Archidiocèse de Douala : la guerre de succession a commencé
Jan 16, 2006
Le cardinal Tumi veut un évêque auxiliaire et ses collaborateurs se battent sur fond de dénonciation et réunions secrètes.
Le Quotidien Mutations (Yaoundé, 4 Janvier 2006) - A la suite de son maintien à la tête de l'archidiocèse de Douala en qualité d'archevêque, le Cardinal Christian Tumi a rendu officielle, la semaine dernière, sa réponse suggérant au Saint Siège la nécessité de désigner un évêque auxiliaire à Douala.
Si ce souhait apparaît comme une nouvelle pour la foule des baptisés à Douala, il n'est qu'un secret de polichinelle pour les ouvriers apostoliques qui, selon de nombreux proches de l'archevêque de Douala, sont dans le secret du prince de l'Eglise depuis au moins le milieu du mois de novembre.
"Le cardinal s'est ouvert à certains de ses proches collaborateurs. Bien plus, pour qui connaît la situation du diocèse depuis le départ de Mgr Bogmis, il fallait s'y attendre. Il faut cependant redouter de rudes luttes de positionnement dès lors qu'il est, en réalité, question de pourvoir à deux postes", se laisse aller un membre du clergé proche de Mgr Christian Tumi.
Appréhension ou indication de l'ambiance qui règne dans les paroisses de l'archidiocèse? Les deux probablement, dans la mesure où, depuis la soirée du 25 décembre 2005 (date à laquelle le cardinal a annoncé la décision de Rome de le maintenir à la tête de l'Eglise de Douala), réunions secrètes, dénonciations et tractations tiennent la méditation recommandée par Mgr Tumi à l'annonce de la mesure du Vatican.
Dans ce que certains ouvriers apostoliques appellent ici "guerre des clans", on évoque aussi bien les regroupements à caractère tribal pour constituer des groupes de pression, villageois, départemental que d'affinités personnelles et intellectuelles. Ainsi, le clergé ressortissant de Nyong-et-Kellé aurait-il des intérêts différents de ceux des ministres du culte originaires de la Sanaga Maritime (les Kaliopistes) qui, de leur côté, récuseraient le clergé en provenance de l'Ouest, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Selon de nombreuses sources dans le milieu clérical, toute cette agitation sur fond de dénonciations est bien connue des ouvriers apostoliques qui usent de subtilités et d'intrigues à la veille des nominations par le Vatican des responsables de l'Eglise au Cameroun. Conscients de ce que Rome n'aime pas voir des projections relatives à ses nominations dans la presse, des confrères rivaux et parfois pas, provoquent des fuites dont les coupures de journaux sont expédiées au Saint Siège.
Tel semble avoir été récemment le cas avec Mgr Victor Tonye Bakot dont certains confrères auraient dénoncé la prétention par rapport à la création du cardinal. Tel est surtout le cas avec l'abbé André Mbem Fils, curé de la paroisse St Paul de Nylon, dénoncé au cours d'une marche sur la cathédrale, le 02 décembre dernier pour ses tendances mercantiles par la chorale St Pierre-Claver. Si l'on s'en tient aux confidences de Mgr Tumi à un de ses proches, il s'agit d'un montage grossier de certains prêtres visant à exclure de la liste des épiscopales l'un des potentiels promus.
Intrigues
Une lutte confraternelle qui aura déjà été observée à la veille de la désignation de Mgr Bogmis comme évêque auxiliaire de Douala, à la seule différence que c'est dans le strict secret que le cardinal avait envoyé le nom de cet élu. Les jalousies de ses confrères furent telles que certains l'ont ouvertement jugé et qualifié à la veille de son intronisation. "Il est sans consistance. Nous savons ce qu'il vaut et ce qu'il ne vaut pas. Nous savons parfaitement ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas", s'étaient risqués à dire certains. Les mêmes qui aujourd'hui citent les noms de l'abbé Oscar Eone Eone (ancien recteur de l'Université catholique de Yaoundé), André Mbem Fils (curé de St Paul de Nylon), Mgr Paul Nyaga (curé de Ste Monique de Makèpè), Fidèle Mabeglé (déjà cité à l'époque, l'ancien recteur du grand séminaire Paul VI de Douala revient dans la liste de dénonciation confectionnée par leurs confrères). Très au fait de cette ambiance, et loin de cette agitation, Mgr Tumi qui a concélébré avec l'archevêque de la capitale, Tonye Bakot à l'occasion de la journée de la paix le 1er janvier 2006, séjourne à Kumbo, son village natal avant se rendre à Rome.