Sfeir : Le patriarcat existe depuis 1 500 ans et continuera d’exister
Jan 17, 2008
Défilé de délégations populaires et de personnalités à Bkerké pour stigmatiser la campagne orchestrée contre le patriarche.
(lorient-lejour.com.lb, 17 janvier 2008) La campagne injurieuse et vile orchestrée par les ténors chrétiens de l’opposition du 8 Mars contre le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, a suscité hier, pour la deuxième journée consécutive, une levée de boucliers dans les milieux politiques et populaires. Tout au long de la journée d’hier, de nombreuses délégations populaires et personnalités politiques se sont rendues à Bkerké pour exprimer leur solidarité avec le cardinal Sfeir et stigmatiser les attaques hideuses dirigées contre lui, notamment par l’ancien député Sleimane Frangié. Le siège patriarcal a par ailleurs reçu un grand nombre d’appels téléphoniques de Libanais de la diaspora, de plusieurs pays du monde, condamnant la campagne lancée contre Bkerké.
Le patriarche a reçu dans ce cadre en début de matinée le président Amine Gemayel et son épouse, Mme Joyce Gemayel, puis le député Boutros Harb, l’ancien député Mansour Ghanem el-Bone, et en soirée une délégation des pôles chrétiens du 14 Mars (voir par ailleurs), ainsi que le nonce apostolique, Mgr Luigi Gatti. En fin de journée, il a tenu une réunion avec plusieurs prélats, en présence du nonce. Le secrétariat du patriarche a publié, à l’issue de cette réunion, un communiqué remerciant toutes les délégations populaires et personnalités qui se sont rendues à Bkerké afin d’« appuyer les positions du patriarche ». Le communiqué invite sur ce plan tous ceux qui envisagent de se rendre durant le week-end au siège du patriarcat de s’abstenir de le faire afin que « le patriarche et les évêques puissent se consacrer à la prière et la réflexion en vue de sortir le pays de la crise ».
L’entrevue avec le président Gemayel s’est déroulée en présence de Mme Joyce Gemayel, du vice-président du parti Kataëb, Joseph Abou Khalil, et du responsable des régionaux kataëb, Michel Mekattaf. À l’issue de la réunion, le président Gemayel a déclaré : « Nous stigmatisons vivement les propos tenus à l’égard du patriarche, d’autant qu’ils ont été tenus par des responsables maronites qui devraient se solidariser avec Bkerké et être un rempart pour la défense du patriarcat, au lieu d’être à l’avant-garde de ceux qui s’en prennent à Bkerké sans aucune logique, de façon immorale, et d’une manière contraire aux coutumes, aux traditions, au sens des responsabilités. Les propos qui ont été tenus sont déplorables. On ne saurait les dissocier du grave plan qui vise toutes nos institutions nationales. »
« Ce n’est pas un hasard si dans le même temps la présidence de la République est vacante et si l’on porte atteinte au commandement de l’armée, comme l’a montré l’assassinat du général François el-Hajj, a déclaré le président Gemayel. De surcroît, nous lisons dans une certaine presse des attaques qui visent le commandant de l’armée qu’ils avaient pressenti pourtant pour la présidence, mais ils s’en prennent de temps à autre à lui, comme ils le font avec les autres institutions nationales. Ils semblent ainsi vouloir faire payer au patriarche le prix du premier appel de Bkerké, en 2000, qui a donné le coup d’envoi du processus de recouvrement de l’indépendance et de la souveraineté qui a abouti au retrait de l’armée syrienne. Il ne fait aucun doute que nous nous trouvons face à une campagne orchestrée, et les événements qui se produisent, dont l’agression contre un véhicule de l’ambassade américaine, prouvent qu’il existe un chef d’orchestre unique qui répartit les rôles. »
Le président Gemayel s’est d’autre part demandé « comment certains maronites ne prennent pas conscience de la gravité de ce complot et de ce plan diabolique qui visent leur rôle dans ce pays ainsi que leur avenir ». Appelant à un sursaut de conscience sur ce plan « loin de la vision partisane », le président Gemayel a indiqué que des contacts seront entrepris avec les prélats, les forces actives et les responsables dans les paroisses « afin d’aboutir à une position nationale pour faire face à la campagne dirigée contre la plus haute autorité » maronite. Le président Gemayel a, par ailleurs, relevé qu’une caricature portant sur un dignitaire religieux (allusion à une émission satirique de la LBC sur Hassan Nasrallah) avait provoqué un tollé « alors que nous, maronites, nous portons atteinte à ce siège patriarcal qui représente une autorité nationale ».
Après avoir souligné qu’« il est facile de détruire, alors que construire est beaucoup plus difficile », le président Gemayel a dénoncé « la logique qui consiste à répéter comme un perroquet le mot d’ordre » lancé par des forces occultes.
Les délégations populaires
Le patriarche Sfeir a ensuite reçu dans la journée le député Boutros Harb, M. Mansour el-Bone, l’ancien secrétaire général de la Ligue maronite, Khalil Karam, qui ont tous condamné les attaques contre Bkerké. M. Robert Boulos a souligné pour sa part que « les propos tenus par l’ancien ministre Sleimane Frangié sont contraires aux traditions de la région de Zghorta qui a donné au pays des personnalités telles que le patriarche Douaihy, Youssef bey Karam, Jawad Boulos et le président Frangié qui soulignait constamment la nécessité de respecter l’autorité de Bkerké ».
Par ailleurs, recevant en début de matinée une première délégation populaire, le patriarche maronite a déclaré : « Pardonnez-leur, Seigneur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Devant une délégation de Jbeil, le cardinal Sfeir a d’autre part déclaré : « Vous savez sans doute que le patriarcat maronite n’est pas né d’hier. Il remonte à 1 500 ans et il continuera d’exister. Malheureusement, certains de ses fils l’attaquent, mais ces attaques se retourneront contre eux. Nous ne voulons porter préjudice à personne. Tant que les Libanais seront divisés, le Liban sera en danger. Les circonstances nous imposent de resserrer les rangs afin d’être constamment au service du Liban et des valeurs que nous avons héritées de nos ancêtres. Le Liban ne sera préservé que par ses fils. Ceux qui ont reçu des leçons d’ici et de là savent qu’ils ne préservent pas le Liban, mais qu’ils servent plutôt ceux qui leur ont appris leur leçon. »
Le patriarche a ensuite reçu une importante délégation des Forces libanaises du Kesrouan. Prenant la parole, Mgr Sfeir a déclaré : « Nous déplorons vivement cette campagne menée par certaines personnes de mauvaise foi qui sont connues. Ce n’est pas la première fois que le siège patriarcal est la cible d’une telle campagne. Nous avons toujours en mémoire ce qui s’est passé à la fin des années 80 et au début des années 90 (allusion à l’attitude de partisans du général Michel Aoun qui avaient alors pris à partie le cardinal Sfeir et provoqué des dégâts au salon du patriarcat à la suite de l’approbation de l’accord de Taëf). Il semble que nous n’avons rien appris. Ce qui s’est passé auparavant se reproduit aujourd’hui. Nous demandons au Seigneur de leur pardonner et nous répétons avec le Christ qu’Il leur pardonne car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Le cardinal Sfeir a souligné par ailleurs que le siège patriarcal « n’est nullement notre propriété ». « De nombreux patriarches nous ont précédés et de nombreux autres nous suivront, a ajouté Mgr Sfeir. Nous invitons tous les Libanais à se tenir aux côtés non seulement de ce siège patriarcal, mais aussi aux côtés de toutes les instances religieuses au Liban ».
Le cardinal Sfeir a également reçu une grande délégation des Forces libanaises de Baabda, soulignant notamment que le siège patriarcal est au service « non pas du patriarche en exercice, mais de tous les maronites et tous les Libanais ».