Bilan de l’action œcuménique du pape
Oct 07, 2004
Le cardinal Nasrallah Pierre Sfeir, patriarche d’Antioche des maronites, est intervenu sur l’œcuménisme et le dialogue interreligieux durant le pontificat de Jean-Paul II, au cours de la rencontre des cardinaux, patriarches et présidents des conférences épiscopales, à Rome, du 15 au 18 octobre.
(DICI, 25/10/2003) Le cardinal Nasrallah Pierre Sfeir, patriarche d’Antioche des maronites, est intervenu sur l’œcuménisme et le dialogue interreligieux durant le pontificat de Jean-Paul II, au cours de la rencontre des cardinaux, patriarches et présidents des conférences épiscopales, à Rome, du 15 au 18 octobre.
Il faut se souvenir que le nouveau cardinal, résidant au Liban, a souvent montré du courage pour dénoncer l’occupation de son pays par la Syrie ou les tensions avec Israël. Cette situation entraîne naturellement chez lui une préoccupation spéciale pour les relations avec l’Islam et le judaïsme. C’est pourquoi il voit, dans l’œcuménisme, introduit par le concile et par le pontificat actuel, une solution aux problèmes du Moyen-Orient.
Le cardinal a rendu hommage à Jean-Paul II pour son encyclique Ut unum sint, sur l’unité des chrétiens, publiée en 1995. Il a par ailleurs rappelé les nombreux gestes de demande de pardon du pape, en soulignant comment le pape "a admis la culpabilité de l’Eglise malgré certaines objections et réticences manifestées par les uns et par les autres dans quelques sphères catholiques". "Pour Jean-Paul II, l’oecuménisme est un engagement définitif pris par l’Eglise catholique", a ajouté le cardinal Sfeir, en rappelant tous les contacts personnels avec les nombreux chefs d’Eglises ou de communautés ecclésiales pris par le souverain pontife au Vatican ou lors de ses voyages. "L’oecuménisme est intégré dans le ministère quotidien de Jean-Paul II", a-t-il insisté.
Parmi les problèmes qui ont entravé le désir du pape de parvenir à l’unité des chrétiens, le patriarche maronite a mentionné la question du ministère pétrinien (c’est-à-dire la primauté du pape, ndlr), en citant Jean-Paul II : cela "représente une difficulté pour la plupart des autres chrétiens dont la mémoire est marquée par certains souvenirs douloureux", et "pour ce dont nous sommes responsables, je demande pardon", en ajoutant cette phrase où le pape se félicite de ce que ce problème soit déjà "devenu un objet d’étude, en cours ou en projet".
Traitant, en seconde partie de son exposé, la question du dialogue interreligieux, le cardinal Sfeir a abordé les relations que Jean-Paul II a eues avec l’islam et le judaïsme. Il a rappelé les nombreux voyages du pape dans des pays où les communautés musulmanes sont importantes, et les rencontres interreligieuses organisées à Assise à son initiative, en 1986 et en 1999. Au cours de cette dernière journée, a rappelé le patriarche, Jean-Paul II avait souligné que "toute utilisation de la religion visant à promouvoir la violence est un abus de la religion. La religion n’est pas et ne doit pas devenir un prétexte pour les conflits, en particulier lorsque l’identité religieuse, culturelle et ethnique coïncident".
Quant aux gestes du pape à l’égard des juifs, le cardinal libanais a cité sa visite à la grande synagogue de Rome en avril 1986, sa prière au mur des Lamentations en mars 2000 au cours de son voyage en Israël, et, entre les deux, l’"accord fondamental" signé en décembre 1993 entre le Saint-Siège et Israël, par lequel des relations diplomatiques ont été établies entre les deux Etats.
Le patriarche n’a pas manqué toutefois d’évoquer également les sujets de controverses qui ont suscité des animosités entre l’Eglise et les juifs, parmi lesquels l’affaire du Carmel d’Auschwitz qui a été remplacé par un centre d’étude juif en 1992, les protestations des juifs face au procès de béatification en cours de Pie XII, ou encore la canonisation d’Edith Stein en 1998. Et de conclure : "Jean-Paul II a bien mérité et de l’Eglise et de l’Humanité, pour lesquelles, il a toujours tracé, au prix de sa santé, le chemin à suivre."