Hommage à son Eminence Bernardin Cardinal Gantin
Jun 27, 2007
Dans la ronde des jours, immense journée que celle d’aujourd’hui pour le Bénin notre pays, pour la communauté chrétienne, pour la communauté catholique en particulier. C’est aujourd’hui en effet, mardi 26 juin 2007, qu’est rendu un hommage public à un grand Béninois parmi les plus grands, Son Eminence Bernardin Cardinal Gantin.
(La chronique du jour du 26 juin 2007) Hommage oecuménique qui confond toutes les religions du Bénin, par delà leurs credo et leurs évangiles respectifs. Hommage universel de tout un pays, de tout un peuple, toutes générations confondues. Hommage mérité pour ce Prélat d’exception qui totalise 55 ans de sacerdoce, 50 ans d’épiscopat, 30 ans de cardinalat, 85 ans d’âge.
Long, très long a été le chemin. Mais grande, très grande est notre fierté. Ce fut le 11 décembre 1956 qu’a été nommé le tout premier évêque dahoméen et ce fut le 3 février 1957 que ce dernier reçut l’ordination épiscopale. Trois ans plus tard, plus précisément le 5 janvier 1960, le Pape Jean XXIII nommait Mgr Bernardin Gantin le premier Archevêque Métropolitain Noir du continent.
C’est dire qu’avant l’accession du Dahomey à la souveraineté nationale et internationale le 1er août 1960, l’Eglise catholique, à travers l’un des vaillants fils de notre pays, avait déjà su nous indiquer le chemin de nos responsabilités nationales, dans la prise en charge de nous-mêmes par nous-mêmes, dans le rassemblement, en rangs serrés et pour le meilleur, de tous les enfants du pays, selon la symbolique bien connue de la jarre trouée. Dix-sept ans plus tard, en 1977 plus précisément, Mgr Bernardin Gantin fut élevé à l’éminente dignité de cardinal.
Soufflait alors en rafale sur le Bénin le vent du marxisme-léninisme, sous la forme d’une expérience de développement qui se voulait révolutionnaire et qui excluait toute idée de Dieu. C’est à se demander par quel excès, dans un pays croyant, dans un pays de croyants, on a pu décider de mettre hors la loi la religion ainsi désignée du doigt, conformément aux termes du catéchisme officiel en vigueur, comme « l’opium du peuple ». Il fut ainsi des plus mouvementés le retour au bercail, dans son Bénin natal, du nouveau Cardinal alors dans l’administration vaticane à Rome. Dans ce désordre spirituel où Dieu seul pouvait reconnaître les siens, il se fit prophétique, comme s’il prenait un pari sur l’avenir. Le Prélat lança aux maîtres du jour : « C’est au Seigneur que reviendra le dernier mot ». On connaît la suite.
C’est un Bénin renaissant, sous le soleil radieux du renouveau démocratique, qui, en 1993, accueillit, ravi et enchanté, la nouvelle de l’élection de son Eminence Bernardin Cardinal Gantin comme Doyen du collège des cardinaux. Qu’un Africain, le tout premier, fût positionné sur cet éminent promontoire, voilà qui assura à l’Eglise en Afrique une exceptionnelle visibilité, placée qu’elle était alors dans l’antichambre des plus hautes responsabilités ecclésiales.
Ainsi se présente-t-il à nous et en raccourci le grand homme que le Bénin et les Béninois, en communion de pensée avec tous les Africains, avec tous les hommes, toutes les femmes de bonne volonté de par le vaste monde, célèbrent en ce jour béni entre tous. Et aucune voix sincère et sincèrement reconnaissante ne saurait manquer à ce beau chœur d’hommage, tel un fervent hosanna jailli des profondeurs de l’être vers le ciel infini.
A ce grand rendez-vous de la mémoire, il est juste et honnête de reconnaître, contrairement à une idée plutôt courte qui a cours, que le pays n’a commencé ni à l’indépendance en 1960, ni à la Révolution en 1972 ni à l’ère du renouveau démocratique à partir de 1990. Le pays est à l’image d’une longue corde, une corde autour de laquelle s’affairent ses enfants, d’une génération à l’autre, tels des tresseurs de corde, du titre du beau et magnifique roman de Jean Pliya.
Chaque génération de Béninois est ainsi appelée à apporter sa pierre à l’édifice commun, à la mesure de ses ambitions qu’on souhaite toujours grandes, toujours hautes pour le pays. Nous sommes ainsi des héritiers dans la longue chaîne d’un héritage, depuis les pionniers, les premiers sur les traces du soleil levant, jusqu’à nous et au-delà de nous.
Au cours de la semaine de la presse organisée cette année, au Bénin, du 7 au 11 mai 2007, un jeune journaliste certainement en mal d’inventer la poudre à canon ou de réinventer le monde, déclara tout de go et à qui voulait l’entendre qu’il ne se reconnaissait aucun modèle dans la profession. Quelle suffisance ! Quelle prétention !
Le Bénin de nos rêves est à venir. C’est sûr. Mais sa construction se poursuit inlassablement, sans trêve ni repos Aussi serait-il malvenu, à la limite de l’indécence, de dire que les générations de Béninois qui se sont succédé n’ont été constituées que de cancres.Une conception aussi étroite et aussi terre-à-terre de la chaîne des générations, dans la construction d’un pays, nous semble être tout à la fois une injure faite aux aînés, voire à ses propres géniteurs et un aveu d’ignorance.
C’est la raison pour laquelle l’hommage au grand et à l’illustre homme d’église qu’est son Eminence Bernardin Cardinal Gantin doit retentir à nos oreilles comme un hymne à la réconciliation, comme une invite solennelle à jeter un pont entre hier et aujourd’hui, entre des générations de Béninois qui ont contribué et qui contribuent à un seul et même patrimoine : le Bénin, leur pays, le seul qu’il n’ont pas choisi et que personne ne peut leur disputer.