L’Église en pleurs
Jan 13, 2007
Bien que sa dernière déclaration publique sur les antennes de Rfi très suivie au pays fut de s’en prendre, depuis l'étranger, publiquement au processus électoral en R-dCongo alors que manifestement, il n’était pas en pleine possession de ses moyens et, plus, n’avait pas connaissance du rapport d’un groupe d’observateurs mis en place par la Conférence Épiscopale de la R-dCongo - ce qui suscita une ferme sortie médiatique de l’abbé président Apolinaire Malumalu Muholongu aussi bien que de l'Américain William Lacy Swing -, le Chef de l’État Joseph Kabila Kabange a bien fait prendre en charge par l’État les obsèques du Cardinal défunt.
(Le Soft International,12 JANVIER 2007) À Bruxelles, chaussée de Ninove, à la maison des Scheuts où il résidait à chacun de ses passages dans la Capitale belge, un journaliste du «Soft International» a rencontré récemment le Cardinal.
«Il m’a paru inquiet pour sa sécurité, se méfiant de tout et de tous, des prêtres r-dcongolais ou belges, estimant que chacun d’eux pouvait l’éliminer physiquement».
Les restes du Cardinal Frédéric Etsou Nzabi Bamungwabi, 76 ans, ont été ramenés au pays jeudi 11 janvier dans la matinée par vol spécial affrété par le Président de la République au lendemain de la remise par celui-ci d’une contribution financière, par le biais du ministre de l’Intérieur, le général Denis Kalume, à l’organisation matérielle des obsèques du Pasteur de l’Église catholique Romaine.
Le Chef de l’État «qui se porte comme un charme», a déclaré au «Soft International» jeudi soir le Président de l’Assemblée Nationale Vital Kamerhe, après une visite de quelques jours à Lubumbashi, Katanga, aurait repoussé l’annonce du Cabinet Gizenga, pour des «raisons évidentes de deuil» qui frappe l'Église et la Nation, a-t-on appris.
Des tabloïds à Kinshasa avaient annoncé pour la veille la publication de la liste gouvernementale mais n’ont pas été confirmés.
RUMEURS BRUXELLOISES.
Des rumeurs - «comme il en circule beaucoup» - dans les milieux médiatiques r-dcongolais de Bruxelles, ont fait état dans la Capitale belge du fait que le Chef de l’État aurait eu un brusque malaise et, qu’il aurait été transféré à l’étranger pour être soigné.
«Cela fait rire», a déclaré au «Soft International» un proche de l’entourage présidentiel, qui a repoussé la «rumeur» d’un revers de la main.
La veille à Bruxelles, en la cathédrale Saint Michel et Gudule à Bruxelles, une messe des suffrages pour le repos de l’âme du disparu avait été dite. Plus d’un millier de R-dcongolais de Belgique et de France consternés s’y étaient donnés rendez-vous.
Plusieurs officiants dont le primat de Belgique, le Cardinal Godfried Daneels et l’évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Kinshasa, Mgr Daniel Nlandu Mayi, ont célébré l’eucharistie.
On a noté dans l’assistance la présence du Nonce apostolique en Belgique, de l’ambassadeur de la R-dCongo en Belgique, Jean-Pierre Mutamba Tshampanga, du député bruxellois d’origine r-dcongolaise Bertin Mampaka, d’Honoré Ngbanda Nzambo-ko-Atumba, président du mouvement d’opposition Apareco très lié au défunt, de l’ancien ambassadeur du Zaïre à Bruxelles, Jean-Pierre Kimbulu Moyanso. Une chorale r-dcongolaise animait la messe.
Le primat de Belgique a rendu hommage à l’illustre disparu, «cet éminent fils de l’Afrique», comme l’écrivait le pape Benoît XVI dans son télégramme de condoléances.
«Je prie le Père de la Miséricorde d’accueillir dans la lumière et dans la paix de son Royaume ce pasteur, qui a consacré sa vie au service du Christ et de son Église, en particulier comme pasteur du diocèse de Mbandaka-Bikoro puis de celui de Kinshasa, avec ardeur et dévouement. Je rends grâce pour le ministère de cet éminent fils de l’Afrique, qui fut aussi Président de la Conférence Épiscopale, et qui s’est dépensé pour l’annonce de l’Évangile, le service et la promotion des peuples de ce continent».
Bien que sa dernière déclaration publique sur les antennes de Rfi très suivie en R-dCongo fut de s’en prendre étrangement au processus électoral en R-dCongo alors qu’il n’était pas en pleine possession de ses moyens et qu’il n’avait pas connaissance du rapport d’un groupe d’observateurs mis en place par la Conférence Épiscopale de la R-dCongo - ce qui accrédite l’idée d’une tentative de manipulation par des opposants -, le Chef de l’État a fait prendre en charge par l’État les obsèques du Cardinal.
Le Chef de l’État a décrété un deuil national le lundi 15 janvier, jour de l’inhumation du Cardinal. Dans un message de condoléances aux Catholiques, il a salué «le sens élevé du devoir qui a caractérisé le défunt archevêque de Kinshasa».
La disparition du prélat, malade depuis deux ans, donne lieu à des commentaires divers. À Bruxelles, dans des milieux r-dcongolais, on faisait état d’empoisonnement.
Un expert non autrement identifié, repris par un journal r-dcongolais en ligne, et répercuté par des netters dans des cercles de discussion, déclare: «le symptôme macroscopique apparu sur le visage du Cardinal indique que celui-ci était en contact avec un produit toxique du genre dioxine».
Puis: «En l’absence d’un examen chimique, il est difficile de diagnostiquer». Un des filleuls du défunt a un avis tranché: «Mon parrain a été un homme de paix. Il a dit ce qu’il avait à dire de son vivant. Après sa mort, pas de supputations».
UN HOMME HABITÉ.
Il y a quelques mois, un journaliste du «Soft International» de passage à Bruxelles, Chaussée de Ninove, à la maison des Scheuts où il résidait a rencontré le Cardinal.
«Il m’a paru inquiet pour sa sécurité, se méfiant de tout le monde, des prêtres r-dcongolais ou belges, estimant que chacun d’eux pouvait l’éliminer physiquement».
«Il m’a paru un homme habité par une drôle de peur, voulant protéger son ministère, développant la fureur de vaincre la maladie. Mais il me paraissait assez condamné. Depuis, j’ai souvent appris qu’il ne passait pas deux mois à Kinshasa sans se rendre aux soins en Europe… Mais, ici en Europe, il préférait voir des médecins r-dcongolais plutôt que des Belges qu’il soupçonnait de tout».
Le Cardinal Frédéric Etsou Nzabi Bamungwabi est mort samedi 6 janvier à la Clinique universitaire de Leuven (KUL), en Belgique. Il souffrait de diabète et d’un oedème pulmonaire.
Deux semaines avant sa mort, confie une source médicale r-dcongolaise, «les organes vitaux du patient Etsou - à savoir les reins, les poumons et le foie - se sont détériorés en un temps record à la stupéfaction du corps médical».
Sur Internet où tout s’écrit et se lit, il n’était pas rare d’apprendre que le visage du Cardinal ressemblait de plus en plus à celui du président ukrainien Viktor Iouchtchenko, victime d’un empoisonnement à la dioxine - mais qui s’en est tiré.
Vendredi 5 janvier, le prélat était placé sous assistance respiratoire. Aussitôt après, un prêtre lui a administré le «dernier sacrement». La situation, à l’évidence, était grave et désespérée. Son secrétariat demandait aux Catholiques de prier pour l’âme du Prélat qui s’apprêtait à se rendre auprès du Créateur.
Des médecins de la KUL ont constaté, ces derniers jours, la présence d’une assez importante quantité «d’eau» dans les poumons du patient. Selon un expert, «c’est un indice certifiant que le cœur ne pompe plus de manière optimale».
Selon la télévision commerciale bruxelloise RTL-Tvi, il s’agit d’un œdème pulmonaire.
Frédéric Etsou-Nzabi-Bamungwabi est né le 3 décembre 1930 à Lisala (province de l’Équateur).
Le 8 décembre 1954, après des études au Séminaire, il est admis dans la congrégation des pères de Scheuts. Le 7 novembre 1976, il est sacré évêque et nommé une année après à la tête de l’archevêché de Mbandaka - Bikoro. Vice président de la Conférence épiscopale du Zaïre de 1979 à 1984, il est nommé archevêque de Kinshasa le 14 août 1990.
Le 28 juin 1991, il est promu cardinal par feu pape Jean Paul II. Les cardinaux ont pour rôle s’assister le pape dans ses décisions. Ils ont des responsabilités dans le cadre de la Curie romaine. Par ailleurs, les cardinaux âgés de moins de 80 ans sont appelés à élire le pape.
Qui va succéder à Frédéric Etsou? Les spéculations vont bon train. Trois noms semblent sortir du lot: Laurent Monsengwo Pasinya, Tharcisse Tshibangu Tshishiku et Melchisedek Sekuli. Le premier, originaire du Bandundu est ancien président de la Conférence nationale souveraine. Il présente un profil privilégié. Ancien recteur de l’Université nationale du Zaïre, originaire du Kasaï oriental, Mgr Tshibangu constitue un prétendant de taille.
Le troisième est l’évêque de Butembo, Nord Kivu. Successeur du très charismatique Mgr Emmanuel Kataliko, très regretté archevêque de Bukavu, Melchisedek est le «parrain» de l’abbé Apollinaire Malu Malu, ancien vice-recteur de l’université de Butembo. Au début de l’an 2000, les deux religieux animaient une association de défense des droits humains dans la partie orientale du pays.