Jorge Mario Cardinal Bergoglio, S.J. Jorge Mario Cardinal Bergoglio, S.J.
Function:
Archbishop of Buenos Aires, Argentina
Title:
Cardinal Priest of San Roberto Bellarmino
Birthdate:
Dec 17, 1936
Country:
Argentina
Elevated:
Feb 21, 2001
More information:
www.catholic-hierarchy.org, www.arzbaires.org.ar
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French Jorge Bergoglio : la politique en chaire
Oct 29, 2007
C'est la fête, ce soir-là, dans l'humble chapelle Notre-Dame de l'Incarnation, à Caballito, un quartier de la classe moyenne à Buenos Aires.

(LE MONDE, 25.10.07) Sur le trottoir, un grand feu illumine la nuit, avec des saucisses alignées, prêtes pour l'asado, le traditionnel barbecue argentin. Des dizaines de fidèles se pressent. Un micro à la main, le curé s'époumone pour annoncer l'arrivée de celui que tout le monde attend : "Monseigneur Jorge Bergoglio, archevêque de Buenos Aires et primat d'Argentine." Au son des guitares, le cardinal, âgé de 71 ans, avance vers l'autel, le visage austère.

Il a failli être pape. Timide et effacé, Mgr Bergoglio est le premier jésuite à avoir été nommé primat d'Argentine. Engagé dans le combat contre la pauvreté, mais hostile à la théologie de la libération, il avait représenté, en avril 2005, une alternative au choix du conservateur cardinal Ratzinger. Au fur et à mesure que les suffrages en sa faveur augmentaient "son visage blêmissait", avait révélé à Rome, au lendemain du conclave, un cardinal électeur, sous couvert d'anonymat. Mgr Bergoglio se serait montré si effrayé par la perspective de devenir pape que ses soutiens se seraient effondrés.

A la veille de l'élection présidentielle du 28 octobre, la presse argentine le présente comme "un des pires adversaires" de Nestor Kirchner. Le président péroniste a désigné sa femme, Cristina Kirchner, pour être candidate et éventuellement lui succéder. Elle est donnée favorite face à une opposition divisée.

En mai 2003, l'épiscopat avait mis l'accent sur les espoirs suscités par l'arrivée au pouvoir de M. Kirchner. Depuis, les relations se sont détériorées. Mgr Bergoglio et M. Kirchner ne se parlent plus depuis trois ans. Le président argentin, qui revendique son passé de militant de la gauche péroniste des années 1970, reproche à l'Eglise sa complicité avec la dictature militaire (1976-1983). Il l'accuse de se comporter "comme un parti politique" et d'être dans l'opposition.

La nomination de Jorge Bergoglio, en 1998, à la tête de l'archevêché a marqué une rupture de style. Son prédécesseur, le cardinal Antonio Quarracino, était étroitement lié au pouvoir politique. Fuyant toute vie mondaine, Mgr Bergoglio accorde des audiences aux politiciens, aux hommes d'affaires ou aux militaires. Il ne va jamais les voir dans leurs bureaux.

A l'église, les fidèles l'applaudissent. Ses homélies l'ont rendu populaire dans un pays où les politiques ont perdu leur crédibilité. Il fustige le néolibéralisme, le clientélisme politique, la corruption et les inégalités sociales. "La cathédrale est la maison de Dieu, elle est ouverte à tous", a lancé Mgr Bergoglio en célébrant une messe, fin août, à l'intention des groupes de piqueteros, ces chômeurs qui coupent les routes pour demander du travail.

"Bergoglio faisait les mêmes critiques sous les gouvernements précédents, mais M. Kirchner ne dialogue pas, il cultive le conflit", remarque Adolfo Perez Esquivel, défenseur des droits de l'homme. Le Prix Nobel de la paix décrit Mgr Bergoglio comme "une personne attentive et ouverte" et juge positif qu'il "sorte de la sacristie et s'occupe du social".

Malgré une ascension fulgurante, l'archevêque de Buenos Aires est "un homme très humble qui mène une vie discrète", témoigne son porte-parole, le Père Guillermo Marco. Fils d'Italiens de la classe moyenne - son père était cheminot -, Mgr Bergoglio utilise les transports en commun. Il a refusé d'habiter le somptueux petit hôtel de l'archevêché de Buenos Aires. C'est aussi un intellectuel, grand lecteur de Dostoïevski et amateur d'opéra. Ingénieur chimiste, il est également licencié en philosophie et en théologie.

Suivant la tradition des disciples d'Ignace de Loyola en Amérique latine, c'est un homme de terrain. Malgré une santé fragile - il vit avec un seul poumon depuis l'âge de 20 ans -, Mgr Bergoglio visite sans relâche les bidonvilles, les hôpitaux et les prisons. Selon une rumeur, il aurait participé aux cacerolazos (concerts de casseroles), organisés par la classe moyenne pour demander la démission des hommes politiques pendant la débâcle financière de 2001.

"C'est un personnage énigmatique, fascinant et polémique", note la journaliste Olga Wornat. Conservateur au niveau de la doctrine, il s'oppose à la légalisation de l'avortement, au contrôle des naissances et à l'ordination de femmes. Mais il est progressiste en matière sociale. "C'est le seul évêque qui soit venu voir mon mari à l'hôpital, peu avant sa mort en 2000", confie avec émotion Clelia Luro, la veuve de Mgr Jeronimo Podesta. Surnommé "l'évêque rouge" d'Avellaneda, un faubourg pauvre de Buenos Aires, Mgr Podesta, qui dénonçait les injustices sociales dans les années 1960, avait été suspendu de ses fonctions pour s'être marié avec sa secrétaire.

Mgr Bergoglio vient souvent voir Clelia, qui milite en faveur du célibat optionnel des prêtres. Le 9 octobre 1999, il était le seul représentant de l'épiscopat à assister au transfert de la dépouille mortelle du Père Carlos Mugica jusqu'à la Villa 31, un bidonville de la capitale où travaillait le charismatique prêtre ouvrier, tué par des paramilitaires en 1974. "C'est grâce à lui que Carlos repose parmi ceux qu'il aimait", souligne Marta, la soeur du Père Mugica.

Le rôle de Jorge Bergoglio pendant les années de la dictature militaire est sujet à controverse. Pour certains, le prélat s'est battu pour conserver l'unité d'un mouvement jésuite taraudé par la théologie de la libération. L'avocate Alicia Oliveira, qui fut responsable d'un organisme de défense des citoyens de la capitale, assure qu'il l'a sauvée des militaires. Mais d'autres, jusque dans les rangs des défenseurs des droits de l'homme, l'accusent de complicité avec la junte, comme le reste de l'Eglise catholique argentine.

Le journaliste politique Horacio Verbitsky, proche du gouvernement Kirchner, avance qu'il a livré aux militaires deux jeunes prêtres jésuites qui travaillaient dans des bidonvilles - ils avaient été relâchés six mois plus tard sous la pression internationale. "C'est une calomnie, s'écrie Clelia Luro, Bergoglio a cherché à les protéger en les avertissant du danger." Elle regrette qu'il n'en parle pas. Mgr Bergoglio lui a confessé que "le silence est la meilleure réponse".

Il n'accorde jamais d'interview. Lorsqu'on lui en fait la demande, il propose sans plus que l'on vienne écouter son homélie. Il fait alors passer un bref message en regrettant que "la presse présente l'Eglise comme ennemie du gouvernement". Et si, malgré tout, on l'interroge à la sortie de la messe sur ses relations avec le président Kirchner, l'archevêque de Buenos Aires murmure : "Priez pour moi."
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