André Armand Cardinal Vingt-Trois André Armand Cardinal Vingt-Trois
Function:
Archbishop of Paris
Title:
Birthdate:
Nov 07, 1942
Country:
France
Elevated:
Nov 24, 2005
More information:
www.catholic-hierarchy.org, catholique-paris.cef.fr
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French André Vingt-Trois, l'Eminence de Paris
Oct 19, 2007
Par Henri Tincq.

(LE MONDE, 18.10.07) Paris a de nouveau un cardinal. Dans la lignée des Suhard, Feltin, Marty et Lustiger qui ont marqué, depuis la guerre, l'histoire de France. Car le cardinal de Paris est toujours plus que lui-même. Il n'est pas le "patron" de l'Eglise de France, même si bonnes sont les chances d'André Vingt-Trois de devenir aussi, début novembre, président de la Conférence des évêques. Mais c'est l'archevêque de la capitale qui donne traditionnellement le ton, est sollicité par les pouvoirs publics, les médias, le nonce apostolique, les autres confessions. Il est la vitrine d'un catholicisme français qui n'est pas au mieux de sa forme, dont il a la charge de l'unité et de la représentation.

Parcours

1942
Naissance à Paris.

1969
Ordonné prêtre par le cardinal Marty.

1988
Consacré évêque auxiliaire de Paris par le cardinal Lustiger.

1999
Archevêque de Tours.

2005
Archevêque de Paris.

2007
Créé cardinal.
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Le choix d'André Vingt-Trois, longtemps réputé comme un "second couteau" rond et madré, pour succéder en février 2005 à Paris à un homme de la trempe du cardinal Lustiger avait été laborieux. Le Vatican s'était montré sceptique sur sa capacité à gouverner un tel diocèse. Mais Jean-Marie Lustiger ne s'était jamais vu d'autre successeur que ce fidèle d'entre les fidèles, seul capable de le rassurer et de garder l'héritage. Les autres noms proposés à Rome ont fait diversion. Une ultime pression sur Jean Paul II à quelques semaines de sa mort a provoqué médisances et perfidies et retardé la promotion cardinalice du nouvel archevêque de Paris.

Depuis deux ans et demi, André Vingt-Trois a fait taire les mauvaises langues et accompli un parcours jugé sans faute. Il s'est émancipé de son mentor qu'il a dignement enterré le 10 août à Notre-Dame : "Ce n'était pas l'enterrement d'un copain. Tout le peuple était là." Ce n'était pas une mince affaire de sortir de l'ombre d'une personnalité comme celle de Jean-Marie Lustiger, au destin fascinant de jeune juif devenu prince de l'Eglise qui, pendant un quart de siècle, aura écrasé de son influence, sa culture, sa présence médiatique, ses accents prophétiques, son rayonnement international, toute l'Eglise de France. André Vingt-Trois lui doit tout et n'est pas avare de reconnaissance. "J'ai hérité d'équipes performantes, d'un diocèse en bonne santé pastorale et financière", observe-t-il, serein.

Le mystère du couple étrange qu'il formait avec Lustiger est percé. Des origines communes dans la capitale où André Vingt-Trois est né le 7 novembre 1942, enfant du 5e arrondissement où il a grandi, porteur d'un nom peu commun, hérité d'ancêtres de l'Assistance publique, qui lui aura valu bien des plaisanteries. Il est germaniste comme l'était Lustiger, élevé à la même école théologique d'Henri de Lubac, d'Hans Urs von Balthasar, de Joseph Ratzinger. Et c'est à la Sorbonne qu'il avait rencontré pour la première fois l'aumônier du Centre Richelieu dans les années 1960. Après des études à Henri-IV et au séminaire d'Issy-les-Moulineaux, il est ordonné prêtre en 1969.

Comme en électricité, les contraires s'attirent. André Vingt-Trois, visage rond et joufflu, est aussi rieur et moqueur que Jean-Marie Lustiger était grave, aussi placide que son aîné était angoissé, aussi réaliste que l'autre était mystique. Personne ne ressemble aussi peu à l'ancien archevêque de Paris que ce successeur à la fausse réputation de dilettante et de nonchalant. Et pourtant, Lustiger ne pouvait se passer de lui. Il est son vicaire à la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal (16e arrondissement), son premier secrétaire quand Mgr Lustiger devient archevêque en 1981, son évêque auxiliaire, l'exécuteur de tous ses "coups". Le lancement de Radio Notre-Dame, c'est Vingt-Trois. De l'Ecole-cathédrale, centre de formation théologique, c'est encore lui. La refonte de la formation des séminaristes, le redécoupage des secteurs paroissiaux de Paris, c'est toujours lui. Lui qui joue le rôle de fusible quand ces initiatives sèment la révolte dans le clergé. Lui qu'on appelle la "Voix de son maître", mais est l'un des rares à oser lui dire non.

La seule parenthèse, c'est celle de Tours où André Vingt-Trois, en 1999, est nommé archevêque. Il n'est pas provincial pour deux sous, mais fait valoir ses dons d'administrateur. Son pragmatisme est reconnu, mais ses qualités humaines diversement appréciées. Son humour à froid déconcerte. Dans des paroisses rurales désertifiées, des fidèles l'entendent dire : "Mais bien sûr, vous n'aurez bientôt plus de messe. Vous allez mourir !" Certains le trouvent distant, mais il a horreur de perdre son temps. "Après une cérémonie, jamais il ne s'attardait auprès des familles", se rappelle un prêtre de Tours.

Revenu à Paris, sa mission est de maintenir l'héritage "lustigérien", tout en restant lui-même. Il s'en acquitte en bon artisan. C'est un "cheval de labour", témoigne l'un de ses prêtres. Il arpente ses paroisses qu'il invite à ne pas se refermer sur leur "confort spirituel" et à retrouver un "esprit de mission". Il prend du temps avec ses prêtres, en a ordonné 12 en 2007 (contre 3 en 1978). Il est tout aussi soucieux de formation des fidèles laïcs. Ses homélies sont appréciées à Notre-Dame. Ses ennemis d'hier se disent conquis. Les prêtres respirent : "Avec Lustiger, il fallait toujours tourner trois fois sa langue avant de parler. Lui nous écoute." Il est l'un des premiers évêques français à foncer à Rome pour dire au pape ses craintes d'un motu proprio en vue de libéraliser la messe en latin chère aux traditionalistes. De même se bat-il pour la survie de la chaîne de télévision KTO, malgré des pertes cumulées en six ans de 20 millions d'euros.

Mais sa façon d'énoncer des blagues avec le plus grand sérieux ne fait pas toujours rire. "Dans l'Evangile, c'est comme dans le cochon. Tout est bon", dit-il un jour à une responsable de catéchèse. Timide, il a des réactions parfois brutales. En pleine crise de succession à l'Institut catholique de Paris, Joseph Maïla, universitaire laïc, nouvellement élu recteur par ses pairs, est contraint à la démission par l'archevêque "en cinq minutes et sans aucune explication". Féru d'Internet et de technologies nouvelles, André Vingt-Trois peut passer des nuits sur son ordinateur. Mais il travaille de manière solitaire et ne dispose pas encore de réseaux, à la différence de son prédécesseur, dans les milieux intellectuels et politiques.

Le nouveau cardinal de Paris vole désormais de ses propres ailes. Mais pour aller où ? Ses desseins restent flous. Ce n'est pas un idéologue, mais il ne craint pas d'affronter les médias, passe chez Fogiel, vient de rappeler dans sa messe annuelle aux parlementaires les valeurs en jeu dans le débat sur l'immigration. En 1999, président apprécié de la Commission épiscopale de la famille, c'est lui déjà qui avait mené la bataille contre le pacs. La défense de la famille, la bioéthique, la jeunesse restent ses priorités. Il fait bien son travail d'évêque, sans complexe, sans génie, mais à ce nouveau cardinal amateur de belles biographies - il vient de lire celles de Talleyrand et de Von Galen, l'évêque allemand antinazi -, il tarde de jouer, à sa manière qui est souple, ce rôle de "prophète" dont l'Eglise de France a besoin.
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