Derniers hommages à Gantin
May 26, 2008
La grandeur de l’homme à travers quelques chiffres.
(Fraternité 23/05/2008) Son éminence Bernardin Cardinal Gantin a été conduit à sa dernière demeure jeudi 22 mai passé. Mais avant, une cérémonie d’hommage national a été organisée au stade de l’amitié de Cotonou pour les adieux de la nation à l’illustre disparu. A cette séance, on pouvait constater la grandeur de l’homme. Quelques chiffres illustrent à merveille la grande aura de Bernardin Gantin. La messe organisée au stade de l’amitié, a été co-célébrée par plus d’une quarantaine d’évêques, six cardinaux, un légal du pape, plus de quatre cents cinquante prêtres. Au nombre des personnalités politiques, on note la présence de quatre chefs d’Etats (trois anciens, Emile D. Zinsou, Mathieu Kérékou, Nicéphore Soglo et un encore en fonction, Boni Yayi), des députés de tous bords (anciens et nouveaux), des ministres de la république. Des Béninois de toutes les catégories sociales, de toutes les religions et de tous les partis politiques étaient sortis nombreux rendre hommage à celui qui fut le premier archevêque de l’Afrique. Il est difficile voire impossible de trouver dans les annales de l’histoire du Bénin, un homme dont la mort a suscité autant d’émoi et dont les obsèques ont mobilisé autant de monde.
Immortalisation de Feu Cardinal Gantin
Pourquoi pas de son vivant
L’aéroport international de Cadjèhoun (Cotonou) affichera désormais à son fronton l’illustre nom de Feu son éminence Bernardin Cardinal Gantin. Un prix international sera décerné à toute personne œuvrant pour la paix dans le monde. Ainsi en a décidé le gouvernement béninois. Cette décision d’immortaliser le ‘’pape noir’’ a été annoncé par le président de la république, le Dr Boni Yayi lors des obsèques du disparu jeudi dernier. L’adhésion des Béninois de quelque bord politique que ce soit et de quelque confession religieuse, à cette mesure a été totale. Il ne pouvait en être autrement au vu de la grandeur de l’homme, de l’immensité de ses œuvres et de son patriotisme exemplaire. Il faut également ajouter à cela ses actions en faveur de l’humanité qui sont reconnues et louées à travers tout le monde entier. C’est donc à juste qu’il reçoit cet honneur. Et il convient de saluer le gouvernement pour cette bonne action. Cependant, il aurait été juste que tous lauriers dont on le couvre à titre posthume aient été faits de son vivant. Cela aurait eu le mérite de montrer à l’homme la reconnaissance de son peuple qu’il aime tant. Il est vrai que les Béninois lui ont rendu un hommage sans précédant. Mais, il faut également reconnaître que cet hommage ne pouvait égaler celui qu’il aurait reçu s’il avait demeuré à Rome. Le cas du Cardinal Bernadin Gantin est une énième élévation à titre posthume. Il faudrait que l’Etat béninois apprenne à reconnaître le mérite de ses fils de leur vivant. Si la décoration de certains artistes encore vivants est survenue il y a quelques mois, il faut reconnaître que ce fut un véritable chemin de croix. Les hommes des médias ont sans cesse interpellé le gouvernement à ce sujet. Il est donc souhaitable que la palme soit décernée aux méritants de leur vivant pour qu’ils puissent bénéficier des honneurs et avantages découlant de leur ‘’sacralisation’’.
Gantin réconcilie enfin Yayi et Soglo
Il l’a souhaité de tous ses vœux de son vivant. Il a fallu qu’il meure pour que cela se réalise. En effet, depuis la déclaration du G4 le 12 mars 2008, qui a consacré le divorce entre certains partis politiques et le président Boni Yayi, Feu Cardinal Gantin a initié une mission de réconciliation entre les deux camps. Surtout entre le président Nicéphore Dieudonné Soglo, membre du G4 et le Dr Boni Yayi. Le prélat n’avait réussir qu’à obtenir un entretien téléphonique entre les deux personnalités alors qu’il aurait souhaité une rencontre. Comme l’a témoigné le professeur Albert Tévoèdjrè, médiateur de la république et ami de l’illustre disparu. Mais, depuis mercredi dernier, c’est chose faite. Alors que tout le peuple béninois attendait l’arrivée de la dépouille mortelle de son Eminence Feu Bernardin Cardinal Gantin, les deux hommes se sont retrouvés nez à nez au salon d’honneur du désormais aéroport international Bernardin Cardinal Gantin. Pendant toute l’attente, ils se sont entretenus, sûrement au grand bonheur du Cardinal Gantin. Par ailleurs, il a réussi à rassembler autour de sa dépouille mortelle les politiciens de tous les bords. Quand on sait l’atmosphère politique qui règne actuellement dans le pays, on ne peut que se réjouir que le cardinal offre ce cadre aux politiciens. Le reste est de savoir si ces derniers ont su s’enrichir de l’humilité du défunt.
Un homme de gloire mais aussi d’épreuves
Beaucoup de témoignages ont été faits et continuent d’être faits sur la vie et le parcours de son Eminence Bernardin Cardinal Gantin depuis son rappel à Dieu le 13 mai dernier à l’hôpital Georges Pompidou de Paris. Jeudi dernier encore au stade de l’amitié de Kouhounou de Cotonou à l’occasion des hommages officiels qui lui ont été rendues, les souvenirs, les louanges et autres témoignages de ce qu’il était un grand homme et un homme de gloire n’ont pas tari. Venus de la Curie romaine où il a servi pendant plus de trente ans puis de plusieurs autres pays d’Afrique et du monde, des cardinaux, des évêques, des hommes politiques et des amis du défunt ont chacun en des termes élogieux très bien choisis rappelé des moments de gloire qu’ils ont partagé avec lui soit sur le chemin de la foi soit sur le chemin de la vie simplement. Tous ces moments rappelés font dire du patriarche qu’il était un homme chanceux et exceptionnel. Mais comme tout être humain, le cardinal Gantin a connu aussi des moments de grande épreuve. L’événement qu’il vécu avec plus de douleur et dont se souviennent certains de amis, proches et anciens collaborateurs remonte en 1995 en France. Il s’agit de la fameuse affaire Lefebvre. Dans ce dossier, s’est souvenu un ancien correspondant du journal « Le Figaro » au Vatican, « le cardinal a reçu beaucoup de lettres et d’injures ». Monseigneur Marcel Agboton, archevêque de Cotonou invité sur la même émission d’une télévision française, «Kto» que ce correspondant de «Le Figaro», a lui aussi témoigné que le cardinal a vécu certes cet événement « avec beaucoup de douleur mais dans la foi et la sérénité ». Il s’agit d’un dossier dans lequel Monseigneur Lefebvre, un évêque français a violé les dispositions et pratiques sacrées de l’église catholique en décidant de désigner et de consacrer quatre évêques. En vertu des prérogatives qui étaient les siennes à l’époque et malgré qu’on disait qu’il était très proche du fautif, le cardinal noir a rendu la sanction prévue. La suite, beaucoup s’en souviennent encore et ce fût très éprouvant pour le cardinal Gantin comme dans une seconde affaire similaire.
Testament du Cardinal Bernardin Gantin lu par Mgr Paul Vieira, Evêque de Djougou
Mon testament;
Écrit de ma main ce 22 juillet 1998 à Rome, cité du Vatican.
Un testament, c’est une chose importante. Plus qu’un devoir final, il est le message d’ouverture à la dernière messe, à la dernière célébration mystique de ses noces eucharistiques quand il s’agit d’un homme revêtu du sacerdoce.
Comme prêtre, je dois donc l’accomplir avec des sentiments de profondes actions de grâce, avec un coeur contrit et humilié.
Comme prêtre, qu’ai-je pu avoir en propre que je n’ai entièrement et gratuitement reçu.
C’est en effet par la grâce de Dieu uniquement que je suis ce que je suis. Toute ma vie présente, restante et éternelle, devra se passer à dire merci à Dieu trinité: Père, fils et saint-esprit.
Je dédie ces mots du coeur, de la foi et de la vie à Marie, mère de Jésus- Christ et notre mère dans le mois de qui je suis né, 08 mai 1922.
Tout mon amour chrétien se résume en ces simples mots: Dieu, Jésus-Christ, église, le Pape, la sainte vierge Marie, réalités suprêmes que Rome m’a fait redécouvrir, aimer ; et servir. Pour cela encore, comment jamais pouvoir remercier à suffisance le Seigneur.
Mon cardinalat a été une fleur gratuite; que Paul VI a mise sur ma vie en juin 1977. Lorsque la providence m’a associé, je ne sais pourquoi à des géants de la foi, de la culture et du service ecclésial. A part un seul survivant, en ce jour comme moi, tous les autres participants à ce consistoire, le dernier du Pape Montini ont déjà rejoint le Seigneur en son éternité.
Devenu le doyen du prestigieux collège des cardinaux en juin 1993 par l’élection de mes pairs dans l’ordre des évêques, je suis bien conscient de mon indignité en face d’un si grand honneur. A cause de cela, la Basilique Mariale de mon titre cardinaliste subirbiquaire de Palestrina serait normalement selon la tradition lieu de ma sépulture, Mais, pour des raisons du coeur, bien compréhensibles, qui ne mettent nullement en cause mon profond attachement à Rome et au titre d’hostie, je souhaite de toute mon âme être enterré au Bénin, le Dahomey de ma naissance. C’est la terre maternelle et nourricière à laquelle je dois pratiquement tout après Dieu. Les évêques du Bénin savent maintenant que je me suis permis de désigner dans la chapelle du grand séminaire de Ouidah Saint-Gall, l’endroit précis de ma tombe non loin de Mgr Pariso au milieu des jeunes lévites du sacerdoce béninois.
Le Pape Jean-Paul Il a été pour moi un vrai père attentif et encourageant. Il m’a comblé au delà de tout et de tout mérite. Les témoignages en sont infinis. Je le remercie très filialement. A lui, je demande pardon pour mes insuffisances dans les services qu’il m’a confiés.
Pardon également, je demande à qui j’aurais fait de la peine ou du tort. Je demande, comme pauvre pécheur, l’aumône de la prière de tous.
Prière, prière, prière. C’est tout œ que je demande après ma mort. C’est ce dont on le plus besoin les chrétiens. vivants ou morts. Quand ils ne sont plus - de ce monde visible, ils en ont encore plus besoin parce qu’ils ne peuvent plus rien pour eux-mêmes.
Je suis donc dès maintenant très reconnaissant envers ce qui me ferait la charité de leurs souvenirs priants.
Je compte beaucoup sur la solidarité fraternelle qui est l’un des traits de notre église.
Église famille, église communion, église fraternité des saints et ceux qui sont appelés à ce grand idéal de la sainteté.
Prière, prière, prière avant tout et uniquement prière, prière, prière, seulement. Merci !
Dormir avec mes frères du Séminaire Saint-Gall de Ouidah est mon souhait ultime. La chapelle est une demande de faveur.
Ma prière ultime au Dieu Trinité par Marie c’est «Non confuda in éterno», ce qui signifie: « que je ne sois pas couvert de honte pour toujours » .
Cardinal Bernardin Gantin.
Signé le20/05/1996
Authentifié au mois de novembre 2007 en présense de Mgr Paul Vieira, Evêque de Djougou