Bernard Cardinal Agré Bernard Cardinal Agré
Function:
Archbishop Emeritus of Abidjan, Côte dIvoire
Title:
Cardinal Priest of San Giovanni Crisostomo a Monte Sacro Alto
Birthdate:
Mar 02, 1926
Country:
Ivory Coast
Elevated:
Feb 21, 2001
More information:
www.catholic-hierarchy.org
Send a text about this cardinal »
View all articles about this cardinal »
French "Nous portons les intentions du peuple ivoirien sur les tombes des apotres Pierre et Paul"
Apr 03, 2006
Le Cardinal Bernard Agré, Archevêque d'Abidjan faisait partie de l'assemblée des cardinaux \(consistoire\) tenue le 23 mars dernier au Vatican. Notre collaborateur à Rome l'a rencontré au lendemain du consistoire et à quelques jours du pèlerinage de tous les évêques de Côte d'Ivoire sur les tombes des Apôtres Pierre et Paul.

(Fraternité Matin (Abidjan, 28 Mars 2006) Eminence, quels ont été les thèmes importants de l'Eglise abordés par les cardinaux durant le dernier consistoire du 23 Mars ?

En fait il n'y a pas de grand secret. Le consistoire est une réunion de famille, le collège cardinalice étant une grande famille qui assiste le Saint Père dans son action de promotion de l'unité. C'est tout à fait normal que de temps en temps il rencontre les cardinaux pour les entendre sur certains problèmes qu'ils rencontrent et aussi leur faire part de ses préoccupations, de tout ce que vit le monde, pour la paix, et la comment .

Par exemple le dialogue avec l'Islam

Il y a cela, il y a aussi d'autres sujets, comment l'Eglise va vivre sa mission, tous ces problèmes ont été évoqués. C'était un peu un feu roulant d'interventions. Chacun a évoqué ce qu'il avait sur le coeur et on a partagé ça de manière très fraternelle. Après, le Saint Père a fait une synthèse, démontrant sa très grande capacité de synthèse en retenant l'essentiel dans se chassé croisé de questions.

C'était quoi donc l'essentiel?

Son encyclique le disait très bien. (ndr Deus Caritas Est, première encyclique programme de Benoît XVI ). Il parlait de l'Amour qui est l'essentiel aujourd'hui, amour de Dieu pour les hommes, amour des hommes pour Dieu et aussi pour le prochain, c'est ça l'essentiel. Le jour que le monde comprendra cela, le monde sera viable.

Il a été également question de l'âge de la retraite des évêques.

Oui, l'âge de la retraite des évêques a été évoqué. Vous savez, dans le droit canonique, il est dit qu'à 75 ans, l'évêque résidentiel ou pas doit donner sa démission au Saint Père qui gère. Soit il accepte tout de suite. D'autres fois, il peut refuser, à la grande impatience de certains. Et on rentre dans la grande sérénité. Certains Cardinaux ont donc parlé de 75 ans à maintenir, d'autres ont demandé s'il n'était pas possible d'aller à un certain âge, par exemple 80 ans . 75 ans déjà c'est beaucoup.

Quel a été finalement l'âge arrêté pour la retraite des évêques?

Oui, le Saint Père a pris tous les avis, il va le dire au moment venu. Certaines choses ne se décident pas à la légère. Lors du dernier consistoire, 15 nouveaux cardinaux ont été crées. De ceux-ci aucun africain électeur. Le nouveau cardinal Ghanéen a plus de 80 ans.

Est-ce une déception pour l'Eglise Africaine?

Vous voyez, dans l'Eglise, il ne faut rien demander. Et dans l'Eglise, il ne faut jamais rien refuser. C'est important. Ceux qui s'agitent et qui veulent être curé, évêque et cardinaux dans l'Eglise, ils se trompent. On ne demande pas. Ça vient. Quand ça vient, on ne refuse pas non plus. Un prêtre doit savoir qu'il ne doit pas refuser, mais il ne doit pas demander. Voila que l'Eglise d'Afrique a un seul élu , c'est un homme de très grand mérite, qui a dépassé 80 ans.

Le Pape est allé le chercher pour lui dire, tu va être mon conseiller, mon consultant. L'évêque Dery de Navrango au Ghana est un homme de grande culture, de très grand mérite. Nous avons été très heureux que le Saint Père ait fait ce prêtre cardinal. Il ne sera pas électeur, il ne sera pas non plus éligible, mais cela dépend de la volonté du Saint Père. Il peut lui demander des services, il peut lui demander des conseils. L'Eglise est honorée, l'Eglise d'Afrique est honorée en attendant que d'autres circonstances se présentent. Parce que ce ne sont pas les derniers cardinaux. Il y a encore d'autres qui viendront. Les cardinaux se renouvellent. La mort vient en chercher quelques uns, il y a des cardinaux de curie, d'autres sont ailleurs. C'est une grande famille.

Un cardinal même émérite a toujours le devoir de prêcher, de défendre l'Eglise, même jusqu'à la mort. Il a le devoir d'être le représentant du Pape là où il est.

Parlons de la visite Ad limina des évêques de Côte d'ivoire au Saint Siège du 29 Mars au 06 Avril prochain. Quel est le sens et la portée d'une telle visite?

Je crois que c'est une excellence occasion de montrer au peuple de Dieu, aux églises familles que nous ne sommes jamais seuls. On parle de collégialité. Collégialité dans les nations, dans les pays où on se trouve. Aucun évêque n'est isolé. Nous travaillons tous ensemble mais autant nous devons être unis dans le pays, voir ensemble , prier ensemble et réaliser ensemble, autant il est bon que tout le corps épiscopal d'un pays se déplace vers les racines. Les grandes racines de l'Eglise que sont Pierre, Paul et les grands Apôtres. Tous ceux-là qui sont représentés aujourd'hui par le Pape. Et nous venons Ad limina Santi Petri. Ad Limina Santi Petri Apostolorum, c'est-à-dire nous venons vers la racine représentée par Pierre, Paul, les autres Apôtres. Alors nous allons comme en pèlerinage. C'est tous les cinq ans.

Les cinq ans qui ne sont pas toujours respectés. ( nrd :La dernière visite Ad limina de l'épiscopat ivoirien date d'Août 1999 ).

Oui, c'est beaucoup plus que cinq ans parce la fois dernière, surtout quand le Saint Père était malade ( ndr L'ancien Saint Père, Jean Paul II ) on n'a pas respecté les cinq ans. Mais c'est une très bonne chose de quitter tous le pays. Tout à coup le pays se vide d'évêques et on se retrouve ensemble, on peut surtout et on doit surtout prévoir la rencontre avec le Saint Père. Un moment très attendu.

Mais aussi un moment délicat, une sorte d'examen de passage devant le Pape.

Non, non! Il ne faut pas voir ça sur cet angle. Nous ne sommes pas des petits enfants qui vont à l'école. Nous ne sommes pas des petits enfants qui viennent dire qu'ils sont sages ou pas sages. Nous venons voir un frère, qui est le Pape, parce qu'il est évêque, il est l'évêque de Rome, c'est lui l'ordinaire de Rome. C'est un in premus inter pares, c'est dire qu'il est le premier parmi des gens qui sont ses égaux.

Chaque évêque vient tout de même soumettre au Pape le bilan des cinq années de gestion pastorale de son diocèse.

Oui, chacun écrit ce qu'on appelle un rapport quinquennal. Ses rapports ont été déjà envoyés à Rome, étudier par les dicastères compétents avec le concours des autres évêques. Tout cela est envoyé au Saint Père, pour qu'il en prenne connaissance et pour qu'il fasse aussi des réponses adéquates. Ce sont des échanges avec le Saint Père, nous ne venons pas un peu comme des enfants.

Non, il faut enlever cette mentalité, c'est un cliché. Nous ne venons pas en victime. Nous venons en chef d'église, en responsable, rendre compte de ce que nous sommes, mais aussi rendre compte de nos projets avec tous les différents dicastères ou départements parce qu'il y a plusieurs. Il y a certains dicastères que nous privilégions parce que chargé de nos pays de mission. Mais nous avons d'autres que nous irons voir. Justice et paix par exemple, ou le département de la communication sociale qui vous est cher, et auquel j'appartiens.

Nous contacterons ces différents dicastères, puis nous allons nous disperser. Mais chacun aura vu le pape seul à seul et ensemble. Nous n'oublions pas non plus le temps que nous allons consacrer à la prière. Parce que nous venons bien sûr pour voir le Pape, mais il y a aussi les grandes basiliques de rome. Saint Pierre de Rome, Saint Paul hors-les-murs, Sainte Marie Majeure, Saint Jean de Latran

Ces quatre grandes basiliques, nous ne manquerons pas de les visiter ensemble et y prier.

Nous portons à Rome, toutes les intentions de nos peuples. Aujourd'hui ce que tout le monde souhaite, c'est que le Seigneur vienne au secours. Nous dirons à Dieu et à ses Saint Apôtres que les ivoiriens soient protégés de deux grandes tentations. La première tentation est de dire : « Dieu nous a abandonné, c'est pour cela que tout ça nous arrive. Nous avons trop péché». Et ce n'est pas vrai. Il faut qu'ils reprennent espérance.

Deuxièmement : il y a un excès d'espérance pour certains qui disent « Dieu seul nous sauvera, les hommes n'ont pas réussi, les hommes politiques n'ont rien fait. Donc Dieu seul nous sauvera.» Alors en ce moment on fait comme les juifs, dont certains étaient assis au bord du lac et qui pleuraient. Non, Dieu ne nous a pas abandonné. Dieu nous sauvera, mais avec nous-mêmes, avec le travail de l'Afrique elle-même. Parce que ce sont les fils de l'Afrique qui ont été le malheur de l'Afrique.

Votre visite Ad limina intervient au moment où la Côte d'Ivoire en crise est divisée. Quel conseil précis attendez-vous du Saint Père?

Le Saint Père dira ce qu'il voudra. C'est à nous à lui dire aussi ce que nous voulons. C'est surtout à nous de dire à nos gens que le pays ne doit pas rester diviser tout le temps. Je crois que tout le monde est maintenant convaincu des pas à faire pour la réunification et la paix. Nous connaissons par exemple, nous qui avons vécu avant vous, que la France était divisée aussi Nord Sud pendant la guerre de 39, 45. Finalement ils se sont réunis. Il n'y a donc pas de raison que nous soyons toujours divisés.

Eminence, pour vous, quel est le rôle de l'Episcopat dans un pays en guerre?

D'abord beaucoup de prière, prier beaucoup pour que les gens soient raisonnables. Deuxièmement, prendre contact avec les gens et leur parler, leur parler lorsque l'occasion se présente, seul à seul ou en groupe. Leur dire que ce n'est pas normal ce qui se passe. On ne doit pas s'installer dans l'anormalité et dire, « partout c'est comme ça». Non la Côte d'Ivoire est un pays comme les autres qui doit pouvoir se développer.

Donc il ne faut pas rester à pratiquer le nombrilisme, à avoir le nez planquer sur notre nombril. Non! Nous ne sommes pas que dans nos sacristies. Seulement, nous parlons souvent dans le désert, parce que les gens ont leurs intérêts qu'ils poursuivent et très souvent ils ne nous écoutent pas du tout. Mais cela ne nous empêche pas de continuer à parler.

Qu'est ce que l'Episcopat peut faire encore?

Quelque fois aussi menacer. Jean Baptiste n'a pas seulement caressé les gens dans le sens du poil. Jean a dit, « attention, Dieu est l'Eternel bien sûr, mais Dieu est le redoutable.» Et chacun qui conduit une partie du troupeau humain doit rendre compte à ce redoutable qui Lui, n'oublie rien. IL a une comptabilité qui est juste. C'est un expert comptable, mais dans la justice.

Je crois que c'est notre rôle de temps en temps de sonner les cloches pour dire, « attention le monde ne s'arrête pas là où on est.» Et surtout lorsqu'on est investi du pouvoir public. Mais cette partie de notre rôle n'est pas toujours bien acceptée. Parce qu'on voudrait que l'évêque, l'archevêque, le cardinal dise toujours « écoutez les gars vous avez très bien fait, vous êtes des hommes extraordinaires ». Ce n'est pas vrai. On n'accomplirait notre rôle jusqu'au bout. Mais nous n'avons pas non plus la crosse toujours debout en train de frapper les gens. Non! Nous sommes aussi comme des pères. Et des pères qui aiment.
26 READERS ONLINE
INDEX
back to the first page
printer-friendly
CARDINALS
in alphabetical order
by country
Roman Curia
under 80
over 80
deceased
ARTICLES
last postings
most read articles
all articles
CONTACT
send us relevant texts
SEARCH