Roger Marie Élie Cardinal Etchegaray Roger Marie Élie Cardinal Etchegaray
Function:
President Emeritus of Justice and Peace, Roman Curia
Title:
Cardinal Bishop of Suburbicarian See of Porto-Santa Rufina
Birthdate:
Sept 25, 1922
Country:
France
Elevated:
Jun 30, 1979
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French « J’avance comme un âne... », nouvelle édition (I)
Mar 06, 2007
Plus de vingt ans après la parution de son ouvrage J’avance comme un âne... à temps et à contretemps, vendu à 50.000 exemplaires, le cardinal Roger Etchegaray publie J’avance comme un âne... : petits clins d’œil au ciel et à la terre, une édition enrichie par sa longue expérience romaine.

ROME, Lundi 5 mars 2007 (ZENIT.org) - L’ouvrage est publié aux Editions Fayard.

« A partir de mon témoignage, j’espère faire comprendre quelque chose sur le plaisir que j’ai de vivre.. » a déclaré à Zenit le cardinal Etchegaray, aujourd’hui détaché de toute responsabilité officielle dans l’Eglise, mais toujours actif.

Le cardinal Etchegaray, président émérite des Conseils pontificaux Justice et paix et Cor Unum, qui prévoit également la publication de ses Mémoires l’année prochaine, a confié, dans cet entretien, l’immense plaisir qu’il a eu en écrivant ce « recueil de méditations, tout en œillades et pochades - dit-il lui-même - qui doit être pris selon la dose indiquée ». Ce souhait : « Soyeux heureux d’exister » est le plus beau des souhaits jamais reçus dans son existence. Il le livre à ses lecteurs...

Nous publions ci-dessous la première partie de cet entretien.

Zenit : Monsieur le Cardinal, décrivez-nous tout d’abord le contexte dans lequel a été décidée cette réédition de J’avance comme un âne... publié en 1984

Card. Etchegaray : C’est plus qu’une réédition. Quand j’ai quitté Marseille pour venir à Rome, j’avais offert ce livre aux marseillais parce qu’il portait l’odeur de la lavande, toutes les odeurs de Marseille. C’était un best-seller à l’époque. Il a été tiré à 50.000 exemplaires, ce qui est énorme, m’a-t-on dit, pour un livre religieux. Et puis, épuisé depuis longtemps, très souvent on me demandait « J’avance comme un âne.. où ça en est ? ». Alors mon éditeur, Fayard, a consenti à ressortir le livre, mais alors complètement refait, je voudrais dire « rajeuni » après 20 ans. En fait, la moitié des pages de cette nouvelle édition n’existait pas dans la première édition. Les choses avaient évidemment évolué. Mais, 20 ans après, cette nouvelle édition reste quand même fidèle à ses origines, en ce sens que toutes ces pages partent de l’actualité, pas de l’actualité que l’on dit à la radio, à la télé ou dans le journal, qui y est aussi, mais l’actualité telle qu’elle l’est pour un chrétien, l’actualité de Dieu qui vit. Ce qui est important c’est de faire le lien entre Dieu et le monde, entre la terre et le ciel. D’où le sous-titre de mon livre « des petits clins d’œil au ciel et à la terre », c’est-à-dire aux gens qui m’entourent, ou dont j’entends parler par les médias, et puis à Dieu qui est toujours présent en moi, par la prière quotidienne surtout. C’est important de ne pas manquer ce contact chaque jour avec Dieu qui est notre Père.

Zenit : Les réflexions que vous vous faites dans cet ouvrage, sont-elles des réflexions que vous vous êtes faites au gré de tous vos engagements au service du Saint-Siège, et que vous avez, aujourd’hui envie de partager un peu comme un « trop plein » après des années de discrétion obligée ?

Card. Etchegaray : J’ose dire que mon livre est un livre ordinaire. Pas un livre d’histoire, un livre de sciences ou de théologie. Un livre qui doit permettre à chacun de garder ce contact avec Dieu et avec nos frères. Je suis en train d’écrire mes mémoires. Une demande qui m’a été faite par le même éditeur, Fayard, et que j’ai finie par accepter après avoir longtemps hésité. Finalement, je me suis laissé faire, et le livre devrait paraître l’année prochaine. Et bien, dans les mémoires il faut être fidèle à ce que l’on a fait, ou ce que l’on a vu. Tandis que là, dans « J’avance comme une âne... » je peux raconter les choses peut-être d’une manière, je dirais presque plus légère, beaucoup plus spirituelle dans le sens de l’‘humour’. Ces petits clins d’œil que je propose, disent bien mon état d’esprit. On sait qu’un clin d’œil, c’est quelque chose de discret, rapide et qui sous-entend une certaine complicité. Se faire des clins d’œil signifie qu’on se comprend à demi-mot. Les pages de mon livre, il faut les lire par petits bouts. On peut prendre le livre n’importe quand, à n’importe quelle page. Il n’y a pas d’ordre. Et des clins d’œil ça permet quand même de saisir les événements pour en tirer le « suc », c’est-à-dire toute la saveur, dans la mesure où tout ce qui nous arrive, tout ce que nous faisons, a du goût.

Zenit : Alors justement, parlez-nous de ce plaisir intense que vous avez eu finalement à réécrire cet ouvrage ...

Card. Etchegaray : J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce livre. Car cela m’a permis, surtout en vieillissant (j’ai 20 ans de plus que quand le livre est sorti), de garder toute ma jeunesse d’esprit face aux rencontres que je peux faire autour de moi et qui sont très variées. Ces rencontres sont imprévisibles, vous savez. On croit que je suis un homme très réglé, mais en fait je suis quelqu’un qui n’a pas de programmes fixes. Comme disait saint Vincent de Paul : « Ce sont les événements qui sont mes maîtres ». Donc, je prends la vie comme elle vient, avec beaucoup, je ne dis pas de philosophie, mais avec beaucoup de foi : les choses agréables ou pas agréables, et il y en a hélas beaucoup dans une vie ! J’ai eu beaucoup de plaisir à livrer mon petit témoignage, qui part de choses très diverses, et j’espère que j’ai pu faire comprendre quelque chose sur le plaisir que j’ai de vivre. Bien que je ne veuille pas établir de choix ou de préférence dans mes pages, votre question me renvoie à une phrase de mon livre : « Soyez heureux d’exister ». C’est ce qu’on m’a dit quand j’étais montagnard autrefois, dans un refuge. Et ce souhait m’a beaucoup travaillé. C’est le plus beau souhait que l’on puisse faire à quelqu’un. Je vous lis mon petit clin d’œil sur la joie de vivre (p.214), sur le goût de vivre, le goût de Dieu qui donne le goût de vivre si on le rend complice de nous : « Après avoir bien digéré ce souhait d’apparence si banale, je vous le livre comme le plus beau de tous et que le goût de vivre vous donne l’envie de chanter, juste ou faux... » et là, parmi les grands écrivains de notre époque, un de ceux que j’aime beaucoup, Paul Claudel, je cite un passage de sa pièce de théâtre « Le soulier de satin » quand ce personnage extraordinaire Dona Musique dit : « Mon Dieu, vous m’avez donné ce pouvoir que tous ceux qui me regardent aient envie de chanter. C’est comme si je leur communiquais la mesure tout bas ». J’ose penser qu’à ceux qui m’abordent, ceux qui me voient comme je suis, avec mes limites, mes défauts aussi qui sont certes visibles, je puisse communiquer le goût de vivre comme moi-même je l’ai.

Zenit : Vous parlez de plaisir de vivre, parlons alors aussi de votre attachement au dialogue face à la diversité humaine, votre attachement à l’affirmation des peuples en général qui commence peut-être par celle de vos origines basques.. et qui expliquerait votre passion pour les voyages.

Card. Etchegaray :C’est vrai et je vous remercie de souligner mes origines basques. J’en suis très fier. Très fier de tout ce que mon petit pays basque et ma famille basque m’ont donné pour être ce que je suis aujourd’hui. On dit que le basque est aventurier. C’est peut-être vrai. Il y a des grands aventuriers, des corsaires, mais il y a aussi des missionnaires et je pense à l’un d’entre eux que j’aime beaucoup : Saint François-Xavier, qui avait une sœur mariée dans mon petit village d’Espelette. Saint François-Xavier, « l’homme aux sandales de Vent » qui a été jusqu’au Japon, qui a voulu aller en Chine et qui n’a pas pu car il est mort à ses portes. Il était vraiment basque. Ce n’est pas que je veuille me comparer à lui, mais il y a toujours eu quelque chose en moi du missionnaire, d’abord comme tout chrétien, puis comme prêtre, comme évêque et maintenant comme cardinal, dans ce sens ou j’ai été envoyé par le Pape en mission aux quatre coins du monde. J’ai beaucoup voyagé, mais j’ai voyagé aussi par plaisir, par goût personnel, et même encore à mon âge je suis prêt à faire de grands voyages. J’ai d’ailleurs des projets d’en faire encore si la santé me le permet. Je crois que ma tête est encore bonne, je peux donc encore rouler ma bosse un peu partout dans le monde. J’y vais par plaisir, mais aussi parce que Dieu veut faire de chaque homme un messager de son amour, de son message qui est un message de fraternité. Quand on a compris ça, on n’a pas envie de rester sur place. Ça vous chatouille les pieds et ça vous donne envie d’aller partout. J’ai fait tous mes voyages, toutes mes missions, parce que le pape me le demandait, mais dans cet esprit-là.

Zenit : On reconnaît-là l’entêtement de l’âne, pour reprendre le titre de votre livre : « J’avance comme un âne.. », un titre insolite d’ailleurs…

Card. Etchegaray :C’est vrai, quand je vous disais au début que le livre a eu beaucoup de succès, c’est aussi, il faut le reconnaître, à cause de ce titre un peu bizarre. Cela a joué beaucoup sur son succès. Je me suis comparé à l’âne tout d’abord parce que j’aime beaucoup les ânes qui ne sont pas si « ânes » qu’on le dit. Jésus lui-même a beaucoup aimé les ânes, puisque c’est sur un ânon qu’il a fait sa dernière entrée à Jérusalem, juste avant de donner sa vie pour nous.

Zenit : Et vous pensez qu’il faut vraiment l’entêtement de l’âne pour garder espoir dans le monde actuel, dans l’avènement d’un monde de paix ? Est-ce le message que vous voulez faire passer dans votre ouvrage ?

Card. Etchegaray :L’âne a beaucoup de qualités : il est sobre, marche lentement mais d’un pas très sûr ; il va par les chemins escarpés, donc loin des autoroutes où la vitesse vous empêche de voir monture et cavalier. Ce qui manque aujourd’hui ce sont des ânes sur les petits sentiers, pour se rencontrer et bavarder. Aujourd’hui on court trop, on se croise à peine, on ne se frotte même pas alors que la vie est faite pour se regarder, non pas égoïstement, mais pour apprendre de l’autre tout ce qu’il peut nous donner de bon. Car chacun est une richesse, souvent d’ailleurs méconnue : on se croit toujours pire que l’on est. Quand on se rencontre, il faut savoir qu’on a beaucoup de choses heureuses, bonnes, excitantes à partager et qui vous donne encore plus le goût de vivre.

Zenit : Donc vous êtes à la retraite, mais tout ce que vous nous dites montre que vous êtes finalement bien actif…

Card. Etchegaray :Actif, oui ! Car même si je n’ai plus de responsabilités dans l’Eglise officiellement, je reste toujours responsable de mes frères, quel que soit l’âge. Dieu m’a donné encore une bonne santé, et même si j’étais souffrant, je pense que je serais encore actif dans le sens où le mot « actif » veut dire « agir ». Il y a d’abord la prière car on ne croit jamais assez à l’importance, à l’efficacité de la prière, cette communication par les esprits qui nous rapproche de tous. Et puis il y a les rencontres : aujourd’hui mon activité consiste à recevoir beaucoup. Je refuse beaucoup d’invitations à des congrès, à des conférences, car je préfère me recueillir, mais je ne m’enferme pas. Je veux faire de mon appartement à Rome un endroit ouvert à tous, en faire une tente comme celle des nomades, une image que j’aime bien car elle est signe d’ouverture aux autres. J’ai connu cette expérience autrefois dans certains déserts. C’est extraordinaire. Alors c’est ce que je voudrais faire maintenant. Que ce soit mon ministère, ma mission. Répondre à tous ceux qui frappent à ma porte, quels qu’ils soient, les grands et les petits. Et pour moi il n’y a ni grands ni petits. Nous sommes tous égaux et j’ai plaisir à recevoir qui que ce soit. C’est ma joie et je suis encore heureux d’exister.

Le cardinal Roger Etchegaray, est né en 1922 à Espelette (Basses-Pyrénées), il a été évêque auxiliaire de Paris (1969-1970) puis archevêque de Marseille (1970-1984), président de la Conférence épiscopale française (1975-1981), président du Conseil des conférences épiscopales d'Europe (1971-1979) et de la Conférence des évêques de France ( 1975- 1981) ; membre du Secrétariat romain pour l'unité des chrétiens (1979) puis président du Conseil pontifical Justice et Paix et du Conseil pontifical Cor Unum (1984-1995), il a présidé le comité central pour le Grand Jubilé de l'an 2000. Il est aujourd'hui vice-doyen du Collège des cardinaux.
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