Le nouvel archevêque de Paris
Apr 09, 2005
L'action du nouvel archevêque de la capitale, un homme affable et cultivé, s'inscrit dans la lignée de son prédécesseur Mgr André Vingt-Trois, un missionnaire à Paris.
(Le Figaro 11-2-05) Le pape Jean-Paul II a nommé hier Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Tours, pour succéder au cardinal archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger, 78 ans. Mgr Vingt-Trois, ancien conseiller de Mgr Lustiger, devrait être bientôt élevé au rang de cardinal. Le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a salué «la personnalité exceptionnelle» de Mgr Lustiger.
Mgr Vingt-Trois célébrera son installation à Notre-Dame le 5 mars. Dans un message qui sera lu lors des messes dominicales du week-end, Mgr Lustiger se réjouit que son successeur soit un «enfant de la Montagne Sainte-Geneviève».
Il est né à Paris, où il a grandi et effectué les trente premières années de son ministère de prêtre, mais Mgr André Vingt-Trois ne revient pas en terrain conquis. «Paris a beaucoup changé en six ans. Mon premier souci sera de redécouvrir la ville», confiait-il hier modestement. Encore sous le choc de sa nomination, il avoue «ne pas être sûr d'être encore bien réveillé», dans un de ses éclats de rire sonore et gouailleur qui le font reconnaître entre mille.
Son parcours, sa pensée, sont étroitement liés à celui qui vient de présider pendant près d'un quart de siècle aux destinées de l'Eglise parisienne. Même si leur histoire et leur tempérament ne se ressemblent guère. Dès l'âge de 10 ans, André Vingt-Trois, élève au lycée Henri-IV, sur la Montagne Sainte-Geneviève, se sent appelé au sacerdoce.
Ordonné le 28 juin 1969, il est nommé vicaire à la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal, porte de Saint-Cloud, où il voit arriver quelques semaines plus tard un nouveau curé nommé Jean-Marie Lustiger qui fut, quelques années auparavant, son aumônier au Centre Richelieu.
C'est durant cette période de cinq ans en paroisse que les deux hommes forgent leur vision commune de l'avenir de l'Eglise, au moment où les retombées de mai 1968 et de certaines interprétations hâtives du concile Vatican II bousculent les communautés chrétiennes. Priorité aux vocations sacerdotales, formation solide des laïcs, éloge de la beauté liturgique, élan missionnaire et défense de la famille : tels sont les cinq piliers du ministère du père André Vingt-Trois.
Directeur au séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux durant sept ans, Mgr Lustiger l'appelle à ses côtés dès sa nomination comme archevêque de Paris, en 1981. C'est lui qui met sur pied le séminaire parisien, conçu autour d'une année de discernement puis de petites communautés adossées aux paroisses. En quelques années, les entrées au séminaire augmentent.
C'est lui encore qui donne le coup d'envoi de l'Ecole cathédrale, notamment destinée à former les catholiques prenant des responsabilités dans l'Eglise, et qui attire aujourd'hui plusieurs milliers de laïcs. C'est lui qui accompagna l'essor de Radio Notre-Dame. C'est lui toujours qui, dans l'ombre, permettra au cardinal de jouer un rôle décisif lors de la «guerre scolaire» de 1984.
Il ne fut certes pas seul dans ces entreprises et Mgr Lustiger s'appuya sur d'autres prêtres ensuite promus évêques (Michel Coloni, Jacques Perrier, Eric Aumonier, Maurice de Germiny...). Mais le père Vingt-Trois fut bien le bras droit de l'archevêque de Paris. Au point que certains prêtres parisiens, hostiles aux projets du cardinal, l'avaient perfidement surnommé «la voix de son maître».
Homme de devoir et de service, le vicaire général, nommé ensuite évêque auxiliaire du diocèse, n'eut jamais le souci de soigner son image et masqua les blessures d'amour-propre sous un humour volontiers caustique.
Aucun mimétisme, pourtant, entre l'aîné et le cadet. Nourri, comme Lustiger et son collègue de Lyon Philippe Barbarin, de la lecture des grands théologiens Henri de Lubac, Urs von Balthasar, Louis Bouyer ou Jospeh Ratzinger, qui façonnèrent avant eux un certain Karol Wojtyla, André Vingt-Trois est également une belle intelligence. Mais, si l'archevêque de Paris sortant est un homme d'intuitions, son successeur est un homme de construction.
Très citadin, toujours pressé, souvent impatient, le cardinal Lustiger sillonnait Paris en voiture. D'allure provinciale, le béret vissé sur la tête, prenant toujours son temps et d'un naturel débonnaire, Mgr Vingt-Trois préférait arpenter la capitale à vélo.
Une pratique qu'il a abandonnée à Tours, où il fut nommé archevêque le 21 avril 1999. Dans la ville de saint Martin, la personnalité de cet homme secret s'est déployée. Le maire socialiste de la ville, Jean Germain, se félicite des «relations courtoises» qu'il entretient avec cet homme «affable et cultivé». Comme Mgr Lustiger à Paris, Mgr Vingt-Trois s'est posé en premier catéchiste de ses diocésains. Dans sa cathédrale, il multiplie les enseignements, sur la messe et les sacrements, par exemple.
Le 11 novembre 2003, jour de la Saint-Martin, il a lancé un programme d'évangélisation sur cinq ans, à l'énoncé explicitement missionnaire : «Avance au large.» Rompant avec la prudence ecclésiastique, il pointait ce jour-là «les limites d'une tolérance de la société, qui ne remet rien en question, et surtout pas les manières de vivre».
C'est avec cette conscience que le christianisme apporte à la société un message dérangeant mais «source d'espérance», qu'il préside également la commission épiscopale de la famille où, plutôt que d'entrer dans des polémiques réductrices, il promeut un approfondissement, biblique et sacramentel de la famille et du mariage chrétien. C'est ce double souci de l'enracinement spirituel et de l'ouverture missionnaire que résume sa devise, puisée dans l'évangile de saint Jean : «Dieu a tant aimé le monde.»