Le Cardinal Agré choisit son camp
Dec 06, 2004
Jugé de partisan dans la crise ivoirienne, le Cardinal Bernard Agré s’est toujours défendu à cor et à cri pour prouver sa neutralité. Mais les actes du leader religieux trahissent de loin les attributs de rassembleur qu’il prétend mettre au service de son pays.
(Le Front, 3 Décembre 2004) On le dit très proche du pouvoir d’Abidjan. Et les exemples sont légion qui servent d’argumentaire aux Ivoiriens pour condamner l’homme d’église. Et le Cardinal Agré a beau indiquer qu’il n’est ni juge ni parti, son comportement au quotidien, démontre le contraire de ses propos.
Après les évènements des 6,7 et 8 novembre derniers, le patron de l’église catholique est apparu sur les écrans de la télévision nationale au cours du journal télévisé de 20 heures. Le Cardinal, tout en condamnant les tueries de ces évènements d’Abidjan et des zones sous contrôle des Forces nouvelles, a demandé qu’une commission d’enquête fasse la lumière sur les évènements d’Abidjan. Il est clair que c’est pour se donner bonne conscience ou pour paraître juste devant l’opinion que le représentant de Jean Paul II en Côte d’Ivoire s’est prononcé sur les tueries du Nord. Sinon, le peuple, lui, se pose des questions sur une réelle compassion du chef chrétien. Car, Agré, alors qu’il devrait mettre sur le même pied d’égalité les victimes d’un camp ou d’un autre, marque une différence visible entre celles-ci.
Tenez, en novembre 2000, après les nombreuses tueries post électorales, le nouveau président ivoirien, Laurent Gbagbo, avait organisé une cérémonie d’hommage et de prières aux martyrs qui étaient allés chercher sa victoire dans la rue et devant les canons des militaires.
Ce jour-là, au stade Houphouet Boigny, le cardinal Agré y était avec sa suite. Et pourtant, de nombreux militants du Rdr avaient été tués pour avoir demandé la reprise des élections. Le leader religieux n’avait pas eu le courage de dénoncer, devant Laurent Gbagbo, le charnier, qui avait découlé de ces violences.
Récemment, et plus précisément les 25,26 et 27 mars derniers, plus de 120 militants aux mains nues étaient sauvagement massacrés par des forces régulières et parallèles acquises à la cause du chef de l’Etat. Le Cardinal n’a pas daigné condamner ces barbaries d’un autre âge. Pire, il a boudé la cérémonie de prière organisée au Parc des Sports de Treichville en hommage à ces morts.
Selon des sources très introduites dans la ‘’Maison divine’’, le successeur de Feu le Cardinal Yago, s’il est arrivé à empêcher les catholiques de participer à cette messe n’est pas parvenu à convaincre le forum des confessions religieuses dirigé par Ediémou Blin Jacob.
Par contre, le vendredi 26 novembre dernier, après les affrontements entre soldats français et ‘’jeunes patriotes’’, le Cardinal Agré a officié la messe pour le repos de l’âme des manifestants tués, organisée par le président du Conseil économique et social, Laurent Dona Fologo, à la Cathédrale Saint-Paul au Plateau.
Un religieux, de surcroît leader d’opinion, est censé unir et réconcilier le peuple par ses actes. A contrario, lorsqu’il entretient une discrimination visible, patente et fortement perceptible, peut-on espérer rendre service à son pays en réconciliant ses enfants ? Pour tout dire, le Cardinal ivoirien s’est montré très partisan au cours des années Gbagbo à la tête du pays. Et devrait, par conséquent, cesser de se défendre, quand les Ivoiriens l’accusent d’avoir choisi son camp, en l’occurrence celui du pouvoir.
Ses actes et ses professions de foi étant gravement opposés.