Frédéric Cardinal Etsou-Nzabi-Bamungwabi, C.I.C.M. † Frédéric Cardinal Etsou-Nzabi-Bamungwabi, C.I.C.M. †
Function:
Archbishop of Kinshasa, Congo
Title:
Cardinal Priest of S Lucia a Piazza d'Armi
Birthdate:
Dec 03, 1930
Country:
Congo
Elevated:
Jun 28, 1991
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French Le Cardinal Etsou aux leaders congolais: "Il n' y a pas de guerre propre, il n'y a pas de guerre juste"
Mar 21, 2005
La critique du Cardinal Fédéric Etsou est à peine voilée à l'égard de tous ceux qui ont la prétention de diriger le Congo et les Congolais mais dont l'éthique est loin de s'élever au niveau des responsabilités qu'ils assument vis-à-vis de leurs semblables considérés comme de simples marche-pieds ainsi que de leur créateur.

(Le Phare, 24.02.2003) Kinshasa - Archevêque de Kinshasa et Président de la Conférence épiscopale nationale du Congo a fait, vendredi dernier au Grand Hôtel Kinshasa, une intervention fort remarquée devant le Rotary Club de Kinshasa. C'était à l'occasion de la journée de la paix et de l'entente mondiale décrétée par le Rotary International, dont le mandat de son Président actuel, Bhichai Rattakul, a été placé sous le thème "Semez l'amour".

Pour le Cardinal Etsou, l'amour est le chemin pour le salut de l'humanité. Raison pour laquelle chacun de nous doit le semer au quotidien. « Il nous appartient de faire que nos coeurs soient cette bonne terre sur laquelle tombent les graines de l'amour pour que, petit à petit, le monde soit embrasé du feu de cet Amour »

La condition pour y parvenir est, selon le Pasteur de Kinshasa, l'éducation de tous à la paix. Celle-ci passe par quatre étapes majeures. D'abord l'éducation à l'honnêteté, afin "que tout homme naisse à la conscience qu'en plus de ses droits, il a aussi des devoirs envers autrui". C'est l'exigence de vérité, souligne le Cardinal Frédéric Etsou. Deuxième étape : "l'éducation au respect concret des droits d'autrui et l'engagement effectif à accomplir pleinement ses devoirs envers les autres. Exigence de justice". Troisième étape: "l'éducation au choix des moyens rationnels à mettre en oeuvre pour atteindre la paix, en assumant avec courage la responsabilité de ses actes. Exigence de liberté". Enfin, dernière étape: "l'éducation au partage et à la prise de conscience que les besoins des autres sont mes besoins propres. Exigence de l'amour".

La critique est à peine voilée à l'égard de tous ceux qui ont la prétention de diriger le Congo et les Congolais mais dont l'éthique est loin de s'élever au niveau des responsabilités qu'ils assument vis-à-vis de leurs semblables considérés comme de simples marche-pieds ainsi que de leur créateur. Face à ce qui constitue une véritable crise de société, le Cardinal Etsou considère que si la famille est le lieu privilégié des valeurs essentielles à la paix, l'amour est par contre la seule puissance capable de construire l'homme et d'anéantir toutes les forces négatives qui se coalisent pour détruire l'humanité.

Pas de guerre propre, pas de guerre juste

Le chef spirituel de l'Eglise catholique en Rdc est parvenu à cette conclusion après avoir jeté un regard plutôt amer sur la situation actuelle dans le monde et en RDC, par rapport à l'idéal de paix et d'entente prôné par le Rotary International. "Comment en effet parler aujourd'hui avec sérénité de la paix et de l'entente mondiale alors que se précisent les véritables enjeux d'une guerre (Ndlr: Irak) qui peut éclater à tout moment et dont personne ne peut en réalité prévoir les conséquences réelles". Responsable religieux et citoyen d'un pays trouble, Etsou ressent, dans la foulée. "Un pincement au coeur face à ces millions de victimes d'une guerre absurde, qui depuis quatre ans déjà ravage notre pays, sans même que ceux qui meurent de cette guerre n'aient la maigre consolation de savoir du moins pourquoi ils sont tués".

Le Cardinal Etsou note que vue de Kinshasa, cette guerre peut paraître lointaine, propre, avec des victimes sans visage, quitte à se prolonger plusieurs années sans inquiéter personne. D'où son rappel à l'ordre lancé à l'intention de tout le monde: "J'ai eu le privilège de me rendre sur les lieux où la guerre se déroule. J'ai placé un visage derrière chaque victime, j'ai vu des hommes et des femmes désespérés à genoux, manquant le strict minimum, jusqu'à la dignité de porter un habit décent. J'ai vu des contrées de notre pays ou le savon, le sel, les médicaments n'existent plus. J'ai vu des parents assister impuissants à la mort de leur progéniture, faute de moyens pour les soigner".

Non à la complicité du silence

Face à la dérive générale, à la bêtise et à la médiocrité ambiantes face à la montée des rebellions et des négociations interminables après les coups d'Etat militaires et le règne des partis uniques, auxquels ont succédé des transitions politiques consécutives aux conférences nationales, le Cardinal se demande désormais de quoi demain sera fait.

C'est donc pour conjurer cette incertitude et stopper la funeste descente aux enfers que le chef spirituel de l'Eglise catholique en Rdc choisit de relayer le message puissant du Comité Permanent des Evêques du Congo aux fidèles et aux hommes de bonne volonté. "J'ai vu la misère de mon peuplé. Trop, c'est trop Frédéric Etsou enchaîne : Il est des situations ou il n'est plus permis de se taire. Il y va du destin et de la dignité de l'homme. C'est pourquoi les belligérants et la classe politique ne peuvent se contenter d'être si médiocres et se taper le luxe de prendre tout un peuple en otage".

Fustigeant le fait que les hommes et femmes politiques congolais ne sont jamais d'accord que pour ne pas s'entendre, l'Archevêque de Kinshasa dénonce la culture de la violence aussi bien de l'Etat, que des individus. Il épingle la naïveté de ceux qui croient que « pour régler les problèmes politiques, aussi bien au niveau national qu'au niveau international, la solution réside dans l'utilisation de la force ou de la violence ».

La famille chrétienne comme modèle

Pour résoudre toutes ces crises, le Cardinal propose à tous et à chacun de redécouvrir la vertu de l'amour, dont le fondement est la famille. "La famille doit devenir et rester une bonne nouvelle dans un monde où, le désespoir prend le pas sur l'espoir, où, la violence et la guerre prennent le pas sur la paix, où, la haine et l'injustice prennent le pas sur l'amour".

En sauvant la famille, qui est le sanctuaire de l'amour, les Congolais apprendront à se regarder comme frères et soeurs, souhaite-t-il. Ils entretiendront des relations empreintes de compréhension et d'estime mutuelle et personne ne pourra plus se comporter comme s'il était la mesure de toute chose. D'où cet autre appel à la classe politique pour bannir « l'orgueil, qui fait que chacun se croit si important » au point de penser que rien ne peut être arrange s'il n'est pas d'abord servi. Le pouvoir devenant ainsi comme un gâteau à se partager, même s'il faut pour cela prendre des armes ou user de tous les subterfuges pour se faire valoir".

Le vrai défi

"Service à rendre en vue d'améliorer la situation de chacun des compatriotes, le pouvoir doit cesser d'être, dans ce pays, un raccourci vers l'enrichissement facile", sermonne l'Archevêque de Kinshasa, avant de mettre en exergue le véritable défi auquel chaque Congolais doit faire face: "Le grand défi que nous devons tous et toutes relever dans ce pays est celui d'un réarmement moral", explique le Cardinal Etsou. Un défi qui pose comme urgence absolue, poursuit-il, l'identification de personnes ressources pouvant aller à contre-courant de la tendance générale à l'égocentrisme; des personnes suffisamment fortes et soucieuses d'être et de demeurer "sel de la terre" et "lumière du inonde".

La conviction de Frédéric Etsou est que ces personnes existent. Aussi les appelle-t-il à garder courage, à encourager les autres et à les entraîner sur la voie de l'émergence, même si la médiocrité ambiante les contraint au silence. D'où, la puissante exhortation de l'Archevêque de Kinshasa : Notre survie en tant que Nation appelle des solutions radicales pour sortir de cette médiocrité, consacrée aujourd'hui en mode d'être du Congolais. Il est temps de puiser ensemble dans le trésor de notre conscience droitement formée la force et la détermination pour un engagement commun en faveur des valeurs qui contribuent à la construction de la Nation.
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