Giacomo Cardinal Biffi Giacomo Cardinal Biffi
Function:
Archbishop Emeritus of Bologna, Italy
Title:
Cardinal Priest of SS Giovanni Evangelista e Petronio
Birthdate:
Jun 13, 1928
Country:
Italy
Elevated:
May 25, 1985
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French Immigration : l’analyse du Cardinal Biffi
May 07, 2006
Dans un texte publié le 8 octobre 2004, le Cardinal Biffi, évêque de Bologne, essaie d’aborder le problème de l’immigration d’un point de vue à la fois réaliste et chrétien.

(europaegentes.com, May 2006) Il relève en premier lieu « que jusqu’à présent l’on n’a pas accordé à ce problème l’attention pastorale qu’il mérite, et que l’on a manqué de réalisme dans la façon de l’évaluer et de l’affronter (…) Sans aucun doute, il ne sert à rien de verser dans un alarmisme de principe. Mais il est tout aussi vain de donner dans une banalisation tranquillisante (ansiolitiche), et dans une minimisation qui suscite de faux espoirs (…) il est improbable que tout se résolve comme automatiquement, sans interventions positives, et que la tension se dissipe rapidement, comme un orage d’été, qui est ordinairement de courte durée et ne suscite pas de préoccupations sur le long terme.

Concernant les solutions apportées le Cardinal Biffi relève que :

« Les mesures qui sont prises au jour le jour sont hétérogènes et semblent même souvent contradictoires. Elles dénotent la carence de projet cohérent et, plus profondément, l’absence d’une interprétation correcte et réaliste de ce qui est en train de se produire ».

A cet égard, il se montre critique vis à vis d’un évangélisme éthérée et quelque peu angélique :
« L’exaltation dans l’abstrait de la solidarité et du primat de la charité évangélique – qui, en soi, est légitime en tant qu’elle rappelle un principe, et même représente un devoir – est une attitude plus généreuse et bien intentionnée que vraiment utile, si elle refuse de se mesurer à la complexité du problème et d’affronter la dure réalité des faits ».

Sur le plan de la société civile, il considère avec réalisme que « Le souhait principal que nous croyons devoir formuler pour l’Etat et la société civile, est que certaines convictions préalables deviennent claires et soient communément accueillies, afin que le phénomène de l’immigration soit abordé sur la base d’une "culture" plausible et largement partagée ».

Est incontestable, par exemple, le principe qu’à chaque peuple doivent être reconnus les espaces, les moyens, les conditions qui lui permettent, non seulement de survivre, mais aussi de vivre et de se développer selon ce qui est requis par la dignité humaine.

Ce principe ne doit pas cependant permettre de déduire qu’une nation n’aurait pas le droit de contrôler et de régler l’afflux des gens qui veulent y entrer à tout prix. On peut encore moins en déduire qu’elle a le devoir d’ouvrir sans discernement ses propres frontières.

Sur le plan du contrôle de l’immigration, il faut dire au contraire que tout projet viable d’insertion pacifique suppose et exige que les entrées soient surveillées et fassent l’objet de réglementations. Entre autres, il est évident pour tous que les entrées arbitraires – quand elles ont la réputation d’être assez facilement réalisables – déterminent fatalement, d’une part le développement incontrôlé de la misère et du désespoir (et souvent de dangereuses apparitions d’intolérance et de rejet absolu des étrangers), d’autre part le développement d’une industrie criminelle qui exploite ceux qui aspirent à passer clandestinement les frontières.

Au niveau européen, à cet égard, il est donc légitime moralement que l’Union mette en œuvre un dispositif afin de maîtriser et réglementer les flux migratoires. Sur le plan judiciaire et policier, une coopération accrue entre services européens apparaît absolument nécessaire dés lors que dans le cadre de l’Union, la libre circulation des personnes est le principe. Sur le plan moral, les passeurs sont en réalité l’incarnation moderne de ceux que l’on appelait les négriers et qui profitent de l’indigence de populations fuyant la misère. Une repression accrue de ces passeurs doit se manifester par une criminalisation dans le code pénal de l’infraction.

Des projets d’ensemble réalistes

Bien entendu, pour ceux des immigrés qui sont entrés sur le territoire national de manière régulière, des règles doivent être clairement définies : « Celui qui vient chez nous doit savoir dès le début qu’il lui sera demandé, comme contrepartie nécessaire de l’hospitalité, le respect de toutes les règles de vie en commun qui sont en vigueur chez nous, y compris les lois fiscales.(…) Autrement, on ne ferait que susciter et favoriser de pernicieuses crises de rejet, des comportements aveugles de xénophobie et l’apparition de déplorables intolérances raciales ».

Cependant, au delà de tous ces aspects qui relèvent du droit pour chaque Etat de maîtriser des flux migratoires, et du droit général à l’immigration, se pose un problème fondamental qui est celui du droit des peuples et des nations à préserver leur propre identité.

Si l’on considère que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un principe qui doit régir le droit national, combien à plus forte raison ne pas considérer que l’Etat doit pouvoir apprécier le nombre d’étrangers séjournant sur le territoire dés lors qu’en raison d’une proportion important de ces derniers de par leur culture ou leur religion, risquent de changer le substrat même d’un peuple et son identité.

La sauvegarde de l’identité nationale

Le Cardinal développe ici un discours, dans la continuité de Jean-Paul II sur l’identité nationale : « Une introduction considérable d’étrangers dans notre péninsule est acceptable et peut même s’avérer bénéfique, à condition de s’occuper sérieusement de sauvegarder la véritable physionomie propre de notre nation. L’Italie n’est pas une lande déserte ou semi-habitée, sans histoire, sans traditions vivantes et vitales, sans physionomie culturelle et spirituelle propre, un pays que l’on pourrait peupler sans discernement, comme s’il n’avait pas un patrimoine typique d’humanisme et de civilisation qui ne doit pas être perdu ».

La question se pose alors de savoir ce qui doit advenir de ceux qui sont sur le territoire de manière durable. Mgr BIFFI développe ce point en soulignant notamment que « Il faut pour cela œuvrer concrètement, afin que ceux qui entendent s’établir définitivement chez nous s’inculturent dans la réalité spirituelle, morale, juridique de notre pays, et soient mis en mesure de connaître au mieux les traditions littéraires, esthétiques, religieuses de cette portion d’humanité dont ils sont devenus partie prenante ».

A cette fin, les conditions concrètes d’origine des immigrés sont à prendre en compte, et les autorités ne doivent pas négliger cette donnée de la question.
« Dans une perspective réaliste, on préférera (à égalité de conditions, surtout pour ce qui concerne l’honnêteté des intentions et la correction du comportement) les populations catholiques ou au moins chrétiennes, dont l’insertion est infiniment plus aisée »

Concernant les populations d’origine musulmane, le Cardinal exprime son plus profond scepticisme. Il rejoint l’analyse qui était celle de Charles de Foucauld il y a un siècle.

L’alternative selon lui se pose dans les termes suivants : « J’estime quant à moi, disais-je, que l’Europe redeviendra chrétienne ou deviendra musulmane. Ce qui me paraît sans avenir, c’est la "culture du néant", de la liberté sans limites et sans contenu, du scepticisme vanté comme une conquête intellectuelle ; culture qui semble être l’attitude largement dominante dans les peuples européens, tous plus ou moins riches de moyens, mais pauvres de vérité. »

« Cette "culture du néant", qui est soutenue par l’hédonisme et par un esprit libertaire insatiable, ne sera pas en mesure de résister à l’assaut idéologique de l’Islam. Seule la redécouverte de l’événement chrétien comme unique voie de salut pour l’homme, et donc seule une résurrection décidée de l’antique âme de l’Europe, pourra donner une autre issue à cette confrontation inévitable. L’espérance réside en ceci : que la gravité de la situation puisse un jour inciter à un réveil efficace de la raison et de la foi antique ».

Cette analyse pleine de bon sens et d’humanité qui tranche quelque peu avec les mots d’ordre éthérés et naïfs, doit être le vecteur d’une action européenne à la fois réaliste et fidèle à sa tradition humaniste.

Mais la première condition nous semble-t-il est que les européens eux-mêmes en soient les premiers convaincus. C’est sans doute finalement la tâche la plus difficile.
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