Christian Wiyghan Cardinal Tumi Christian Wiyghan Cardinal Tumi
Function:
Archbishop of Douala, Cameroon
Title:
Cardinal Priest of Ss Martiri dell'Uganda a Poggio Ameno
Birthdate:
Oct 15, 1930
Country:
Cameroon
Elevated:
Jun 28, 1988
More information:
www.catholic-hierarchy.org
Send a text about this cardinal »
View all articles about this cardinal »
French "Il faut que nous ayons ce qu'on appelle l'honnêteté intellectuelle"
Feb 01, 2007
Dans la mouvance de la Semaine de Prière pour l'Unité des Croyants, le son de cloche du Pasteur de l'Archidiocèse de Douala, en puisant dans son expérience propre et dans l'actualité récente, apporte un éclairage nouveau à la longue marche vers la Jérusalem Céleste.

[L'effort camerounais, 1/02/2007) Yaounde, Cameroun - Eminence, le monde catholique a été récemment fort secoué par les réactions de colère et les débordements tragiques de nos frères musulmans suite à une certaine déclaration du Pape lors de sa tournée en Allemagne. Des incendies des lieux de culte catholiques voire même des meurtres des chrétiens et des religieux et religieuses ont été perpétrés par des fanatiques musulmans. Que pensez-vous des propos du Saint Père d'une part, et, de l'autre, des violences inouïes qu'ils ont suscitées au sein de la communauté musulmane ?

Ce que le Saint Père a dit est une vérité historique. Ce n'était qu'une citation. Lui il savait ce qu'il disait. Si les autres ont mal interprété ce qu'il a dit, ce n'est pas de la faute du Saint Père. Il a regretté d'avoir été mal compris. C'est intéressant de noter que l'Union des Musulmans du Cameroun a adressé une lettre au Président de la Conférence Episcopale du Cameroun, Mgr Victor Tonye Bakot, en regrettant ce qui s'est passé dans les autres pays, tout en réaffirmant leur fraternité avec l'Eglise catholique.

Peut-on dire que la sérénité soit aujourd'hui revenue ?

Comme je viens de vous le dire, l'Union des Musulmans du Cameroun avait adressé une lettre au Président de la Conférence Episcopale du Cameroun, Mgr Victor Tonye Bakot, en regrettant ce qui s'était passé dans les autres pays. Et surtout, à l'heure où je vous parle, tout est rentré dans l'ordre, puisque depuis le 15 Novembre dernier, il existe une instance de dialogue oecuménique au niveau de la CENC, avec la participation effective de nos frères musulmans, et dont Mgr Dieudonné Bogmis est le président.

Pour avoir travaillé longtemps sans problèmes dans le Nord pourtant fortement islamisé, quels conseils pouvez-vous donner, dans le cadre d'un dialogue inter-religieux, pour éviter de déclencher ce genre de susceptibilités regrettables chez nos frères musulmans ?

Je crois que je n'avais pas travaillé dans la paix lorsque j'étais au Nord du Cameroun. Des problèmes se sont souvent posés. Certaines églises ont été fermées, des catéchistes ont été emprisonnées dans les prisons privées des Lamibés. J'ai protesté avec force dans une Lettre pastorale en 1981 dans laquelle je dénonçais l'islamisation par la force. Je regrette seulement de ne plus retrouver la copie de cette lettre qui avait été pourtant lue même dans toutes les églises Protestantes du Nord Cameroun. On a eu des tensions, pas avec la base, mais plutôt avec l'administration. On avait l'impression que l'administration avait des directives venant de loin, pour islamiser le Nord Cameroun à tout prix, un peu comme quelqu'un qui disait que le christianisme était pour le Sud et non pour le Nord. Cela veut dire que les citoyens n'avaient pas la liberté religieuse proclamée par le préambule de notre Constitution. Dans l'ensemble notre pastorale était émaillée de tensions, surtout à Rey Bouba.

Justement il paraît qu'au Nord, les lamidats sont de véritables états dans l'Etat, et les lamibe de parfaits autocrates qui s'estiment au-dessus de la loi ?

C'est à l'administration de le savoir, puisqu'ils sont les auxiliaires de l'administration.

Que s'était-il passé à Rey-Bouba au juste ?

Il y a beaucoup de choses. On peut écrire tout un livre là-dessus. Mais chaque fois, on ne voulait pas que les chrétiens prient dans leurs chapelles en toute liberté. J'ai l'impression qu'on voulait islamiser tout le Nord du Cameroun à tout prix.

Effectivement, on a même parlé à une certaine époque de l'islamisation « du Caire au Cap », autrement dit de toute l'Afrique, du Nord au Sud. Et tout récemment, lorsque L'Effort camerounais, sur la base des documents faisant foi, a révélé l'existence d'une stratégie minutieusement élaborée par un certain groupe pour islamiser de force le Cameroun, nous avons reçu une correspondance assez dure de certain dignitaire musulman. On a l'impression qu'à chaque fois qu'on aborde ces sujets, ça met le feu aux poudres. Comment résoudre ce problème afin qu'il y ait un dialogue serein entre les différentes religions, surtout avec nos frères musulmans ?

Le Pape Benoît XVI a prononcé une phrase : le dialogue dans la vérité. Il faut qu'on respecte la vérité. Quelle est la vérité ? La vérité n'est pas subjective. Elle est objective. Il faut que nous ayons ce qu'on appelle l'honnêteté intellectuelle. Si c'est vrai, il faut que je sois intellectuellement humble d'accepter quelles que soient les origines. Même le diable peut dire la vérité. Quand le Diable a dit que Jésus était le Fils de Dieu, il avait raison. Il faut dire oui j'accepte, mais vous êtes toujours le Diable.

A l'époque aussi, on a connu des cas où, pour avancer dans l'armée par exemple, il fallait se débarrasser de son prénom chrétien…
Je n'ai pas personnellement rencontré ce genre de cas. Mais on m'a dit que c'était arrivé. Pas seulement dans l'armée, mais dans n'importe quelle profession

Vous parliez tantôt d'une Lettre pastorale datée de 1981 dans laquelle vous dénonciez l'islamisation par la force. Pouvez-vous nous en faire l'économie ?

Justement, c'était ma première Lettre pastorale. Mais, je n'arrive plus à mettre la main dessus. Je voulais que ce document figure dans mon livre que je suis en train d'écrire, parce qu'il s'agit d'un livre dans lequel je raconte les accrochages que j'ai eus avec les deux régimes de Ahidjo et de Paul Biya, en tant que prêtre à Bamenda, Evêque à Yagoua, Archevêque de Garoua et de Douala. Il s'agit de mettre ensemble les échanges épistolaires qui n'étaient pas de tout repos entre moi, le gouverneur et quelques ministres. Le premier accrochage, c'est lorsque le gouverneur Ousmane Mey était venu me voir la nuit, avec à sa suite, le Préfet de Yagoua.

C'est peut-être le lieu de lancer un SOS à tous les fidèles des diocèses de Yagoua, de Garoua ou même d'ailleurs qui seraient en possession de ce document historique, ou qui pourraient le retrouver, de bien vouloir nous le faire parvenir…
Tout à fait ! Je leur en serais très reconnaissant.

Lorsque vous avez reçu la visite nocturne du gouverneur Ousmane Mey et et du Préfet de Yagoua, comment les choses se sont-elles passées ?

Très bien. J'ai eu l'occasion de leur expliquer les choses qui n'étaient pas dans ma lettre pastorale, et on s'est séparé en bons termes.

Et par la suite la situation s'est-elle améliorée ?

Je crois que oui. On a commencé à laisser la liberté aux chrétiens de prier là où ils voulaient. Auparavant, on ne voulait même pas qu'ils prient, pas même sous les arbres.
30 READERS ONLINE
INDEX
back to the first page
printer-friendly
CARDINALS
in alphabetical order
by country
Roman Curia
under 80
over 80
deceased
ARTICLES
last postings
most read articles
all articles
CONTACT
send us relevant texts
SEARCH