Bernardin Cardinal Gantin † Bernardin Cardinal Gantin †
Function:
Prefect Emeritus of Bishops, Roman Curia
Title:
Cardinal Bishop of Suburbicarian See of Palestrina
Birthdate:
May 08, 1922
Country:
Benin
Elevated:
Jun 27, 1977
More information:
www.catholic-hierarchy.org
Send a text about this cardinal »
View all articles about this cardinal »
French Noces d’or episcopales
Feb 08, 2007
Ouidah, le 03 février 2007

" Quand arriva le jour fixé … les parents de J ésus le portèrent à J érusalem pour le présenter au Seigneur…" Lc 2, 22

Autrefois, avant le Concile Vatican II, la Consécration des Evêques se faisait uniquement le dimanche ou un jour de la fête d’un Apôtre. C’est pourquoi, en 1957, ma consécration a été célébrée non pas le 02 février, le samedi jour marial tant désiré, mais le jour suivant.

En la fête de la r encontr e et de la lumièr e que signifie la présentation de Jésus au Temple 40 jours après sa naissance, l’Eglise, depuis toujours, renouvelle en sa liturgie, les paroles si belles et si chargées de sens que je suis heureux de citer devant vous et vous concernant aujourd’hui : " Les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur" Lc2, 22.

Ces paroles sont inspirées par une reconnaissance qui provient du plus profond de mon coeur extraordinairement réjoui et rajeuni ce matin, à cause de l’immense flot des voeux et des souhaits , plus délicats les uns que les autres, qui accompagnent votre présence.

Voici, en effet, que la célébration d’un jubilé, épiscopal accordé à un grand âge par Dieu dont l’amour est plus jeune que jamais devient la fête d’une jouvence familiale. Comme Marie, " Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur". Je le dis au milieu de vous, bien chers amis, accourus ici de partout comme une seule et grande famille. On dit chez nous " que ce sont les pieds qui honorent la démarche et la dignité du visiteur. "

Fidèle à cette pensée traditionnelle le mot de ceux qui ont ouvert cette cérémonie au nom de tous les dévoués organisateurs, vous a donné déjà le salut de l’accueil. Vous êtes tous les bienvenus en une fête qui sans vous ne serait pas complète la joie de mon coeur.

Au soir de la vie d’un Humble Serviteur de Jésus, de Celui qui est appelé par le Vieillard Siméon : "Lumière pour éclairer les Nations, " les paroles de Saint Luc semblent bien convenir pour qualifier notre grand rassemblement en ce lieu pour dire merci à Dieu, Auteur et Donateur de tous les biens de l’Humanité.

Notre Jérusalem d’aujourd’hui au Bénin, c’est l’antique et illustre ville de Ouidah, reconnue et honorée par tous comme lieu historique de l’accueil, le 18 avril 1861, des premiers messagers de l’Evangile.

Ici, s’est élevée la première grande église Catholique du pays, construite en l’honneur de Marie la Mère Immaculée de Jésus, par Mgr François STEINMETZ, le grand Evêque missionnaire alsacien, devenu légendaire , et justement surnommé "Daga" (l’homme grand) aimé et vénéré à Ouidah où il dort à jamais. Il fut aidé, avec enthousiasme, par tous ses fils et amis d’alors.

En 1909, ce sanctuaire marial fut consacré comme lieu de culte. Plus tard le 08 décembre 1989, sous le premier rectorat d’un prêtre, fils de Ouidah le Père Théophile VILLAÇA, le Pape JeanPaul II l’honora et la couronna du titre glorieux de Basilique mariale, la première sur toute la Côte du Golfe du Bénin.

Ce haut lieu de référence spirituelle appelait aujourd’hui notre grand rendezvous
de prière et de reconnaissance. Le coeur d’une mère est toujours ouvert et assez large pour accueillir joyeusement ses fils et ses filles _ et aussi la visite de ses frères et de ses amis de partout.

Ce jour est donc grand par la nombreuse présence de vous tous. Et le Centre de ce rendezvous
est la célébration de la Sainte Eucharistie, le plus grand de tous les Sacrements. Notre Président, ici présent, le Docteur Thomas BONI YAYI, Chef de l’Etat et Chef du Gouvernement, accompagné par la Première Dame, Chantal de SOUZA en sa ville d’origine et aussi par tous ses ministres, et également par un bon nombre de parlementaires, et diverses hautes personnalités, avait bien voulu me dire que ce 03 février serait la date d’un " grand Evénement National"

Il n’est pas étonnant, que cette rencontre soit débordante, jusqu’au delà de la possibilité de notre hospitalité. Mais l’essentiel est que nous soyons où nous nous trouvons pleinement participants de la joie, de notre unanime solidarité fraternelle.

Oui "ils le portèrent à Jérusalem… et le présentèrent à Dieu…" par fidélité aussi religieuse que amicale. Soyez assurés que moi aussi je vous présente à Dieu, avec vos personnes, vos familles, vos intentions, et notre idéal commun, celui de servir… des causes qui en valent la peine.

Dans la cité comme dans l’Eglise, à quoi servirait un prêtre ou un Evêque, si ce n’est se montrer comme le serviteur de tous… "Homme attentif, dévoué, disponible et proche de tous?
A quoi servirait chaque membre du peuple de Dieu, s’il n’était un maillon solide nécessaire et utile d’une grande chaîne de solidarité sur laquelle une communauté ou une nation doit compter ? A cet égard, voici comment débute la première Epître de celui qu’on appelle l’Apôtre bienaimé.

"Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie… Car la vie s’est manifestée : nous l’avons vu, nous en rendons témoignage … nous vous l’annonçons cette Vie Eternelle afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous."

Ce n’est pas dans les livres que cela se trouve. Mais dans la vie des excellents aînés qui nous ont précédés et tracé la voie, dans la vie de ceux qui nous suivent dans tous les domaines : très cultivés, zélés, généreux, sensibles à la pauvreté, à la souffrance, à la misère des autres… Nous en avons tous connus et aimés qui nous ont profondément marqués… hommes et femmes très libres et désintéressés qui ne se sont pas laissé récupérer par l’argent, ni détourner par la flatterie et la futilité des honneurs…

Pour nous, l’exemple a commencé au Séminaire qui est le premier anneau d’une longue chaîne ou la source où l’on revient toujours par le souvenir ou la reconnaissance. Je me dois de le rappeler en ce jour que vous avez voulu avant tout comme une fête spéciale de la reconnaissance envers le Sacerdoce.

L’actuel Recteur du grand et premier Séminaire de notre Pays, le Yèhouénongleta de Saint Gall de Ouidah me confirmait il y a quelques jours après le témoignage du directeur de notre période Catholique d’information et de formation, La Cr oix du Bénin que le nombre de nos prêtres béninois dépasse aujourd’hui largement les 600 : quelle bonne et réconfortante nouvelle!

Oui, quand on se retourne en voyant, non seulement les voies par lesquelles jour après jour Dieu nous a détachés de tout ce qui n’est pas lui, mais les fruits de ce qui a été semé par nos pères, quel émerveillement et quelles actions de grâces! S’il y a une saison archipleine d’événements et significatifs qui nous invitent aussi à la prière, à l’espérance, à la réflexion et aussi à la réconciliation dans la paix et la fraternité, c’est bien cette saisonci qui nous conduit de Noël à ce jour.

Au Bénin, nous n’avons fait que commencer une période nouvelle qui ne laisse indifférent aucun Béninois : car nous sommes passés du sommeil et du piétinement à l’éveil de l’espérance, des zones de ténèbres aux plages de la clarté et de la lumière…

Le terme de changement proposé comme orientation politique et appel à un idéal meilleur et plus haut, est éminemment évangélique : "conver tissezvous" a été en effet la toute première consigne que l’Evangile nous a rapportée au seuil du grand message de J eanBaptiste et de J ésus ! Oui "les parents de Jésus restèrent dans l’émerveillement de ce qui se disait de lui. " Si nous suivons et aboutissons bien là où nous mène le bon chemin, nous aurons de quoi nous réjouir et de nous émerveiller.

C’est pourquoi, plus que jamais, comme l’ont indiqué les Evêques de ce pays comme de tous les pays africains qui ont faim et soif de justice, de paix, d’excellence, d’émergence définitive et durable, il nous faut nous cr amponner à Dieu seul. On m’a demandé plusieurs fois, en ces derniers temps, à quoi se référait l’essentiel de ces fortes convictions qui m’habitent. Comment, en ce jour, ne pas évoquer avec une ferveur toute spéciale les noms des prélats prestigieux qui au nom du Christ m’ont imposé les mains, d’abord Monseigneur Louis PARISOT, grand Missionnaire Bourguignon pour le sacerdoce ici à Ouidah. Et pour le sacerdoce en plénitude à Rome, la grande et inoubliable figure du Car dinal Eugène TISSERANT, Lorrain, Doyen du Sacré Collège, Académicien français d’une immense culture, travailleur infatigable et témoin d’une bonté discrète et profonde.

La présence aujourd’hui parmi nous de Mme MariePaule HENNEQUIN, sa petite nièce est plus qu’un symbole. C’est une mémoire vivante et émouvante. Mon merci ici n’a pas de mesure. Elles remontent et reposent sur la foi et le sacrifice de nos missionnaires: ils méritent aujourd’hui plus que jamais l’hommage de notre reconnaissance. C’est avec une grande peine que j’ai appris hier la mort de l’un d’eux en France du Père Francis PLUMELET. Il fut un apôtre de grand mérite au Mono et un professeur de qualité exceptionnelle. Son nom restera attaché à la préparation et à l’obtention du premier baccalauréat brillamment conquis par notre séminaire de Ouidah. "C’est sur les tombes que s’édifie l’Eglise missionnaire" Père Jean CAER. Oui, le socle sur lequel se fonde ma vie de serviteur de Dieu remonte à ma prêtrise reçue icimême le 14 janvier 1951 en même temps que Mgr ADIMOU, homme sage s’il en fut à qui bien des vicissitudes de l’histoire de notre Eglise et de notre pays ont donné maintes occasions de se révéler.

Ce fut un riche héritage légué à son coadjuteur et successeur, Monseigneur Isidore de SOUZA. On sait ce que le pays lui doit. Je pense souvent aussi à la parole de Saint Augustin, cet Evêque Africain, le plus grand de tous les temps, Père de l’Eglise, et qui demeure un vrai phare de foi, de vérité, de sagesse. "Tous mes souvenirs disaitil sont des actions de grâces". S’il y a une réalité humaine pour laquelle nous n’avons aucun mérite, c’est bien le don de la vie et encore plus le privilège de la longévité.

C’est pourquoi Remercier , remercier toujour sest mon devoir, notre devoir. Cela est ma propre conviction de toujours… à partir de ma terre natale, le Bénin certes, mais aussi l’Afrique entière. Ainsi, je ne pouvais pas ne pas demander à Jean Paul II de revenir chez nous pour me r eposer , pour écouter et pr ier davantage…

Ma nouvelle façon de servir entrait ainsi parfaitement dans ce qui m’avait le plus marqué à Rome, au contact de gens de toutes provenances, langues et cultures. L’impact indélébile du Concile Vatican II auquel la grâce de Dieu m’avait permis de participer de bout en bout fut aussi un don du ciel et un enrichissement de la terre. Cet événement, grand s’il en fut, doit demeurer encore actuellement comme une étoile lumineuse providentiellement donnée à l’Eglise et au monde. Car il est entré dans beaucoup de choses que je constate de bien et de beau autour de moi comme dans les nombreux pays que j’ai parcourus sur tous les continents de la planète. Je n’ai ni conseil, encore moins de leçon à donner à quiconque. C’est Dieu qui nous éclaire et nous guide chacun selon sa conscience. L’exemple vaut mieux que la parole.

En quittant Rome pour revenir définitivement sur la terre de mes origines, j’ai remercié le Pape qui par exception a permis au doyen des Cardinaux que j’étais de quitter la Ville Eternelle contrairement à une très longue tradition de l’Eglise. Je savais que je retrouverais sa présence en celle de son Représentant diplomatique, le Nonce Apostolique. Celui que nous avons actuellement, Monseigneur Michaël August BLUME est un ami et un soutien.

Paul VI, en m’appelant et me recevant en 1971 au service de la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples avec un autre Archevêque venu de l’Inde, avait prononcé des paroles aimables encourageantes et programmatiques…" "Soyez les bienvenus…" Votre mission ici, plus qu’un honneur, c’est un service qui va jusqu’à la Croix.

Je ne pouvais oublier cet accueil bienveillant et paternel. Mais la voix de la Patrie était plus insistante. Au soir de mon Cardinalat reçu il y a 30 ans, ma mère qui avait assisté aux splendeurs des grands fastes romains m’avait dit : " mon fils, n’oublie jamais le petit coin d’où nous sommes sor tis."

Aujourd’hui en tant que déchargé de ministère, non de mission je n’ai plus grâce d’état comme auparavant… Mais je vois, avec des yeux anciens et un coeur nouveau, qu’il y a beaucoup de raisons d’espér ance, malgré les ombres et les tentations du doute et du découragement…

Jean XXIII, en ouvrant le Concile n’avaitil pas bien prophétisé? Dieu ne se lasse pas de nous aimer et de nous aider même si nous ne le sentons pas toujours. L’ultime consigne qui vaille pour l’humanité entière et donc pour nous aussi aujourd’hui rassemblés ici restera celleci,
selon Saint Jean le bienaimé du Christ " Aimezvous les uns les autres comme je vous ai aimés…

+ Bernardin Cardinal GANTIN
Doyen Emérite du Sacré Collège
URL: http://www.cardinalrating.com/cardinal_136__article_5237.htm
Copyright © by www.cardinalrating.com