclamations des fidèles, un fait rarissime. Il a salué personnellement l'épouse du président de la République, le premier ministre et l'épouse de ce dernier, Anne-Marie Raffarin, tous trois installés au premier rang.

Dans la cathédrale pleine à craquer avaient pris place de nombreuses personnalités de tous horizons, comme l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse, l'historien René Rémond ou l'ancien maire de Paris Jean Tiberi.

Jean-Marie Lustiger, qui a été archevêque de Paris durant 24 ans, a débuté la messe par un mot d'accueil: "Quand je pense à tous ces visages rencontrés, à tant de détresse, de souffrance, de joie et de grandeur, en vérité ce passé nous tourne vers l'avenir, votre avenir".

"Avec ce que j'ai dans les yeux et dans le coeur ces jours-ci, je pense surtout aux années qui viennent", a-t-il poursuivi, visiblement très ému. "Bien des épreuves vous attendent dans cette ville, ce pays et ce continent. Mais ce que je sais avec une certitude inébranlable, c'est que tous ceux qui ont travaillé pour le Christ et leurs prochains, forment une réserve d'amour qui (...) va produire un nouveau printemps de la charité véritable".

Dans son homélie, le cardinal a insisté sur le baptême, une question qui lui est particulièrement sensible, lui qui vient d'une famille juive et a été baptisé à l'âge de 14 ans : "Baptisés vous ne l'êtes pas par hasard (...), mais parce que c'est le choix de Dieu. Il n'y a aucun orgueil, aucun mérite à en tirer, c'est une grâce et une joie et il est très triste de le vivre comme une servitude".

Avant la bénédiction finale, quatre proches sont venus lui rendre un hommage public, soutenus par plusieurs salves d'applaudissements. Ils ont remis, de la part du diocèse de Paris, un billet d'avion valable pour voyager autant qu'il le souhaite à travers le monde pendant deux ans.

"Si j'ai bien compris, vous m'envoyez promener", a plaisanté le cardinal manifestement touché, qui a remercié ensuite tous ceux qui l'ont entouré. "Je demande pardon pour toutes les blessures, toujours involontaires que j'ai pu infliger", a-t-il déclaré avant de clore sa dernière célébration eucharistique par un hymne à la Vierge.
French Le cardinal Lustiger «bouleversé» à l'heure de célébrer sa dernière messe comme archevêque de Paris
Feb 21, 2005
Le cardinal Jean-Marie Lustiger, qui va laisser sa place à Mgr André Vingt-Trois à la tête de l'archevêché de Paris le 5 mars prochain, se dit «bouleversé par l'amitié que tant de gens» lui témoignent à l'heure de célébrer sa dernière messe dimanche en la cathédrale Notre-Dame de Paris.

PARIS (AP, 19.02.05) -- Les gens «me remercient. Mais moi, je sais que c'est Dieu qui a agi pendant ce quart de siècle», souligne le cardinal, archevêque de Paris depuis 1981, dans un entretien au «Journal du dimanche». «Je voudrais pouvoir revenir dans 30 ans pour savoir comment les choses auront tourné, car aujourd'hui je suis plein d'espérance pour l'avenir en voyant la foi et la charité de tant de gens».

«Je voudrais que les chrétiens continuent de partager le trésor qui leur a été remis», ajoute-t-il. «Ce trésor, c'est l'Evangile».

A la question de savoir quel conseil il donnerait à son successeur, le cardinal Lustiger âgé de 78 ans répond qu'il conseille à Mgr Vingt-Trois, actuel archevêque de Tours, «de ne pas s'inquiéter de son prédécesseur et d'être lui-même! Je lui répèterai la recommandation que m'a confiée le cardinal Marty à son départ: 'Soyez vous-même, n'ayez pas peur, Dieu vous guidera».

Interrogé sur ses souvenirs et ses regrets, celui qui se décrit comme un «témoin émerveillé de la vitalité de l'Eglise à Paris» dit ne pas avoir «de meilleur souvenir» mais des «centaines, des milliers de meilleurs souvenirs». Et de souligner: «Ai-je toujours bien agi? Certainement pas. Que Dieu me pardonne...»

Après avoir quitté ses fonctions d'archevêque de Paris, le cardinal Lustiger souligne qu'à la mesure de ses forces et «selon ce que l'Eglise (lui) demandera», il continuera «son ministère». «Je demeure cardinal, dit-il, c'est-à-dire que je reste disponible à toutes les missions que le pape voudra me donner».
French Le cardinal Lustiger, un artisan du rapprochement avec le judaïsme
Feb 14, 2005
Le cardinal Jean-Marie Lustiger, figure la plus marquante de l'Eglise de France, qui vient de laisser les rênes de l'archevêché de Paris à Mgr André Vingt-Trois, restera comme l'un des artisans du rapprochement entre juifs et chrétiens.

(AFP, 11-2-2005) Distingué dès 1979 par le tout nouveau pape Jean Paul II qui le nomme évêque d'Orléans puis archevêque de Paris en 1981, Jean-Marie Lustiger, l'enfant juif converti au catholicisme à 14 ans, qui n'est pas issu des filières traditionnelles de l'épiscopat français, a aidé le pape à aller très loin dans le réchauffement des rapports de l'Eglise et du judaïsme.

Il a d'abord utilisé toute sa diligence auprès de Mgr Ducourtray, alors évêque de Lyon, pour aider à un dénouement heureux dans l'affaire du carmel d'Auschwitz où l'épiscopat polonais était passablement empêtré, rappelle Henri Madelin, jésuite et ancien directeur de la revue "Etudes".

Il a également accompagné le pape dans son cheminement vers une réconciliation avec le judaïsme, qui l'a mené à Yad Vashem et au mur du Temple à Jérusalem en l'an 2000. Le souverain pontife y avait reconnu la dette des chrétiens envers leurs "frères aînés".

Son histoire singulière et sa familiarité avec le pape lui ont donné, pendant 24 ans, une place privilégiée dans l'Eglise de France. Ce qui n'allait pas de soi, puisque le "chef" de l'Eglise de France est statutairement le président de la conférence épiscopale, élu par ses pairs, les autres évêques.

De nombreux catholiques lui savent gré d'avoir sorti le diocèse de Paris d'une certaine "sinistrose" et d'avoir changé l'image du sacerdoce.

Aux antipodes de thèmes modernistes comme les prêtres ouvriers, l'ordination des femmes ou le mariage des prêtres, Mgr Lustiger, 78 ans, s'est inscrit dans un courant à la piété plutôt traditionnelle, qui est aussi celui de Jean Paul II.

Il a repensé la formation des prêtres, soulignant que si l'Eglise voulait contrer l'hémorragie des vocations ecclésiastiques en cours dans les années 1970, il fallait revaloriser la spiritualité. A cette fin, il a crée la maison Saint-Augustin, véritable classe préparatoire pour éprouver la foi des nouveaux prêtres.

Très habité par l'idée que les grandes métropoles, et en particulier Paris, doivent être le point de départ d'une "nouvelle évangélisation" adaptée à la modernité, il a beaucoup oeuvré auprès de la jeunesse avec le point culminant des JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) en 1997.

Il s'est aussi appuyé sur la vague des mouvements charismatiques qui, comme la Communauté de l'Emmanuel, mêlent clercs et laïcs pour reconquérir une société largement déchristiannisée. On ne compte plus en France qu'environ 12% de catholiques pratiquants.

De même qu'il a créé "son" séminaire, Mgr Lustiger a fondé "sa" radio, "radio Notre-Dame" et "sa" télévision, KTO. De même, il a développé l'"Ecole Cathédrale" pour former à la théologie les clercs mais aussi des laïcs. Certains y voient une tentative faite pour contrebalancer l'influence de l'Institut catholique.

Mgr Lustiger a enfin aidé au rapprochement de l'Eglise avec l'Etat français en instaurant, avec Lionel Jospin, alors Premier ministre, le principe de rencontres régulières entre l'Eglise de France et le gouvernement.

Mais sa conception très personnelle des choses n'est pas allée sans bousculer certaines sensibilités, de nombreux catholiques souhaitant même que "le jeu se calme pastoralement".
French Message du cardinal Lustiger aux catholiques de Paris
Feb 14, 2005
« Je tiens à vous dire ma profonde et forte espérance pour l'avenir de l'Eglise », explique le cardinal Jean-Marie Lustiger, dans ce Message aux catholiques de Paris, à l’occasion de l’acceptation de sa démission de la charge pastorale du diocèse de Paris par le pape Jean-Paul II (11 février 2005).

Chers amis,

Ce vendredi à midi, la décision du Pape de nommer archevêque de Paris Mgr Vingt-Trois a été rendue publique. Il y a trois ans et demi, ayant atteint mes soixante-quinze ans, j'ai remis ma charge, comme je le devais, entre les mains du Pape. C'est vous dire que le Saint Père a voulu prendre tout le temps qui lui semblait nécessaire pour réfléchir, prier et désigner le nouvel archevêque de Paris.

Vous connaissez déjà Mgr André Vingt-Trois. Prêtre de Paris, il y a exercé son ministère sacerdotal et épiscopal. Si j'ai pu me vanter d'avoir passé mon enfance sur deux collines parisiennes, Montmartre et Montparnasse, il peut, lui, se vanter d'être un enfant de la Montagne Sainte Geneviève. Son ministère d'archevêque de Tours durant cinq années a enrichi son expérience. Professeur de théologie morale au séminaire d'Issy-les-Moulineaux une petite dizaine d'années, il n'a cessé par la suite de réfléchir aux problèmes éthiques de notre civilisation. Evêque, il a été élu par l'Assemblée des évêques de France président de la Commission épiscopale de la famille et nommé par le Pape membre du Conseil pontifical pour la famille.

Mgr André Vingt-Trois commencera sa mission le samedi 5 mars 2005, au cours de la messe qu'il présidera, à 18h30 à Notre-Dame de Paris. Selon le droit de l'Église, il présentera alors publiquement au Collège des consulteurs la lettre par laquelle le Pape l'a nommé. Jean-Paul II a voulu à nouveau, comme il l'avait fait pour moi-même il y a vingt-quatre ans, nommer archevêque un parisien qui connaisse l’Eglise de Paris et qui en soit connu ; je m’en réjouis vivement.

Jusqu'au 5 mars, je demeure responsable du diocèse de Paris dont le Pape me nomme administrateur apostolique. Je présiderai encore la messe à Notre-Dame de Paris les dimanches 13 et 20 février, à 18h30.

Je tiens à vous dire ma profonde et forte espérance pour l'avenir de l'Eglise, tout particulièrement à Paris. Au cours de la Semaine de la Toussaint 2004, nous avons vu et entendu combien la parole du Christ peut retentir dans le cœur et l'esprit de nos contemporains. Cet événement me semble le début d’une nouvelle étape de l’évangélisation de la capitale. En des temps incertains pour l'évolution de la société, nous portons « une espérance qui ne déçoit pas » (Rm 5, 5). Ce sera le thème de la lettre que je compte vous écrire.

Vous dire mon amitié et ma prière est bien peu de chose au regard des sentiments qui m'habitent. Merci de votre prière. Je vous confie tous à l’intercession de Notre-Dame de Paris. Que le Seigneur vous accorde à tous sa bénédiction.

+ Jean-Marie cardinal LUSTIGER
Archevêque de Paris

À Paris le 11 février 2005
en la fête de Notre-Dame de Lourdes
French Jean-Pierre Raffarin salue la «personnalité exceptionnelle» du cardinal Lustiger
Feb 14, 2005
Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a salué vendredi la «personnalité exceptionnelle» du cardinal Jean-Marie Lustiger qui va être remplacé en mars par Mgr André Vingt-Trois à la tête de l'archevêché de Paris.

PARIS (AP) 11.02.05 -- «Figure éminente de l'église, le cardinal Lustiger a été un interlocuteur particulièrement apprécié des Pouvoirs publics», souligne le chef du gouvernement dans un communiqué. «Sa rigueur et son exigence intellectuelles ont joué un rôle majeur dans la mise en oeuvre du dialogue institutionnel entre l'église et les pouvoirs publics».
English Cardinal Lustiger Retires
Feb 11, 2005
Cardinal Jean-Marie Lustiger, a confidant of Pope John Paul II and a Jewish convert to Catholicism who lost his mother at Auschwitz, has retired as archbishop of Paris at age 78, the Vatican announced Friday.

(Associated Press, Feb. 11, 2005) VATICAN CITY - The pope appointed Archbishop Andre Vingt-Trois of Tours as Lustiger's successor in the French capital.

The Vatican said the pope accepted Lustiger's resignation, which was handed in due to Lustiger's age. The French prelate was already serving three years beyond the normal retirement age for bishops.

Lustiger remains a cardinal, however, and can still vote in any papal conclave until he turns 80.

He recently waded into the debate about John Paul's health and future as pope, saying that the rules of the church allow for the 84-year-old pontiff to step down.

"He can resign, and it's a question of his conscience," Lustiger said.

"The pope must do what he thinks to be the will of God to accomplish his mission," Lustiger told a French radio station this week. But Lustiger also noted that the pope's forbearance in the face of his ailments was an important symbol for Roman Catholics.

Lustiger headed the Paris Archdiocese for 24 years.

On Jan. 27, he represented John Paul at commemoration ceremonies for the 60th anniversary of the liberation of Auschwitz. Between 1 million and 1.5 million prisoners - most of them Jews - were killed in gas chambers at the camp in Poland or died of starvation and disease.

As a teenager, Lustiger went into hiding from the Nazis in Orleans, south of Paris. There, Lustiger, who was not a practicing Jew, converted to Catholicism in 1940 at the age of 14.

While Lustiger's father brought the children to safety, his mother stayed behind in Paris to tend to the family hosiery shop. She was rounded up by the Nazi occupying forces, who sent her first to the Drancy transit camp outside Paris and then on to Auschwitz.

Before leaving Paris last month to represent the pope at the Auschwitz ceremonies, Lustiger spoke of how difficult it was for him to carry out the mission. He had visited the death camp once before, in the 1980s.

"I don't want to return, because it is a place of death and destruction," Lustiger told reporters before his trip. "If I am going, it is because the pope asked me."

Lustiger was ordained a priest in 1954. Despite his atypical background, he rose through the church hierarchy to become the public face of Catholicism in France.

Vingt-Trois, 62, was an auxiliary bishop in Paris when he was appointed to Tours in 1999.

Vingt-Trois told reporters in Paris he was "touched that the pope puts his confidence in me" and acknowledged that Lustiger would be a tough act to follow.

"Cardinal Lustiger has a personal dimension that is absolutely exceptional, because of his personal history, and because of his personality, of his talents, his qualities, his dynamism, his motivation," he said.

"I think it is very difficult to succeed Cardinal Lustiger. I do not have his personal qualities - and I do not intend to do as if I had them."
Spanish Cardenal aclara que el Papa no necesita parecer Schwarzenegger o Superman
Feb 11, 2005
El Papa no necesita ser como Arnold Schwarzenegger, el gobernador de California, y parecer un Superman que gobierna la Iglesia'''', declaró el miércoles el arzobispo de París, el cardenal Jean Marie Lustiger, a la radio privada RTL.

(Afp, 10 de Febrero de 2005) El responsable de la iglesia francesa estimó que el ''''trabajo del Papa es poner en práctica las palabras de Jesucristo''''.

''''El está mostrando y viviendo de forma personal lo que todo cristiano está llamado a vivir. Y nos da el ejemplo de algo que, en mi opinión, ha sido entendido por mucha gente'''', añadió.

Sobre la posibilidad de que Juan Pablo II dimita, monseñor Lustiger se limitó a considerar que ''''hay reglas muy estrictas y precisas, como si se tratara de un código jurídico''''.

Según el arzobispo de París, la enfermedad del Papa no ''''daña sus facultades mentales (...) Tenemos un hombre con dificultades físicas dirigiendo la Iglesia.

El nos muestra que esta debilidad puede ser un signo de fuerza y ésta es una parte del mensaje cristiano'''', concluyó.
French Le cardinal Lustiger parle de la Shoah
Jan 28, 2005
L’archevêque de Paris représentera Jean-Paul II aux commémorations de la libération du camp d’Auschwitz. Il s’est expliqué sur le sens de cette «mission»

Le cardinal Lustiger ne voulait plus retourner à Auschwitz. Lui qui s’y était rendu en 1983, en compagnie de Mgr Albert Decourtray, ancien archevêque de Lyon, ne souhaitait plus revenir sur «ce lieu de mort». Là même où sa mère, et plus d’une trentaine de membres de sa famille paternelle, ont été assassinés.

À Auschwitz pourtant, l’archevêque de Paris sera bien présent, jeudi 27 janvier. Parce que «le Pape le lui a demandé». Parce qu’il doit le représenter aux commémorations du 60e anniversaire de la libération du camp d’extermination. C’est ainsi que Jean-Marie Lustiger situe le cadre de ce qu’il appelle sa «mission».

Il ne se rendra pas à Auschwitz à titre personnel – «je ne suis pas un ancien déporté», glisse-t-il avec pudeur, «même si je fais partie de ceux qui auraient dû, auraient pu être embarqués» – mais comme responsable, avec d’autres, des hommes croyants et des hommes incroyants. Par devoir. Pour «qu’on ne se trompe pas sur l’importance de cet anniversaire».

Mgr Lustiger veut souligner la portée universelle de la Shoah
Dès vendredi 21 janvier, devant quelques journalistes, il s’est attelé à ce travail d’explicitation et de mémoire. L’archevêque de Paris a déjà plus d’une fois évoqué la singularité de la Shoah, mais cette fois-ci, c’est sa portée universelle qu’il a tenu à souligner.

Face à «au moins trois entreprises de falsification de la réalité de l’extermination» – la première par les nazis eux-mêmes, la seconde par le régime stalinien, et la troisième par les révisionnistes occidentaux –, il lui paraît urgent de bien prendre la mesure de l’événement, pour l’humanité tout entière. La Shoah est certes d’abord l’affaire du peuple juif, estime-t-il. Mais elle est aussi celle des bourreaux. Et au-delà encore, elle concerne «l’ensemble de l’humanité».

La Shoah, c’est «l’extermination technique, moderne, délibérée d’un peuple, souligne le cardinal. Elle est le symptôme décisif, singulier, unique en son genre, de ce qu’est capable de faire l’humanité, quand elle déraisonne et met au service de la folie sa puissance.» La Shoah montre jusqu’où peut aller la folie humaine, et il faut que les générations à venir soient éduquées à cette responsabilité. Non comme une culpabilité, mais comme une «mise en garde».

À son ton devenu brusquement plus grave, on sent combien la question préoccupe le cardinal : «Comment graver dans les consciences des générations à venir qu’ils ont à gérer leur liberté pour qu’elle ne soit pas folle ?», s’interroge-t-il.

Universelle, la Shoah l’est aussi par ceux qu’elle a voulu exterminer, poursuit Mgr Lustiger : il n’y a aucune explication sociale, économique, démographique, culturelle à une telle volonté de supprimer le peuple juif. Si ce peuple a été tué, développe Mgr Lustiger reprenant là une idée qui lui est chère, c’est parce qu’il est porteur de cette loi morale fondamentale que sont les dix commandements (les droits de l’homme). C’est en ce qu’il est porteur de l’idée d’une transcendance que l’athéisme peut nier «mais dont toute personne humaine de la civilisation occidentale porte la trace, ne serait-ce que dans son histoire».

On a voulu «tuer le messager pour supprimer le message»
La loi nazie était une loi de prétention divine, analyse l’archevêque de Paris. Avec le peuple juif, il «s’agissait de tuer le témoin». De «tuer le messager pour supprimer le message». En cela aussi, la portée d’Auschwitz est universelle, conclut le cardinal : « Auschwitz dévoile ce que nous refusons de voir dans tous les malheurs, toutes les tragédies humaines, les massacres et les guerres : tous relèvent du même mépris de l’homme. Cet homme qui est, pour les croyants, l’image de la représentation de Dieu.»

Et ici, la Shoah peut servir de clé de lecture pour lire les autres événements qui touchent l’homme, souligne Jean-Marie Lustiger. Elle reste, par sa dimension religieuse et technique, à la cime des destructions humaines, l’événement qui permet de voir le défi posé à l’humanité. Avec la disparition progressive des derniers témoins, observe encore le responsable du diocèse de Paris, «nous allons passer du souvenir à l’histoire».

Il y a urgence à comprendre cette histoire, estime le cardinal. D’où l’utilité de tous ces témoignages de rescapés dont sont emplis les journaux depuis une semaine. D’où l’importance, aux yeux du cardinal, de la commémoration du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz.
French Le témoignage du cardinal Lustiger sur son enfance, le nazisme et sa conversion
Jan 22, 2005
Le correspondant du « Yediot Aharonot » („Dernières Nouvelles“) à Paris, Sefi Endler, consacre trois pleines pages du supplément hebdomadaire du journal au cardinal de Paris, Jean-Marie Lustiger, qui représentera le Vatican, jeudi, à Auschwitz, lors des cérémonies qui marqueront le 60e anniversaire de la libération du camp.

(proche-orient, 21 janvier 2005) Le journaliste rappelle aux lecteurs du « Yediot Aharonot » que le cardinal Lustiger est né Aaron Lustiger. Il s'est converti au catholicisme à l'âge de 14 ans, durant la guerre, peu de temps avant que sa mère ne soit massacrée à Auschwitz.

Endler précise que c'est le pape qui a demandé au cardinal de le représenter à Auschwitz : « j'ai hésité, explique le cardinal. J'ai dit au pape qu'il m'était difficile de me rendre à Auschwitz. Je n'aime pas m'y rendre. J'y suis déjà allé pour la simple raison que beaucoup de gens ne comprenaient pas que je n'y aille pas. Je n'ai aucune joie à y retourner. Ma mère y a été tuée ainsi que toute la famille de mon père. Mais j'ai finalement accepté la mission du pape parce que j'estime que c'est mon devoir. Je pense que le pape m'a désigné afin de rendre hommage aux victimes et au peuple juif. Je voudrais que les Israéliens comprennent mon voyage à Auschwitz comme celui du représentant du pape, celui d'un juif, celui du fils d'un rescapé, celui d'un orphelin, mais aussi celui du représentant du christianisme. »

Sefi Endler précise qu'Aaron Lustiger a choisi de se convertir au christianisme contre l'avis de ses parents et de sa famille. Le journaliste précise que le cardinal se souvient encore du yddish que parlaient ses parents, émigrés de Pologne, à la maison : « mes parents ne voulaient pas que nous parlions yddish et, entre nous, nous parlions français, mais eux parlaient yddish et les sons de cette langue me reviennent encore. J'ai toujours su que j'étais juif. À l'école, des gosses m'ont frappé et cassé le nez parce que j'étais juif. Certains me traitaient de sale juif. Je savais qu'être juif avait une signification particulière. »
Le cardinal Lustiger raconte ensuite son séjour en Allemagne, à l'âge de 10 ans, en 1936, dans une famille allemande anti-nazie dont les enfants fréquentaient pourtant les Hitlerjungen. « Mon père a obtenu son passeport français et il en était très fier. Il disait qu'avec ce passeport, plus rien ne pouvait lui arriver, mais je sentais ce qui allait arriver. Je savais ce que les nazis préparaient. »

Le cardinal Lustiger raconte que ses parents ne souhaitaient pas qu'il se cache pour échapper aux nazis dans un premier temps puis se sont résignés à cette idée en l'envoyant à Orléans. Dans une lettre, il leur écrit : « je ne passe pas à l'ennemi : je reste juif. » C'est pourtant à Orléans qu'Aaron sera baptisé Jean-Marie. Aujourd'hui, 64 ans plus tard, il précise toutefois qu'il n'a jamais renoncé à son prénom hébraïque, celui que portait son grand-père.

Sefi Endler a le sentiment que l'histoire de la conversion renferme une douleur personnelle pour le cardinal, douleur également pour sa famille. Il cite la rencontre, organisée après la guerre, entre Jean-Marie, son père, Charles Lustiger, le rabbin Jacob Kaplan et un curé qui défendait les juifs, rencontre au cours de laquelle Jean-Marie devait dire s'il avait été contraint de se convertir ou s'il l'avait fait de son plein gré. C'est à cette occasion qu'il a annoncé à son père qu'il restait dans l'Église.

Enfin, Endler souligne que, lorsque le cardinal parle aujourd'hui des juifs, il lui arrive de dire « nous » tout en soulignant qu'il comprend ceux qui sont choqués par un cardinal qui se définit comme juif. Le cardinal raconte qu'il entretient de très bonnes relations avec sa famille juive et se rappelle l'honneur qu'on lui a fait lorsqu'il a assisté à une commémoration en Pologne dans le village d'origine de sa famille : « sur le mémorial du souvenir, il y avait un mur entier de Lustiger ».

Le correspondant du « Yediot Aharonot » („Dernières Nouvelles“) à Paris, Sefi Endler, consacre trois pleines pages du supplément hebdomadaire du journal au cardinal de Paris, Jean-Marie Lustiger, qui représentera le Vatican, jeudi, à Auschwitz, lors des cérémonies qui marqueront le 60e anniversaire de la libération du camp.
French Le dernier livre du cardinal Lustiger
Oct 08, 2004
Le cardinal Lustiger renchérit par la publication d’un livre intitulé "La Promesse", paru le 20 novembre dernier, et qui fait le point sur les relations entre le christianisme et le judaïsme.

(DICI, 20-11-2002) "Il est inimaginable que l’Eglise prétende se substituer à Israël", écrit le prélat français.

"Elle n’est pas un autre Israël, elle est l’accomplissement même en Israël du dessein de Dieu". Ainsi, explique-t-il, "le rite baptismal n’est pas un rite quelconque; il a un sens: c’est, pour des païens, le rite d’incorporation à Israël".

Cette dernière phrase ne peut avoir de sens que si l’on considère qu’Israël est l’agglomérat de tous ceux qui appartiennent à la "vraie" religion, qu’ils soient juifs ou chrétiens; le païen qui se convertit et se fait baptiser est incorporé à cet Israël.
English Against Sensationalizing Anti-Semitic Campaign
Oct 04, 2004
Cardinal Jean-Marie Lustiger of Paris has asked the world's media not to give undue prominence to the anti-Semitic graffiti discovered in the cathedral of Notre Dame in Paris.

Paris, Aug. 16 (CWNews.com, Aug. 16 2004) - Cardinal Lustiger, who is himself a convert from Judaism, was responding to the discovery of slogans such as "Death to Jews" and swastikas scrawled on the wall of the cathedral in Paris. The cardinal condemned the messages, while urging reporters not to "draw unjustified conclusions, or create an unreasonable panic." Although it was appalling, he observed, the graffiti on in the cathedral was certainly the work of a few disturbed individuals, rather than an indication of any major social trend.

"If a graffiti campaign is enough to destabilize the republic, then civil order really is in danger," the French cardinal said.

In fact, he suggested, the people responsible for the graffiti are marginal groups, seeking to cause a sensation. "In order for reason to triumph, we have to see things as they are," the cardinal said.
French Le graphisme de l'affiche du film
Sept 18, 2004
Le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, interrogé sur Europe-1 jeudi, a estimé que le graphisme de l'affiche du film de Costa-Gavras, "Amen", était "un fauteur de haine".

(AFP, 14 février 2002) - L'affiche réalisée par le photographe italien Oliviero Toscani, qui mêle étroitement croix gammée et croix chrétienne, "m'inquiète terriblement non pas seulement comme chrétien, comme catholique, mais comme citoyen, pour l'ordre public", a déclaré Mgr Lustiger.

"On risque de voir sur les cimetières, les églises, le graphisme très intelligent de M. Toscani comme un graphisme de haine, de la même façon qu'on trouve des croix gammées sur certaines tombes ou sur les synagogues", a-t-il estimé. "C'est utiliser la violence, la haine, comme un signe provocateur pour faire vendre un film".
French Maintenir 'l’équilibre' de la laïcité
Sept 10, 2004
L’archevêque de Paris était auditionné mardi 23 septembre par la «commission Stasi» sur la laïcité. Il a demandé de ne pas toucher au « compromis à la française » et s’est prononcé contre une loi sur le port du voile à l’école.

(la Croix, 24 septembre 2003) Et si, sous couvert de laïcité, on cherchait à résoudre l'ensemble des problèmes moraux et sociaux qui se pose aujourd'hui le pays ? Sans doute fallait-il un cardinal pour oser la question.

Mardi 23 septembre, devant les membres de la commission Stasi, chargés de réfléchir à «l'application du principe de laïcité», le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, a brillamment situé les enjeux du débat sur lequel les «vingt sages» doivent plancher. «Sous le mot de laïcité, vous êtes en train de faire une analyse de la conscience française» leur-a-t-il dit.

En effet, la laïcité, aux yeux du cardinal, c'est «un état de fait stable», une «construction jurisprudentielle» à laquelle on ne saurait toucher aujourd'hui.

Retraçant brièvement quelques deux siècles, l'archevêque de Paris a fait remarquer combien cette histoire avait débuté dans la violence et la contrainte. «Si les édifices de culte catholique aujourd'hui appartiennent à l'État ou aux communes, c'est parce que l'Église a refusé le statut des associations cultuelles, prévu par la loi de 1905, qu'elle ressentait comme une intrusion de l'État», a-t-il rappelé. Le compromis de 1923 passé entre la troisième République et le Vatican, puis la jurisprudence et la pratique administrative, ont permis ensuite de gérer une loi «qui au départ n'était pas gérable».

C'est cela, pour l'archevêque de Paris, le «compromis à la française» : un «savoir-vivre», élaboré au fil des ans, une «histoire de famille, qui est parvenue à vivre ensemble». C'est un peu, a-t-il dit, «comme si une famille nombreuse divorçait, avec une séparation totale des biens, et continuait cependant à vivre ensemble, sous le même toit, les biens restants séparés, et finissant par accepter ce divorce» !

Ce compromis à la française, qu'il préfère plutôt définir comme une «laïcité apaisée» qu'une laïcité «ouverte», il ne faut pas y toucher : «c'est un compromis historique, loin d'une définition qui tomberait du ciel, et qui pourrait se parer d'une philosophie idéologique», a poursuivi le cardinal, clairement réticent à ériger cette laïcité en principe universel.

«Nous pensons délibérément que nous ne pouvons pas toucher à ce compromis. Ce serait remettre en cause un équilibre fragile, et qui pourtant constitue le visage de la France aujourd'hui» a-t-il tout d'abord conclu, rappelant en cela la position plus générale de l'épiscopat français.

Car en réalité, a-t-il poursuivi, ce que provoque aujourd'hui la vague d'immigration sans précédent en provenance en majorité d'un Maghreb islamisé, «est un problème d'identité» : «qu'est-ce que la République ? Quelle est notre nation ? Quelle est notre culture ?».

«La culture française a la caractéristique d'être intégrationniste a encore noté Mgr Lustiger, et on met cela sur le compte de la laïcité» citant à l'appui son propre témoignage de fils d'immigrés juifs polonais. «Pourquoi veut-on devenir français ?» a-t-il poursuivi. C'est donc bien, au fond, un problème d'identité plus que de laïcité ou de religion.

Quant à l'islam «l'État est aujourd'hui déboussolé, désorienté» juge le cardinal. Et «l'on ne peut appliquer de force le processus bi-séculaire par lequel les autres religions déjà présentes en France sont passées : l'islam, seul, réformera l'islam».

On ne doit donc pas imaginer une politique religieuse : «notre République n'en a ni les moyens juridiques, ni les outils conceptuels, ni la tradition» a justifié l'archevêque de Paris. En ce sens, Mgr Lustiger s'est déclaré contre une loi sur le port du voile : «il ne faut pas prendre des mesures législatives qui ne peuvent être appliquées». Il s'est aussi étonné de la proposition de créer un Conseil des religions : «pour quoi faire, et pour y mettre qui ?» a-t-il insisté, rappelant qu'il n'y avait pas de définition juridique du religieux dans notre pays.

Sur la laïcité, Mgr Lustiger a été rejoint par Jean Kahn, président du Consistoire israélite de France, qui lui a succédé devant la commission : ce dernier s'est en effet présenté comme un fervent supporter de la laïcité, expliquant au passage que la «communauté» juive, n'était pas «communautariste», et que lui, personnellement, s'opposait au port de la kippa dans les établissements publics : «il y a des écoles religieuses pour cela» a-t-il expliqué.

Jean-Louis Borloo, ministre de la ville, entendu en fin de matinée par la Commission, n'était pas non plus si éloigné des positions de l'archevêque de Paris. Pour lui aussi, plus que de laïcité, le problème est celui de l'intégration. Dressant un tableau particulièrement sombre des «ghettos» à la française, ces cités «où la machine à exclure fonctionne à plein», il a demandé que la «France se donne les moyens de sa laïcité», et notamment les moyens financiers et économiques.

«Soit on sous-traite à des communautés plus ou moins religieuses la gestion de la paix sociale dans les cités, et on fait un communautarisme à la française. Soit, on se donne les moyens de faire respecter le pacte républicain», a conclu le ministre, insistant sur la fait que la France est une République laïque, mais aussi «une République sociale, qui doit assurer à chacun des chances égales d'intégration».
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